Gilbert Quélennec, Entre les étoiles et le silence
texte pour le projet Prat
Revue : L'Atelier de Gilbert Quélennec — ISSN 2556-5362
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Gilbert Quélennec, Entre les étoiles et le silence
Il y a d'abord le plasma —
matière en feu,
matière traversée d'électrons,
des milliards de degrés
qu'aucune peau n'a jamais sentis.
Et cela est vrai.
Mais entre le vrai et le rêve
il existe un chemin sans balises,
une pente presque imperceptible
où les mots changent de sens
sans que la voix change de ton.
Le plasma s'ordonne.
La poussière se rassemble.
Dans le chaos, des formes naissent.
Alors l'ordre devient pensée,
la pensée devient conscience,
la conscience refuse la mort,
et la mort, soudain,
devient une porte.
Mais qui a vu cette porte ?
Qui peut affirmer
que l'ordre est intelligence,
que l'intelligence est conscience,
que la conscience demeure
quand le corps s'efface ?
Parfois,
il n'y a qu'un mot.
Alors les nuages de poussière,
suspendus entre deux mondes,
cessent d'être seulement des nuages.
On leur donne une mémoire.
On leur donne une veille.
On leur prête une bonté.
Ils deviennent les gardiens
d'une histoire trop vaste
pour la mémoire des hommes.
Puis ils deviennent
ce qui veille sans visage,
ce qui demeure
quand le nom manque.
Et dans le ciel
où l'on cherchait des mesures,
quelqu'un soudain
aperçoit des visages.
Pourtant,
certaines vérités n'ont besoin
d'aucun miracle.
Les étoiles sont de plasma.
Les savants se trompent parfois.
Les découvertes rencontrent parfois le refus.
Les idées nouvelles se heurtent
au mur ancien des habitudes.
Mais l'erreur d'un homme
ne fait pas de l'erreur contraire
une vérité.
Le doute est un caillou
dans la chaussure de la certitude.
Il doit se faire sentir sur tous les chemins,
même ceux qui conduisent
vers ce que nous espérons.
Ne jamais croire ce qu'on vous dit,
peut-être.
Mais alors,
ne jamais croire trop vite
ce que l'on voudrait entendre.
Car il existe une puissance étrange
dans les récits qui commencent par le réel :
une étoile,
un laboratoire,
un savant oublié,
un grain de poussière
perdu dans la nuit —
et puis, sans que l'on sache quand,
la mort n'est plus la mort,
le corps n'est plus le corps,
quelque chose en nous
refuse encore de disparaître,
et quelque part,
derrière les étoiles,
quelque chose
nous regarde ne pas savoir.
Le récit est magnifique.
La preuve, elle,
est restée derrière nous.
Et peut-être est-ce là
que commence le véritable vertige :
non pas lorsque la science
rencontre le mystère,
mais lorsque le mystère
revêt les habits de la science
et nous demande
d'oublier leur différence.
Entre les deux
demeure un espace immense.
Un espace nu.
Un silence qui n'a jamais demandé
qu'on le remplisse.
Là,
il est encore possible de dire :
je ne sais pas.
Et peut-être cette phrase,
si pauvre en apparence,
est-elle l'une des plus hautes
que l'esprit humain ait prononcées.
Car elle laisse aux étoiles
leur immensité,
aux morts
leur secret,
aux vivants
leur question,
et à la vérité
la liberté
de ne pas encore
avoir de nom.
Gilbert Quélennec, Between the Stars and Silence
There is first of all plasma —
matter on fire,
matter threaded with electrons,
billions of degrees
that no human skin has ever felt.
And this is true.
But between truth and dream
there is a path without signposts,
an almost imperceptible slope
where words change their meaning
without the voice changing its tone.
Plasma organises itself.
Dust gathers.
In chaos, forms arise.
Then order becomes thought,
thought becomes consciousness,
consciousness refuses death,
and death, suddenly,
becomes a door.
But who has seen that door?
Who can affirm
that order is intelligence,
that intelligence is consciousness,
that consciousness remains
when the body fades?
Sometimes,
there is only a word.
Then the clouds of dust,
suspended between two worlds,
cease to be merely clouds.
They are given a memory.
They are given a watch.
They are lent a kindness.
They become the guardians
of a history too vast
for human memory.
Then they become
that which watches without a face,
that which remains
when the name is missing.
And in the sky
where measurements were being sought,
someone suddenly
sees faces.
Yet some truths need
no miracle at all.
The stars are plasma.
Scientists are sometimes wrong.
Discoveries are sometimes rejected.
New ideas sometimes collide
with the ancient wall of habit.
But one man's error
does not make the opposite error
a truth.
Doubt is a pebble
in the shoe of certainty.
It must make itself felt on every path,
even those that lead
towards what we hope for.
Never believe what you are told,
perhaps.
But then,
never believe too quickly
what you would like to hear.
For there is a strange power
in stories that begin with reality:
a star,
a laboratory,
a forgotten scientist,
a grain of dust
lost in the night —
and then, before we know when,
death is no longer death,
the body is no longer the body,
something within us
still refuses to disappear,
and somewhere,
behind the stars,
something
watches us not knowing.
The story is magnificent.
The proof, however,
was left behind.
And perhaps this is where
the true vertigo begins:
not when science
encounters mystery,
but when mystery
puts on the clothes of science
and asks us
to forget the difference.
Between the two
there remains an immense space.
A bare space.
A silence that has never asked
to be filled.
There,
it is still possible to say:
I do not know.
And perhaps that phrase,
so poor in appearance,
is one of the loftiest
the human mind has ever uttered.
For it leaves the stars
their immensity,
the dead
their secret,
the living
their question,
and truth
the freedom
not yet
to have a name.
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voir également: audio et présentation: Gilbert Quélennec, projet PRAT ( Musiques et Textes )