Gilbert Quélennec, Ce qui demeure dans le mouvement
Gilbert Quélennec, What Remains Within Movement
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Le monde change sans cesse et garde un visage.
Un nuage n’a jamais les mêmes contours. On le reconnaît quand même dans le ciel du soir.
Sa limite n’est pas un mur. C’est l’endroit où l’air devient autre, où le froid rencontre le tiède, où le sec rejoint l’humide.
Le monde tient par passages.
Certaines choses reviennent sans revenir pareil.
Les jours se ressemblent mais aucun ne répète l’autre. On tourne autour des mêmes peines, des mêmes joies, des mêmes questions, sans remettre exactement les pieds au même endroit.
Il existe une fidélité qui ne dépend pas de la répétition.
Le vent le sait.
Quand il rencontre une île, une pierre, un arbre seul dans une plaine, il danse derrière l’obstacle. Il invente des vagues invisibles, des spirales lentes, des traces souples dans l’air.
Personne ne lui a appris cela.
Le mouvement découvre sa propre forme en avançant.
Une flamme n’est pas une chose qu’on possède.
C’est une manière de brûler.
Elle vit tant que quelque chose la nourrit. Elle tient debout dans le noir comme tient une parole entre deux êtres : par circulation.
Quand l’échange cesse, elle s’efface.
Beaucoup de choses existent ainsi : non comme des objets, mais comme des équilibres fragiles.
Nous aussi.
Nous avons des frontières mouvantes.
Un être ne finit pas à sa peau.
Nous sommes faits de ce qui entre et de ce qui sort : les voix entendues, les regards gardés, les douleurs transmises, les gestes reçus.
Entre la forêt et le champ, entre la rivière et la mer, la vie devient plus dense.
Ce qui appartient à deux mondes porte davantage de chants.
Les frontières vivantes ne séparent pas. Elles relient.
Le coeur humain fonctionne ainsi : ouvrir, fermer, laisser passer, retenir, accueillir sans se dissoudre.
Rien ne naît d’un plan parfait.
Un enfant grandit par petites différences accumulées. Une voix se forme à force d’hésitations. Un visage devient le sien avec le temps.
Les rayures des bêtes, les nervures des feuilles, les ramifications des arbres, les éclats du givre sur les vitres :
la nature recommence quelques gestes simples.
Cela suffit pour fabriquer l’inépuisable.
Le musicien qui improvise ne sait pas ce qu’il va jouer.
Ses mains trouvent avant lui.
Le pas comprend avant la pensée.
La forme était déjà là dans le mouvement.
Elle apparaît quand on cesse de vouloir.
Vivre ne consiste pas à construire sa route.
C’est écouter les formes qui cherchent à naître.
La cohérence n’est pas quelque chose qu’on impose.
Elle existe déjà, silencieuse,
dans la manière dont les choses se touchent, se traversent,
et tiennent ensemble.
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voir également: Gilbert Quélennec, Texte et musiques autour du Cadrage (cadrage des paysages, cadrage de la perception)
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