Gilbert Quélennec, Résidu
Gilbert Quélennec, Residue
texte pour le projet Captations
Revue : L'Atelier de Gilbert Quélennec — ISSN 2556-5362
Licence : Creative Commons CC BY-NC-ND 4.0 (Attribution - Pas d'utilisation commerciale - Pas de modification)
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Gilbert Quélennec, Résidu
On commence par les ballons.
Soixante-quinze sur cent.
Une peau de latex qui monte
jusqu'à l'endroit où le soleil n'est pas encore couché,
vingt-six minutes de jour volé
au-dessus d'une ville déjà bleue.
Puis les drones, les oiseaux,
les satellites en file indienne
comme des perles mal enfilées.
Il reste deux pour cent,
ce qu'on garde au creux de la main
quand tout le sable a coulé.
Un homme se tient devant ce reste
et ne lui donne pas de nom.
Ensuite il ouvre ses tiroirs.
Dans l'un, un plasma serré par un champ
plus fort que tous nos aimants.
Dans l'autre, une gorge d'espace tenue ouverte
par une matière qui pèse moins que rien.
Ailleurs, deux univers qui se frôlent
comme deux bulles de savon,
le temps d'un anneau.
Une sphère venue d'une direction
que nous n'avons pas :
un point, un disque, un point.
Plus loin, la pensée
qui plierait la géométrie.
Et tout au fond, la vallée.
Le Val-des-Lueurs. Des lumières dans le froid
qui battent comme un pouls,
quittent le radar, y reviennent.
Un soir, quelqu'un a pointé un laser
et la lumière a changé de rythme.
Ailleurs, des phares ont clignoté
et une boule a clignoté en retour.
Une fois.
Presque rien.
Les témoins ont leurs mots :
disque, sphère, vitesse, disparu.
Quatorze mille fois le mot rond.
Mais un mot n'est pas un photon.
Un virage à angle droit au-dessus de Brûle-Plaine,
en 1974.
Quatre cents g à dix kilomètres,
quarante à un seul,
et tout près, un oiseau qui tourne.
Alors il dessine un observatoire :
trois caméras pour tout le ciel,
un radar, un magnétomètre,
une balance assez fine pour peser la pesanteur,
une machine qui apprend l'étrange
et tourne vers lui les yeux les plus précis.
Il attend que deux capteurs s'accordent.
Peut-être n'y aura-t-il que des ballons.
Si quelque chose, un jour, reste dans la main
après le sable,
nous saurons où regarder.
We begin with the balloons.
Seventy-five in a hundred.
A skin of latex climbing
to where the sun has not yet gone down,
twenty-six minutes of stolen daylight
above a town already blue.
Then the drones, the birds,
the satellites in single file
like pearls badly strung.
Two per cent are left,
what stays in the hollow of your palm
once all the sand has run through.
A man stands before this remnant
and gives it no name.
Then he opens his drawers.
In one, a plasma gripped by a field
stronger than any magnet we have.
In another, a throat of space held open
by a matter lighter than nothing.
Elsewhere, two universes brushing past
like two soap bubbles,
for the space of a ring.
A sphere come from a direction
we do not possess:
a point, a disc, a point.
Further on, thought
that might bend geometry.
And right at the back, the valley.
Val-des-Lueurs. Lights in the cold
that beat like a pulse,
slip off the radar, come back.
One evening someone aimed a laser
and the light changed its rhythm.
Somewhere else, headlights flashed
and a ball of light flashed back.
Once.
Next to nothing.
The witnesses have their words:
disc, sphere, speed, gone.
Fourteen thousand times the word round.
But a word is not a photon.
A right-angle turn above Brûle-Plaine,
in 1974.
Four hundred g at ten kilometres,
forty at one,
and close to hand, a bird wheeling.
So he draws an observatory:
three cameras for the whole sky,
a radar, a magnetometer,
a balance fine enough to weigh gravity,
a machine that learns the strange
and turns the sharpest eyes towards it.
He waits for two sensors to agree.
Perhaps there will be nothing but balloons.
If something, one day, is left in the hand
after the sand,
we shall know where to look.
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voir également: Gilbert Quélennec, Musiques et présentation du projet Captations


