Atelier de Gilbert Quélennec = ISSN 2556-5362


" En tous cas, je ne peux pas m'imaginer que les grandes formes anciennes (quatuor à cordes, symphonie, oratorio, etc.) pourront jouer un rôle quelconque. Si quelque chose advient, cela devra - je crois - être simple, transparent. "
Wittgenstein







samedi 22 août 2026

Texte: Gilbert Quélennec, Les portes du verre (The Doors of Glass)

Texte: 

Gilbert QuélennecLes portes du verre 

Gilbert Quélennec, The Doors of Glass 

 

 

Revue : L'Atelier de Gilbert Quélennec — ISSN 2556-5362 

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Gilbert QuélennecLes portes du verre  

 

Sur la plaque rouge, une étoile qui n'existe pas,

une lueur venue s'égarer dans le verre,

la tour de verre veillait encore,

avant les fusées, avant les hommes dans l'espace,

quand le ciel n'avait pas encore appris

à se laisser conquérir.

Qui donc passait par là ?

Des milliers de petites absences,

des feux sans demeure,

des poussières de nuit

ou des messages dont personne

ne connaissait la langue.

Une veille sans visage penchait son œil sur elles,

séparait le murmure du silence,

cherchait dans l'ombre

la forme d'une chose

qui aurait voulu parler.

Dans l'ombre du grand corps bleu,

les lueurs se retirent —

comme si la nuit,

à mesure qu'elle descend,

refermait sur elles

une à une ses portes.

Objets polis,

petits voyageurs sans visage,

ils portent encore

sur leur peau froide

une poussière de soleil.

Et quand, très loin,

le feu caché de l'homme éclate dans le désert,

quelque chose change dans la nuit :

cette nuit-là,

les points se lèvent,

plus nombreux,

plus errants,

comme si l'éclair de la Terre

avait traversé la nuit

et trouvé réponse

dans une profondeur

qui n'attendait personne.

Alors le doute recule,

non comme une bête,

mais comme une ombre

à laquelle on retire lentement

le mur où elle demeurait.

Ce n'est pas la poussière.

Ce n'est pas la rayure.

Ce n'est pas le grain d'argent

qui tremble encore

dans son vieux sommeil.

Mais quoi ?

Un ballon perdu dans le froid,

un œil sans mémoire

qui tourne là-haut,

ou le vestige d'un phénomène

qui nous regarde depuis un âge

où nos yeux n'étaient pas encore ouverts.

Le savoir hausse les épaules.

Il avance un nom,

puis le reprend.

Il ouvre une porte,

trouve derrière elle

une autre porte,

écoute.

Et nous restons debout

devant cette énigme grise,

sans preuve,

sans oubli,

descendant lentement

vers ce qui, sur le verre ancien,

a brillé sans un mot.

Une petite flamme

demeurée là

sans avoir demandé

à être vue,

que personne ne sait nommer

autrement

qu'en laissant dans le ciel

la place exacte

d'un point d'interrogation.

 



Gilbert Quélennec, The Doors of Glass 

On the red plate, a star that does not exist,

a gleam that strayed and lost itself in the glass,

the glass tower still kept watch,

before the rockets, before men in space,

when the sky had not yet learnt

to let itself be conquered.

Who, then, was passing there?

Thousands of small absences,

fires without a dwelling,

dust of the night

or messages whose language

no one knew.

A faceless watch bent its eye upon them,

separated the murmur from the silence,

searched in the dark

for the shape of a thing

that might have wished to speak.

In the shadow of the great blue body,

the gleams withdraw —

as though the night,

as it descends,

were closing its doors around them,

one by one.

Polished objects,

small faceless travellers,

they still carry

upon their cold skin

a dust of sun.

And when, far off,

the hidden fire of man bursts in the desert,

something changes in the night:

that night,

the points rise,

more numerous,

more errant,

as though the Earth's lightning

had crossed the night

and found an answer

in some depth

that awaited no one.

Then doubt withdraws,

not like a beast,

but like a shadow

from which the wall it dwelt upon

is slowly taken away.

It is not the dust.

It is not the scratch.

It is not the grain of silver

still trembling

in its old sleep.

But what, then?

A balloon lost in the cold,

an eye without memory

turning up there,

or the trace of a phenomenon

that watches us from an age

when our eyes were not yet open.

Knowledge shrugs its shoulders.

It puts forward a name,

then takes it back.

It opens a door,

finds behind it

another door,

listens.

And we remain standing

before this grey enigma,

without proof,

without oblivion,

descending slowly

towards what, on the ancient glass,

shone without a word.

A small flame

that stayed there

without having asked

to be seen,

which no one knows how to name

except

by leaving in the sky

the exact place

of a question mark.

 

 

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 voir également: Musiques et Textes du projet Boîte Noire par Gilbert Quélennec  

 

 

 

 

 

 


 

 

jeudi 20 août 2026

texte: Gilbert Quélennec, Ce qu'elle sait déjà (What She Already Knows)

 

Gilbert Quélennec, Ce qu'elle sait déjà

projet Autres Réalités et projet Expérienceurs 

Gilbert Quélennec, What She Already Knows 

 Other Realities Project and Experiencers Project 

 

 

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 Gilbert Quélennec, Ce qu'elle sait déjà

 

Et si le passé ne suffisait pas,
et s'il fallait aussi compter le futur,
déjà couché quelque part dans l'invisible,
multiple comme un fleuve à mille bras
dont un seul, au hasard d'une bifurcation,
devient celui que l'on remonte.

Et si le temps n'était pas une ligne
mais une épaisseur, une fenêtre étroite
qu'on fait glisser sur le mur du réel,
si large chez la fleur, si fine chez l'insecte,
et chez nous, juste assez ouverte
pour croire qu'on avance.

Et si l'espace n'était qu'un accord,
un silence partagé, un vote sans paroles
entre des consciences qui s'observent
et finissent, à force de se regarder,
par habiter un seul monde
quand mille étaient possibles.

Et si le vide n'était pas le rien
mais un terreau de tous les commencements,
une eau dormante, une mer sans rivage,
où les formes attendent en suspension
qu'un remous les choisisse
et les rende matière.

Et si un vaisseau, pour disparaître,
n'avait qu'à cesser de répondre
au monde qui nous tisse et nous retient,
rester dedans, à l'abri du regard,
pareil à une sphère, pareil à un souffle,
et ne reparaître en lumière
qu'au moment de repartir.

Et si nos corps étaient des strates emboîtées —
la chair, puis le souffle, puis la mémoire,
un noyau caché quelque part dans la poitrine
capable, en résonnant juste,
de faire d'un métal une extension du vivant.

Et si le mental n'était qu'un gardien de prison
mal payé pour surveiller un roi déchu,
et les ombres qu'on croise dans le noir
rien d'autre que nos peurs, engagées
à jouer un rôle jusqu'à ce qu'on cesse d'y croire.

Et si la Terre elle-même choisissait,
lentement, saison après saison,
comme un être trop patient
pour qu'on le voie vivre.

Elle pose chaque hypothèse comme une graine
dans un jardin qu'elle est seule à voir entier —
et nous, du dehors, nous ne voyons
que les graines, une à une,
posées avec la certitude tranquille
de quelqu'un qui a déjà vu la récolte.

 


Gilbert Quélennec, What She Already Knows 

 

And what if the past were not enough,
and the future had also to be counted,
already lying somewhere in the unseen,
multiple as a river with a thousand branches,
one of which, at some fork in the current,
becomes the one we follow upstream.

And what if time were not a line
but a thickness, a narrow window
slid slowly across the wall of the real,
so wide in the flower, so fine in the insect,
and in us, just open enough
to make us believe we are moving forward.

And what if space were only an agreement,
a shared silence, a wordless vote
between consciousnesses watching one another
until, from being watched so long,
they come to inhabit a single world
when a thousand were possible.

And what if the void were not nothing
but a seedbed of every beginning,
a sleeping water, a shoreless sea,
where forms wait in suspension
for an eddy to choose them
and turn them into matter.

And what if a craft, to disappear,
had only to stop answering
the world that weaves and holds us,
staying within, sheltered from sight,
like a sphere, like a breath,
and reappear in light
only at the moment of leaving again.

And what if our bodies were nested layers —
flesh, then breath, then memory,
a core hidden somewhere in the chest
that, if it found the right resonance,
could make of metal
an extension of the living.

And what if the mind were only a prison guard,
underpaid to watch over a fallen king,
and the shadows we meet in the dark
nothing but our fears, playing,
rehearsing a part until we stop believing it.

And what if the Earth herself were choosing,
slowly, season after season,
like a being too patient
for us ever to see her live.

She plants each hypothesis like a seed
in a garden only she can see whole —
and we, standing outside,
see only the seeds, one by one,
laid down with the quiet certainty
of someone who has already seen the harvest.

 

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voir également:   

texte: Gilbert Quélennec, L'accord sans distance, l'accord demandé (The Chord Without Distance, the Chord Asked For)

Texte: Gilbert Quélennec, Le chant qui précède les mots

texte: Gilbert Quélennec, L’état avant le nom

Texte: Gilbert Quélennec, Présences acoustiques sans origine 

audio: Musiques et présentation du projet Expérienceurs , par Gilbert Quélennec 

musiques et textes du projet Autres Réalités, par Gilbert Quélennec

 

 

 

 

 



 



mardi 18 août 2026

texte: Gilbert Quélennec, L'accord sans distance, l'accord demandé (The Chord Without Distance, the Chord Asked For)


 Gilbert Quélennec, L'accord sans distance, l'accord demandé

texte pour le projet Autres Réalités 

Gilbert Quélennec, The Chord Without Distance, the Chord Asked For

 Other Realities Project 
 

 

 

 

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Gilbert Quélennec, L'accord sans distance, l'accord demandé

 

Nous ne serions peut-être pas seuls.
Nous vibrerions peut-être dans quelque chose de plus vaste que nous.
Pas plus loin.
Ni ailleurs.
Jamais au-delà.
Le même lieu,
à un autre degré.
Ce qui changerait
ne serait pas où l'on est.
Ce serait ce qu'on y trouverait.
Une autre intensité.
Non pas une supériorité —
une autre densité.
Comme une fréquence différente
dans la même onde.
Ce qui bougerait là-bas
laisserait une trace ici.
Rien ne changerait ici
sans qu'un écho ne parte là-bas.
Pas un message.
Un accord.
Pour la plupart,
rien ne prouverait qu'on nous voie.
Rien ne prouverait qu'on nous entende.
Seulement que nous changerions ensemble,
sans nous être jamais rencontrés.
Deux cordes,
tendues dans un même milieu,
vibreraient l'une par l'autre,
sans jamais se toucher.

Mais un lien se nouerait autrement.
Pas un autre degré du même lieu —
un lieu autre, loin,
un monde hors d'ici.
Là, il n'y aurait pas d'accord donné d'avance.
Il faudrait le demander.
Jamais forcé,
jamais pris.
Un délai accordé,
un signal convenu,
une main tendue —
qui attendrait,
sans se refermer d'elle-même.
Pour qui insisterait,
sans forcer,
la main serait rencontrée.
Non pas une fois —
des années durant,
un contact repris,
tenu,
continué.
Pas le même milieu.
Un autre,
qui serait accordé par patience
sur la même fréquence.

 

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Gilbert Quélennec, The Chord Without Distance, the Chord Asked For 

 

Perhaps we would not be alone.
Perhaps we would vibrate within something vaster than ourselves.
Not further.
Nor elsewhere.
Never beyond.
The same place,
at another degree.
What would change
would not be where one is.
It would be what one would find there.
Another intensity.
Not a superiority —
another density.
Like a different frequency
within the same wave.
What would stir there
would leave a trace here.
Nothing would change here
without an echo leaving there.
Not a message.
A chord.
For most, nothing would prove that we are seen.
Nothing would prove that we are heard.
Only that we would change together,
without ever having met.
Two strings,
stretched through the same medium,
would vibrate one through the other,
without ever touching.

But a bond would tie itself another way.
Not another degree of the same place —
another place, far,
a world beyond here.
There, no chord would be given in advance.
It would have to be asked for.
Never forced, never taken.
A delay that would be granted,
a signal agreed upon,
a hand extended —
that would wait, never closing on its own.
For those who would persist, without forcing,
the extended hand would be met.
Not once — for years,
a contact resumed, held, continued.
Not the same medium.
Another, tuned by patience
to the same frequency.

 

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voir également:   

Texte: Gilbert Quélennec, Le chant qui précède les mots

texte: Gilbert Quélennec, L’état avant le nom

Texte: Gilbert Quélennec, Présences acoustiques sans origine 

musiques et textes du projet Autres Réalités, par Gilbert Quélennec

 

 

 

 

 


 

 


samedi 15 août 2026

texte: Gilbert Quélennec, Interconnectés (Interconnected)

 

Gilbert Quélennec, Interconnectés

Gilbert Quélennec, Interconnected 

texte pour le projet Autres Réalités

 

 

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Gilbert Quélennec, Interconnectés


Il existe peut-être des mondes physiques liés au nôtre — non par les récits que nous inventons, mais par la structure même du réel.

Notre Univers visible n'est peut-être qu'une clairière dans une forêt que nous ne voyons pas : un monde parmi d'autres mondes, une histoire parmi d'autres histoires.

Plusieurs sortes de voisinage existent. Elles ne se ressemblent pas.

Le voisinage spatial d'abord — des terres qui tournent depuis des âges sans avoir connu notre lumière, séparées de nous par des années-lumière que la lumière elle-même met à traverser.

Puis un voisinage de densité. Un monde à côté, pas loin dans l'espace, mais séparé par un régime de densité qui échappe à notre perception. Deux rivières peuvent couler dans une même montagne sans jamais se rejoindre en surface.

Il y a aussi le voisinage quantique : des histoires nées d'un même commencement, séparées ensuite par une bifurcation silencieuse. Ce qui était possible ne disparaît pas. Cela devient une autre histoire, qui continue sans savoir ce que devient l'autre.

Et puis un voisinage plus profond, presque antérieur aux autres — non pas un lieu de plus, mais ce qui précède le lieu lui-même. Un milieu qui n'est pas encore de l'espace, mais qui en porte déjà la promesse — comme une eau qui n'a pas encore choisi son lit. Des mondes dont on ne sait même pas s'ils sont des mondes, plus proches de ce qui fait naître l'espace que l'espace lui-même. La source est plus profonde que le ruisseau qu'elle engendre.

Une seule famille. Plusieurs géométries.

Et si l'interconnexion n'était pas d'abord une parole, mais une parenté ? Une contrainte commune. Une corrélation qu'aucune distance apparente n'efface.

Ce qui est réellement couplé n'a pas besoin d'effraction. Le couplage a ses conditions, ses seuils, ses canaux. Ce qui n'en possède aucun ne communique pas — mais ce qui en possède un peut, en principe, laisser une trace.

Certains de ces voisinages ne restent pas des idées. Ils se racontent, ils se vivent. Des mondes qui ont connu une histoire proche de la nôtre, des strates un peu plus hautes, un peu plus proches de ce qui crée toute chose. Pas au-dessus de nous comme on domine — au-dessus comme une source est au-dessus du ruisseau.

Là, le canal a un nom. On ne le force pas, on ne le convoque pas : on l'appelle de l'intérieur. Rien de plus mystique, peut-être, que de modifier suffisamment l'état d'un système pour qu'un degré de liberté jusqu'alors inaccessible devienne observable.

Ce qui vient par effraction n'est jamais eux. L'histoire l'a montré : ceux qui ont voulu prendre n'ont rien trouvé. Les mondes ne se donnent pas à celui qui les conquiert. Ils se donnent, peut-être, à celui qui sait habiter le sien.

Et pourtant liés — interconnectés, interdépendants. La coévolution ne serait pas un privilège terrestre, mais une propriété possible de tout système où plusieurs formes de complexité se rencontrent. Partout où deux mondes se touchent, quelque chose s'amorce.

Si le couplage existe, un changement chez nous pourrait laisser une trace chez eux. Certains liens ne se visitent pas une fois : ils reviennent, comme une saison. Ce qui part n'est pas parti pour toujours — seulement pour le temps que dure l'hiver de l'autre côté. Et un changement chez eux pourrait nous traverser sans que nous le sachions — le tremblement d'une feuille lorsqu'un mouvement traverse une forêt qu'on ne voit pas.

Deux jardins. Pas deux jardins posés sur la même terre : deux jardins issus du même sol. L'un visible, l'autre caché. L'un ancien. L'autre jeune. Séparés non par la distance, mais par ce que nous ne savons pas encore mesurer.

Un jardin ne se force pas, il se cultive. Un bon jardinier laisse le jardin grandir à son rythme, sans lui imposer sa propre technique. Il y revient, s'y attache, en tire quelque chose en retour. Le jardinier ne cultive pas une seule plante. Il y a dans ce jardin des espèces qu'on ne nomme pas encore, des bêtes qu'on croit sauvages et qui ne le sont peut-être qu'à nos yeux.

La Terre ne serait pas le centre d'un réseau cosmique. Une occurrence, une branche parmi d'autres. Et pourtant ce jardin-là, quelqu'un y revient.

Ils ne sont pas au-dessus de nous. Ils sont avec nous — un peu plus loin dans une géométrie, un peu plus haut dans les densités, ou simplement à côté. Jamais séparés.

Si ces mondes existent, s'ils sont réellement couplés au nôtre, leur existence ne devrait pas rester seulement racontable.

Elle devrait, un jour, être détectable : une anomalie, une corrélation inattendue, une trace dans ce que nous savons déjà mesurer — ou dans ce que nous ne savons pas encore chercher.

Le véritable mystère n'est peut-être pas de savoir s'il existe d'autres mondes. C'est de savoir combien de mondes nous avons déjà traversés sans comprendre qu'ils étaient là.

Être interconnecté ne veut pas dire que tout se touche. Cela veut dire, plus simplement, que rien de ce qui existe n'existe seul.

 



Gilbert Quélennec, Interconnected 


There may be physical worlds linked to ours — not through the stories we invent, but through the very structure of reality.

Our visible Universe may be only a clearing in a forest we cannot see: one world among other worlds, one story among other stories.

Several kinds of proximity exist. They are not alike.

Spatial proximity first — lands that have been turning for ages without ever having known our light, separated from us by light-years that light itself takes time to cross.

Then proximity of density. A world beside ours, not far away in space, but separated by a regime of density that escapes our perception. Two rivers can flow through the same mountain without ever meeting at the surface.

There is also quantum proximity: histories born from the same beginning, subsequently separated by a silent bifurcation. What was possible does not disappear. It becomes another story, continuing without knowing what becomes of the other.

And then there is a deeper proximity, almost prior to the others — not another place, but what precedes place itself. A medium that is not yet space, but already carries its promise — like water that has not yet chosen its bed. Worlds of which we do not even know whether they are worlds, closer to what gives rise to space than to space itself. The source is deeper than the stream it gives rise to.

A single family. Several geometries.

And what if interconnection were not first of all a word, but a kinship? A common constraint. A correlation that no apparent distance can erase.

What is genuinely coupled does not need intrusion. Coupling has its conditions, its thresholds, its channels. What possesses none does not communicate — but what possesses one can, in principle, leave a trace.

Some of these proximities do not remain ideas. They are told about, they are lived. Worlds that have known a history close to ours, strata slightly higher, slightly closer to that which creates everything. Not above us as one dominates — above us as a source is above the stream.

There, the channel has a name. It is not forced, it is not summoned: it is called from within. Nothing more mystical, perhaps, than modifying the state of a system sufficiently for a degree of freedom previously inaccessible to become observable.

What comes by intrusion is never them. History has shown it: those who sought to take found nothing. Worlds do not give themselves to those who conquer them. They give themselves, perhaps, to those who know how to inhabit their own.

And yet linked — interconnected, interdependent. Co-evolution would not be an earthly privilege, but a possible property of any system in which several forms of complexity meet. Wherever two worlds touch, something begins.

If the coupling exists, a change here could leave a trace there. Some links are not visited just once: they return, like a season. What departs has not departed for ever — only for as long as the winter on the other side lasts. And a change there could pass through us without our knowing — the trembling of a leaf when a movement passes through a forest we cannot see.

Two gardens. Not two gardens set upon the same earth: two gardens arising from the same soil. One visible, the other hidden. One ancient. The other young. Separated not by distance, but by what we do not yet know how to measure.

A garden is not forced; it is cultivated. A good gardener lets the garden grow at its own pace, without imposing their own technique upon it. They return to it, become attached to it, and draw something from it in return. The gardener does not cultivate only one plant. There are species in this garden that we have not yet named, creatures we believe to be wild that may be wild only in our eyes.

Earth would not be the centre of a cosmic network. An occurrence, one branch among others. And yet someone returns to this particular garden.

They are not above us. They are with us — a little further away in a geometry, a little higher in density, or simply beside us. Never separate.

If these worlds exist, if they are genuinely coupled to ours, their existence should not remain merely something that can be told about.

One day, it should be detectable: an anomaly, an unexpected correlation, a trace in what we already know how to measure — or in what we do not yet know how to look for.

The true mystery may not be whether other worlds exist. It may be how many worlds we have already passed through without understanding that they were there.

To be interconnected does not mean that everything touches everything else. It means, more simply, that nothing that exists exists alone.


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voir également:   

texte: Gilbert Quélennec, Des mondes physiques qui sont liés au nôtre

musiques et textes du projet Autres Réalités, par Gilbert Quélennec

 

 

 

 

 

 

 


  

jeudi 13 août 2026

texte: Gilbert Quélennec, Entre les étoiles et le silence (Between the Stars and Silence)

Gilbert Quélennec, Entre les étoiles et le silence
texte pour le projet Prat


 

Revue : L'Atelier de Gilbert Quélennec — ISSN 2556-5362 

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 Gilbert Quélennec, Entre les étoiles et le silence

 

Il y a d'abord le plasma —

matière en feu,
matière traversée d'électrons,
des milliards de degrés
qu'aucune peau n'a jamais sentis.

Et cela est vrai.

Mais entre le vrai et le rêve
il existe un chemin sans balises,

une pente presque imperceptible
où les mots changent de sens
sans que la voix change de ton.

Le plasma s'ordonne.
La poussière se rassemble.
Dans le chaos, des formes naissent.

Alors l'ordre devient pensée,
la pensée devient conscience,
la conscience refuse la mort,

et la mort, soudain,
devient une porte.

Mais qui a vu cette porte ?

Qui peut affirmer
que l'ordre est intelligence,

que l'intelligence est conscience,

que la conscience demeure
quand le corps s'efface ?

Parfois,
il n'y a qu'un mot.

Alors les nuages de poussière,
suspendus entre deux mondes,
cessent d'être seulement des nuages.

On leur donne une mémoire.
On leur donne une veille.
On leur prête une bonté.

Ils deviennent les gardiens
d'une histoire trop vaste
pour la mémoire des hommes.

Puis ils deviennent
ce qui veille sans visage,
ce qui demeure
quand le nom manque.

Et dans le ciel
où l'on cherchait des mesures,
quelqu'un soudain
aperçoit des visages.

Pourtant,
certaines vérités n'ont besoin
d'aucun miracle.

Les étoiles sont de plasma.

Les savants se trompent parfois.
Les découvertes rencontrent parfois le refus.
Les idées nouvelles se heurtent
au mur ancien des habitudes.

Mais l'erreur d'un homme
ne fait pas de l'erreur contraire
une vérité.

Le doute est un caillou
dans la chaussure de la certitude.

Il doit se faire sentir sur tous les chemins,
même ceux qui conduisent
vers ce que nous espérons.

Ne jamais croire ce qu'on vous dit,
peut-être.

Mais alors,
ne jamais croire trop vite
ce que l'on voudrait entendre.

Car il existe une puissance étrange
dans les récits qui commencent par le réel :

une étoile,
un laboratoire,
un savant oublié,
un grain de poussière
perdu dans la nuit —

et puis, sans que l'on sache quand,
la mort n'est plus la mort,

le corps n'est plus le corps,

quelque chose en nous
refuse encore de disparaître,

et quelque part,
derrière les étoiles,
quelque chose
nous regarde ne pas savoir.

Le récit est magnifique.

La preuve, elle,
est restée derrière nous.

Et peut-être est-ce là
que commence le véritable vertige :

non pas lorsque la science
rencontre le mystère,

mais lorsque le mystère
revêt les habits de la science
et nous demande
d'oublier leur différence.

Entre les deux
demeure un espace immense.

Un espace nu.
Un silence qui n'a jamais demandé
qu'on le remplisse.

Là,
il est encore possible de dire :

je ne sais pas.

Et peut-être cette phrase,
si pauvre en apparence,
est-elle l'une des plus hautes
que l'esprit humain ait prononcées.

Car elle laisse aux étoiles
leur immensité,

aux morts
leur secret,

aux vivants
leur question,

et à la vérité
la liberté

de ne pas encore
avoir de nom.

 


 

Gilbert Quélennec, Between the Stars and Silence

 

There is first of all plasma —

matter on fire,
matter threaded with electrons,
billions of degrees
that no human skin has ever felt.

And this is true.

But between truth and dream
there is a path without signposts,

an almost imperceptible slope
where words change their meaning
without the voice changing its tone.

Plasma organises itself.
Dust gathers.
In chaos, forms arise.

Then order becomes thought,
thought becomes consciousness,
consciousness refuses death,

and death, suddenly,
becomes a door.

But who has seen that door?

Who can affirm
that order is intelligence,

that intelligence is consciousness,

that consciousness remains
when the body fades?

Sometimes,
there is only a word.

Then the clouds of dust,
suspended between two worlds,
cease to be merely clouds.

They are given a memory.
They are given a watch.
They are lent a kindness.

They become the guardians
of a history too vast
for human memory.

Then they become
that which watches without a face,
that which remains
when the name is missing.

And in the sky
where measurements were being sought,
someone suddenly
sees faces.

Yet some truths need
no miracle at all.

The stars are plasma.

Scientists are sometimes wrong.
Discoveries are sometimes rejected.
New ideas sometimes collide
with the ancient wall of habit.

But one man's error
does not make the opposite error
a truth.

Doubt is a pebble
in the shoe of certainty.

It must make itself felt on every path,
even those that lead
towards what we hope for.

Never believe what you are told,
perhaps.

But then,
never believe too quickly
what you would like to hear.

For there is a strange power
in stories that begin with reality:

a star,
a laboratory,
a forgotten scientist,
a grain of dust
lost in the night —

and then, before we know when,
death is no longer death,

the body is no longer the body,

something within us
still refuses to disappear,

and somewhere,
behind the stars,
something
watches us not knowing.

The story is magnificent.

The proof, however,
was left behind.

And perhaps this is where
the true vertigo begins:

not when science
encounters mystery,

but when mystery
puts on the clothes of science
and asks us
to forget the difference.

Between the two
there remains an immense space.

A bare space.
A silence that has never asked
to be filled.

There,
it is still possible to say:

I do not know.

And perhaps that phrase,
so poor in appearance,
is one of the loftiest
the human mind has ever uttered.

For it leaves the stars
their immensity,

the dead
their secret,

the living
their question,

and truth
the freedom

not yet
to have a name.

 

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voir également: audio et présentation: Gilbert Quélennec, projet PRAT ( Musiques et Textes ) 

 

 

 



 


mercredi 5 août 2026

Texte: Gilbert Quélennec, Le chant qui précède les mots

 

 

Texte

Gilbert QuélennecLe chant qui précède les mots 

texte du projet Autres Réalités  

Gilbert QuélennecThe Song Before Words 

 Other Realities Project 


 

 

Revue : L'Atelier de Gilbert Quélennec — ISSN 2556-5362 

Licence : Creative Commons CC BY-NC-ND 4.0 (Attribution - Pas d'utilisation commerciale - Pas de modification)

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Gilbert Quélennec, Le chant qui précède les mots

 

Un son a précédé la musique. Ensuite est venu tout le reste.

On était couché. Quelque chose s'est fait entendre. L'immobilité n'a rien produit ; elle n'a rien empêché non plus.

Le temps a donné un contour à ce qui n'en avait pas. On appelle cela une œuvre. On ne sait pas ce que le contour a coûté pour exister.

Ce qui arrive de cette façon-là arrive fini. Personne ne le termine ; on le trouve déjà là.

Un rythme continue d'agir même quand le sens a disparu. Un homme qui ne comprend pas une langue peut sentir sa gorge se serrer en l'entendant chantée.

Le bruit occupe ce qui devrait rester vide.

Une syllabe a été répétée trois fois. Pour l'un, cela a marqué un passage. Pour l'autre, rien n'a eu lieu. Les deux, ensuite, se sont tus.

 


 

Gilbert Quélennec, The Song Before Words

 

A sound came before music. Everything else followed.

One was lying down. Something made itself heard. Stillness produced nothing; nor did it prevent anything.

Time gave a shape to what had none. This is called a work. What the shape cost to exist, no one knows.

What arrives in this way arrives finished. No one completes it; it is found already there.

A rhythm goes on working even once the meaning is gone. A man who understands nothing of a language may still feel his throat tighten on hearing it sung.

Noise fills what ought to stay empty.

A syllable was repeated three times. For one man, it marked a crossing. For another, nothing happened. Both, afterward, fell silent.

 

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voir également:   

texte: Gilbert Quélennec, L'accord sans distance, l'accord demandé (The Chord Without Distance, the Chord Asked For) 

texte: Gilbert Quélennec, L’état avant le nom

Texte: Gilbert Quélennec, Présences acoustiques sans origine 

musiques et textes du projet Autres Réalités, par Gilbert Quélennec