Atelier de Gilbert Quélennec = ISSN 2556-5362


" En tous cas, je ne peux pas m'imaginer que les grandes formes anciennes (quatuor à cordes, symphonie, oratorio, etc.) pourront jouer un rôle quelconque. Si quelque chose advient, cela devra - je crois - être simple, transparent. "
Wittgenstein







lundi 26 octobre 2026

texte: Gilbert Quélennec, Avant que l’image bouge (Before the Picture Moves)

 

Gilbert Quélennec, Avant que l’image bouge

Gilbert Quélennec, Before the Picture Moves

texte pour mon projet BDz (Animés, BDs , mangas, Webcomics, romans graphiques, etc) 

 

 

 

Revue : L'Atelier de Gilbert Quélennec — ISSN 2556-5362 

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Gilbert Quélennec, Avant que l’image bouge 

 

Une image, puis une autre.
Entre elles, rien :
une bande de papier 
où le lecteur pose le pied
sans savoir qu’il saute.

Certains livres n’ont pas un mot.
Une main montre
la porte, la pluie, le chien.

D’autres, venus de l’autre côté du monde,
s’ouvrent par la fin.
Le pouce cherche la dernière page,
qui est la première,
et l’œil descend en serpentant,
de droite à gauche, sans se plaindre.
Les visages ont des yeux trop grands
pour ce qu’ils ont à pleurer.

Ailleurs, sur un téléphone,
l’histoire ne tourne plus ses pages :
elle tombe.
On la suit du doigt
jusqu’au bas d’une case
qui n’a pas de fond,
et on tombe exprès.

Il y a aussi ceux qui ne reviennent pas.
Pas de tome douze,
pas de héros qui vieillit sans vieillir.
Un seul livre, et puis on referme.

Puis l’image se met à bouger.
Elle compte les secondes avant nous,
chante son générique du soir,
et il faut la suivre
comme on suit un train qui part.

 


 

Gilbert Quélennec, Before the Picture Moves

 

One picture, then another.
Between them, nothing:
a strip of paper
where the reader sets a foot down
not knowing it’s a leap.

Some books haven’t a single word.
A hand points
at the door, the rain, the dog.

Others, from the other side of the world,
begin at the end.
The thumb feels for the last page,
which is the first,
and the eye snakes its way down,
right to left, without complaint.
The faces have eyes too large
for what they have to weep.

Elsewhere, on a phone,
the story no longer turns its pages:
it falls.
You follow it with a finger
to the bottom of a panel
that has no floor,
and you fall on purpose.

And there are those that never come back.
No volume twelve,
no hero growing older without ageing.
One book, and then you close it.

Then the picture starts to move.
It counts the seconds ahead of us,
sings its evening theme tune,
and you have to follow
the way you follow a train pulling out.

 

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voir également: Gilbert Quélennec, musiques et présentation de mon projet BDz (Animés, BDs , mangas, Webcomics, romans graphiques, etc) 

 

 

 


 







samedi 24 octobre 2026

texte: Gilbert Quélennec, Hesperdal

 Gilbert Quélennec, Hesperdal

texte pour le projet Captations 

 

 

 

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 Gilbert Quélennec, Hesperdal 

 

Quatre heures par nuit

On nous avait dit : dix nuits au moins,
quatre heures chaque nuit,
et ne rien promettre.

Le lichen au bord du lac Oyonne est si épais
qu’on pourrait tomber de la montagne
comme on tombe dans un lit.
Je n’ai pas essayé.
Je me suis allongé, j’ai attendu
que le ciel commette une erreur.

En quatre-vingt-quatre, ils en comptaient cinquante
en quarante jours.
Aujourd’hui, vingt par an, à peine,
et Hesperdal a perdu la moitié des siens,
si bien qu’on ne sait plus
qui s’est retiré le premier,
les lumières ou ceux qui les regardaient.

Un homme a calculé la pile que feraient le cuivre et la rivière.
Il manquait dix mille fois la force.
Il a calculé le trou noir minuscule tombé du fond du cosmos :
il s’éteignait avant la fin d’une seconde,
ou bien il aurait brillé un million de fois trop fort.
Il a rayé ses propres hypothèses
avec la patience de quelqu’un qui défait un tricot
pour retrouver le fil.

Huit fois sur neuf, la lumière a changé de rythme
quand le laser l’a touchée.
Quelques watts contre cent kilowatts,
c’est un enfant qui souffle sur un incendie.
Et pourtant l’incendie a cligné.

À Arisonne, l’appareil chargé la veille était mort contre l’oculaire,
et la chose dansait sans témoin.

Une femme rentrait un soir après la pluie.
Sur le bas-côté plein de boue, elle a vu
une pyramide noire, aplatie,
et de petits singes qui sautaient autour.
Elle a dit que c’était gai.
Elle est morte depuis.

Il y a eu ce soir d’orage
où une flamme est sortie du bois,
est montée dans l’averse, est redescendue,
a fait des boucles,
et celui qui la regardait a pensé
qu’elle s’amusait.

Autrefois on les voyait au ras des marais de Fennebrume.
On disait feu follet, on disait lanterne de la sorcière,
on disait : ne la suis pas, il y a le ravin.
Puis on a drainé les marais, planté des pommes de terre,
et les lumières, si ce sont des bêtes,
sont montées là où la charrue ne monte pas.

Il reste un test, le plus simple, que personne n’a payé :
regarder la lumière à travers un prisme assez fin
pour voir ses raies se fendre en deux.
Si l’écart est mince, c’est la terre qui brûle.
S’il est mille fois plus large,
c’est que quelqu’un tient la flamme.

J’ai fait mes quatre heures.
Une fois, au-dessus des sapins, quelque chose a battu,
s’est éteint, s’est rallumé.
Comme un condensateur, a dit le physicien.
Comme un cœur, ai-je pensé.

 

Cent kilowatts, à titre indicatif

Il a posé le chiffre sur la table
comme on pose une tasse vide.
Cent kilowatts.

Puis il a cherché d’où viendrait l’eau.

Du ciel d’abord, de cette pluie de particules
qui traverse tout, les toits, les os,
et laisse dans l’air de quoi faire grésiller
à peine une allumette.
Du sol ensuite, quand le champ de la Terre frémit
et que la roche conduit un courant que personne n’a relevé.
Là, il a écrit : à mesurer.
Des orages lointains enfin,
dont le courant de beau temps descend sur Hesperdal
si mince qu’il ne réveillerait pas une luciole.

Une étincelle n’est pas un repas.

Le soir, il range les magnétomètres
et pense au vaisseau.
Pas à celui qui jette sa masse derrière lui,
mais à celui qui plierait la distance devant lui,
comme on plie une carte
pour que deux villes se touchent.

Il sait ce qu’il faudrait :
une énergie moindre que rien,
un creux sous le vide.
La théorie l’accorde, par endroits,
un instant, en petite monnaie.
Personne n’a encore rempli une poche.

Entre les deux, il a tendu un fil.
Il va de la lumière au-dessus des sapins
au cerveau qui la regarde,
du cerveau à la machine froide
où l’on prépare des états qu’on sait défaire,
et de la machine à l’espace lui-même,
que certains disent fait de liens
comme un filet est fait de nœuds
et de vide.

Le cerveau tient ensemble un milliard de choses
mais ne refait jamais deux fois le même geste.
La machine refait le geste
et ne tient rien.

Il ne fermera pas la porte
avant d’avoir vu s’il y a une pièce derrière.

Et la nuit, la lumière revient,
ou ne revient pas,
brûle une heure au-dessus de la vallée
sur une réserve que personne n’a trouvée,
et s’en va
sans laisser la facture.


Four Hours a Night

We’d been told: ten nights at least,
four hours each night,
and promise nothing.

The lichen by Lake Oyonne is so thick
you could fall off the mountain
the way you fall into bed.
I didn’t try.
I lay down and waited
for the sky to make a mistake.

In eighty-four they counted fifty
in forty days.
Now it’s twenty a year, if that,
and Hesperdal has lost half its people,
so no one can say any more
who withdrew first,
the lights or the ones who watched them.

A man worked out the battery that copper and river would make.
It was ten thousand times too weak.
He worked out the tiny black hole dropped from the depths of the cosmos:
it went out in less than a second,
or else it would have shone a million times too bright.
He crossed out his own hypotheses
with the patience of someone unpicking their knitting
to find the thread again.

Eight times out of nine the light changed its rhythm
when the laser touched it.
A few watts against a hundred kilowatts,
a child blowing on a blaze.
And yet the blaze blinked.

In Arisonne, the camera charged the night before lay dead against the eyepiece,
and the thing danced unwitnessed.

A woman was driving home one evening after the rain.
On the muddy verge she saw
a black pyramid, flattened,
and little monkeys leaping round it.
She said it looked like fun.
She has since died.

There was that stormy evening
when a flame came out of the wood,
rose into the downpour, came down again,
looped the loop,
and the one watching thought
it was enjoying itself.

Long ago they were seen low over the Fennebrume marshes.
People said will-o’-the-wisp, said the witch’s lantern,
said: don’t follow it, there’s the ravine.
Then the marshes were drained, the potatoes went in,
and the lights, if they are creatures,
moved up to where the plough doesn’t go.

There’s a test left, the simplest one, that nobody has paid for:
to look at the light through a prism fine enough
to see its lines split in two.
If the gap is narrow, it’s the earth that’s burning.
If it’s a thousand times wider,
someone is holding the flame.

I did my four hours.
Once, above the firs, something beat,
went out, came on again.
Like a capacitor, said the physicist.
Like a heart, I thought.

 

A Hundred Kilowatts, for Illustration Only

He set the figure down on the table
the way you set down an empty cup.
A hundred kilowatts.

Then he looked for where the water would come from.

From the sky first, from that rain of particles
that goes through everything, roofs, bones,
and leaves in the air enough
to make a match barely sputter.
From the ground next, when the Earth’s field shivers
and the rock carries a current no one has recorded.
There he wrote: needs measuring.
From distant storms last of all,
whose fair-weather current comes down on Hesperdal
so thin it wouldn’t wake a glow-worm.

A spark is not a meal.

In the evening he packs away the magnetometers
and thinks about the ship.
Not the one that throws its mass out behind it,
but the one that would fold the distance ahead of it,
the way you fold a map
so that two towns touch.

He knows what it would take:
energy less than nothing,
a hollow beneath the void.
Theory allows it, here and there,
for an instant, in small change.
No one has filled a pocket yet.

Between the two he has stretched a thread.
It runs from the light above the firs
to the brain that watches it,
from the brain to the cold machine
where they prepare states they know how to undo,
and from the machine to space itself,
which some say is made of links
the way a net is made of knots
and holes.

The brain holds a billion things together
but never makes the same gesture twice.
The machine repeats the gesture
and holds nothing.

He won’t shut the door
until he has seen whether there’s a room behind it.

And at night the light comes back,
or doesn’t,
burns for an hour above the valley
on a reserve no one has found,
and goes,
leaving no bill.

 

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voir également: 

Gilbert Quélennec, Musiques et présentation du projet Captations (interconnexions discrètes)

 

 






vendredi 23 octobre 2026

audio et texte: Gilbert Quélennec, des musiques autour de la Communication (vies sur Terre, vies extraterrestres)

 

audio et texte:  

Gilbert Quélennec, des musiques autour de la Communication 

vies sur Terre, vies extraterrestres 

SETI, METI, etc

(version du 14.12.2022, augmentée le 23.10.2026)


Dans ce travail autour de la Communication, on navigue du plus proche au plus lointain (ex Signaux ), et du plus lointain au plus proche (ex Un vide pas si vide), entre vies sur terre, et la communication avec des phénomènes (ex Nuages artificiels)

d'autres enregistrements sont à venir..

In this work around Communication, we navigate from the closest to the farthest (ex Signals), and from the farthest to the closest (ex A void not so empty), between lives on earth, and communication with phenomena (ex Artificial clouds)

other recordings are to come.

 

 

Revue : L'Atelier de Gilbert Quélennec — ISSN 2556-5362 

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Musiques

  
 

 Tentative de Contact

Localiser par l’écho des sons

Des nouvelles de l'infra

Un vide pas si vide

Signaux

 Nuages Artificiels

Intéresse toi au temps

Un Oracle 

Terre

 

 

Texte

texte: Gilbert Quélennec, Indications seulement (Indications Only)



Radio 

Des nouvelles de l'infra a été diffusée dans mon entretien Entre son et Lumière  vidéo: Gilbert Quélennec, Interview Entre son et Lumière pour la chaîne youtube de Joëlle Vérain (autour des anomalies) , 7 août 2025

 Intéresse toi au temps (extrait) a  été diffusée dans mon entretien dans L’invité de la Rédaction, sur RCF, par Christophe Pluchon, lundi 5 septembre 2022, à 12h15,  à retrouver sur Youtube , sur Deezer, sur Apple Podcasts, sur Amazon, sur Spotify, sur le site de Christophe Pluchon  ,aussi dans  Vous reprendrez bien un peu de sf? Par Remy Toularastel , sur Radio Evasion le vendredi 12 août à 13h, puis en podcast

 
Un Oracle a été diffusé dans Gilbert Quélennec, Entretien par Jeff Lagoutte, pour son émission Flèche Sensible (émission de radio autour des musiques de création) sur Fréquence Paris Plurielle 106.3 FM, 1ère diff le 21 avril 2019, Rediff le 5 mai 2019
 
 


 voir également:

 


 (photo prise pas loin de Valensole)

jeudi 22 octobre 2026

texte: Gilbert Quélennec, Indications seulement (Indications Only)

 

Gilbert Quélennec, Indications seulement 

Gilbert Quélennec, Indications Only 

Texte pour mon post Gilbert Quélennec, des musiques autour de la Communication (vie sur terre, vie extraterrestre)

 

 

 

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Gilbert Quélennec, Indications seulement  

 

Un objet immobile au-dessus d’un jardin.
Un enfant le regarde.
Soixante-dix ans plus tard,
il retourne jusqu’au bord
et s’arrête au même endroit.

 

Les implications de l'intrication quantique 

sur les communications spatiales

Dans la montagne,
une question.


Pas de fenêtre pendant le trajet.
Une salle propre.

Devant lui, plus grand qu’un homme,
presque rien,
une lumière par endroits.
Corps, combinaison, caisson.

Il demande.
Une lueur, puis une autre.
Parfois rien.
Parfois deux lueurs à la fois.

Il note :

indications seulement.


Capturée, dit le journal.
Volontaire, dit la voix.

Il est entré.
Il est ressorti.


Deux cent soixante mille récits.

Dans l’un d’eux,
un chien de garde
rentre à la maison
et ne veut plus sortir.


Il pleut sur la Louisiane.
Une lumière efface les phares.

D’un même arbre, deux écorces :
une noire,
une intacte.

Elles reviennent d’un laboratoire
deux ans plus tard,
sans un mot.


J’ai laissé le cheval, je me suis approché,
ils me regardent.

Entre les lavandes,
un homme se tait devant les gendarmes.
Il veut y retourner.


Les pompiers de Munich,
trois semaines derrière les mêmes murs,
puis la porte.

L’autre reste.


La baleine sait,
avant la femme,
qu’elle porte un enfant.

 

Une nuit, une grande forme claire.
Il a eu peur.
Il est rentré.

La prochaine fois,
une seule question,
fermée,

et attendre.

 

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Gilbert Quélennec, Indications Only


A motionless object above a garden.
A child watches it.
Seventy years later,
he goes back to the edge
and stops at the same place.


The Space Communication Implications
of Quantum Entanglement.

In the mountain,
a question.


No window on the way in.
A clean room.

Before him, taller than a man,
almost nothing,
light in places.
Body, suit, container.

He asks.
One glow, then another.
Sometimes nothing.
Sometimes two glows at once.

He notes:

indications only.


Captured, says the journal.
Volunteer, says the voice.

He went in.
He came out.


Two hundred and sixty thousand accounts.

In one of them,
a guard dog
goes back into the house
and will not come out again.


It is raining over Louisiana.
A light wipes out the headlights.

From the same tree, two pieces of bark:
one black,
one untouched.

They come back from a laboratory
two years later,
without a word.


I left the horse, I went closer,
they look at me.

Among the lavender,
a man keeps silent before the gendarmes.
He wants to go back.


The firemen of Munich,
three weeks behind the same walls,
then the door.

The other stays.


The whale knows,
before the woman does,
that she is carrying a child.


One night, a great pale form.
He was afraid.
He went back.

Next time,
a single question,
closed,

and wait.

 

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 voir également:

 audio: Gilbert Quélennec, des musiques autour de la Communication (vie sur terre, vie extraterrestre)

 

 

 

 

 




mercredi 21 octobre 2026

texte: Gilbert Quélennec, Le dernier souffle du son (The Last Breath of Sound)

 

texte: Gilbert Quélennec, Le dernier souffle du son

texte: Gilbert Quélennec, The Last Breath of Sound

texte pour mon  Projet Vide quantique — énergie du point zéro 

 



Revue : L'Atelier de Gilbert Quélennec — ISSN 2556-5362 

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Gilbert Quélennec, Le dernier souffle du son


Il est un son que l’oreille ignore,
Un chant ténu au bord de l’infini,
Qui vibre dans l’ombre, qui retient encore
Un peu de lumière au cœur de la nuit.

Dans le silence où les choses sommeillent,
Un diapason de rien attend son heure.
Nul vent ne le touche, aucun doigt ne l’éveille,
Pourtant une seule note en lui demeure.

L’oreille nous dit que le son s’éteint
Comme la cloche du soir sur les toits,
Qu’il s’amenuise et se perd en chemin,
Peu à peu, quelque part dans le froid.

Mais au royaume des particules,
L’énergie ne s’en va pas lentement.
Elle descend par marches minuscules,
Et le son disparaît en un instant.

Un phonon s’attarde, suspendu dans l’espace,
Dernière note d’un monde inaudible.
Puis d’un seul coup, sans déclin, il cède la place,
Et la matière retombe, paisible.

Un qubit veille au chevet de la matière,
Guetteur patient d’un souffle incertain.
Il compte les absences sans les défaire,
Tient entre ses circuits le bord du lendemain.

Deux millisecondes : une éternité fragile,
Pour un son que nul ne saura jamais entendre.
Dans ce presque-rien, la science ouvre une île,
Où le réel consent enfin à se rendre.

Et nous, qui croyions connaître le silence,
Nous découvrons qu’il a ses profondeurs,
Que sous l’immobile et lisse apparence
Se jouent des sauts, des départs, des ailleurs.

Peut-être qu’un jour, au cœur de nos machines,
Ces notes aideront la mémoire à tenir,
Et que d’autres, au creux des cellules fines,
Entendront la vie avant même son devenir.

Mais pour l’heure, écoutons ce que rien ne révèle :
Le son n’est pas seulement ce qui passe et s’enfuit.
Il est une énergie, une présence réelle,
Un univers qui saute d’un état à la nuit.

Et lorsque la dernière vibration s’efface,
Quand plus aucune onde ne traverse l’air,
Il reste cette question, immense dans l’espace :

Le silence est-il la fin du son,
Ou le lieu secret
D’où naît l’invisible ?


texte: Gilbert Quélennec, The Last Breath of Sound


There is a sound the ear has never caught,
A slender song along the infinite,
That trembles in the shadow, holding yet
A little light within the heart of night.

In the silence where things lie asleep,
A tuning fork of almost nothing bides its time.
No wind will touch it, no finger wake it,
And still a single note lives on, down deep.

The ear will tell us sound just fades away
Like the evening bell across the rooftops,
That it grows thin and wanders, goes astray,
Little by little, somewhere in the cold.

But down in the realm of particles,
Energy does not ebb slowly away.
It descends in steps too small to see,
And the sound vanishes in an instant.

A phonon lingers, suspended in space,
Last note of a world no ear can hear.
Then all at once, with no decline, it gives up its place,
And matter settles back, at peace.

A qubit keeps watch at the bedside of matter,
Patient lookout for an uncertain breath.
It counts the absences without undoing them,
Holds in its circuits the edge of tomorrow.

Two milliseconds: a fragile eternity
For a sound that no one will ever hear.
In this almost-nothing, science opens an island
Where reality, at last, gives itself up.

And we, who thought we knew the silence,
Discover that it has its depths,
That beneath the still and smooth appearance
There are leaps, and leavings, and other shores.

Perhaps one day, in the heart of our machines,
These notes will help memory to hold,
And others, deep within the finest cells,
Will hear life before it even comes to be.

But for now, let us listen to what nothing reveals:
Sound is not only what passes and flees.
It is energy, a presence that is real,
A universe that leaps from one state into night.

And when the last vibration fades,
When no wave crosses the air any more,
There remains this question, vast as space:

Is silence the end of sound,
Or the secret place
From which the invisible is born?

 

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voir également: audio et textes: Gilbert Quélennec, Projet Vide quantique — énergie du point zéro

 


 

 


 

lundi 19 octobre 2026

audio et textes: Gilbert Quélennec, musiques autour de l'archéoastronomie (et diffusions à la radio)





audio et textes: 
Gilbert Quélennec, musiques autour de l'archéoastronomie
(version du 21.05.2020, revue et augmentée le 19.10.2026) 
 




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audio

radio
 
Grandes Pierres a été diffusée dans  Entretien avec Gilbert Quélennec  (par Véronique Muzeau pour le magazine Ribines de Radio Evasion), diffusion le 12 avril 2018
Sphères a été diffusée dans Gilbert Quélennec, Entretien par Jeff Lagoutte, pour son émission Flèche Sensible (émission de radio autour des musiques de création) sur Fréquence Paris Plurielle 106.3 FM, 1ère diff le 21 avril 2019, Rediff le 5 mai 2019 
Sphères a également été diffusée dans Entretien avec Gilbert Quélennec  (par Véronique Muzeau pour le magazine Ribines de Radio Evasion), diffusion le 12 avril 2018




samedi 17 octobre 2026

texte: Gilbert Quélennec, Là où les pierres regardent le ciel (Where the Stones Look at the Sky)

 

 

Gilbert Quélennec, Là où les pierres regardent le ciel 

Gilbert Quélennec, Where the Stones Look at the Sky

texte pour mon post: Gilbert Quélennec, musiques autour de l'archéoastronomie (et diffusions à la radio) + influence 8 : L'astrophysique et l'archéoastronomie



 



Revue : L'Atelier de Gilbert Quélennec — ISSN 2556-5362 

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Gilbert Quélennec, Là où les pierres regardent le ciel 

  

Il y a des pierres qui se souviennent de nuits que nul vivant n’a connues. On les a dressées quand les hommes demandaient encore leur chemin aux étoiles.

Quelqu’un a posé celle-ci dans l’axe exact d’un soleil mourant. Quelqu’un, au fond d’un temple, attendait que la lumière vienne toucher le visage du dieu.

À Stonehenge, l’hiver retient son souffle. Le soleil du jour le plus court passe entre deux pierres, et s’en va.

Sous les forêts du Yucatán, les Mayas comptaient les pas de Vénus, les retours de la Lune, les rendez-vous du maïs et de la pluie. Dans leurs nombres dort une musique que nous entendons mal.

À Angkor, le Soleil revient à sa fenêtre.

Nous arrivons avec nos instruments. Nous mesurons les angles, nous refaisons les anciennes nuits.

Il manque le regard d’un prêtre avant l’aube. La peur devant l’éclipse. Le nom secret d’une étoile, que personne n’a écrit.

Sous le ciel d’octobre, je pense aux mains qui ont taillé les pierres, et qui ont attendu, parfois toute une vie, qu’un astre vienne leur répondre.

L’ombre glisse sur le sol. L’aube revient sans mémoire.

La dernière lumière s’éteint. Les pierres ne disent rien. Au-dessus d’elles, les étoiles avancent, fidèles à leur lente traversée.

  



Gilbert Quélennec, Where the Stones Look at the Sky

 

There are stones that remember nights no one living has known. They were raised when people still asked the stars the way.

Someone set this one in the exact line of a dying sun. Someone, deep inside a temple, waited for the light to come and touch the face of the god.

At Stonehenge, winter holds its breath. The sun of the shortest day passes between two stones, and is gone.

Beneath the forests of the Yucatán, the Maya counted the steps of Venus, the returns of the Moon, the rendezvous of maize and rain. In their numbers sleeps a music we only half hear.

At Angkor, the Sun comes back to its window.

We arrive with our instruments. We measure the angles, we piece the old nights back together.

What is missing is a priest’s gaze before dawn. The fear at an eclipse. The secret name of a star, which no one ever wrote down.

Beneath the October sky, I think of the hands that cut the stones, and that waited, sometimes a whole lifetime, for a star to answer them.

The shadow slides across the ground. Dawn returns without memory.

The last light goes out. The stones say nothing. Above them, the stars move on, faithful to their slow crossing.

 

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voir également:  

audio: Gilbert Quélennec, musiques autour de l'archéoastronomie (et diffusions à la radio) + influence 8 : L'astrophysique et l'archéoastronomie