Gilbert Quélennec, Les présents ne se rencontrent pas
Gilbert Quélennec, The Presents Do Not Meet
Texte pour mon projet UniverS
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Gilbert Quélennec,Les présents ne se rencontrent pas
Il ne cherchait pas la vie.
Pourtant, au bord des lacs suspendus entre roche et lumière, quelque chose l'attendait — étendu sur des kilomètres, silencieux depuis des ères.
Une vie simple. Presque seule. Obstinée non pas comme une flamme, mais comme une erreur qui refuse de se corriger.
Alors la montagne devint un miroir.
Les glaciers reculèrent. Les eaux diminuèrent. Les bassins apprirent le silence de la poussière.
Et dans cette lente disparition, un visage apparut que personne n'avait convoqué.
Mars.
Non pas la planète des rêves. Celle d'il y a des milliards d'années, quand ses mers comprenaient qu'elles partaient.
Ainsi la Terre regardait son avenir dans le deuil d'une voisine rouge.
Un jour, sur les hauteurs du Licancabur, les données changèrent de voix.
Ce qui parlait de Mars parlait aussi de nous.
Depuis lors, chaque pierre raconte deux histoires. Aucune des deux n'est rassurante.
*
Entre les mondes, des fragments voyagent.
Des éclats de Mars sont tombés sur la Terre, portés par les siècles.
Ils portaient de la roche. Peut-être autre chose. Peut-être la première erreur féconde.
Nous ignorons d'où vient le premier geste du vivant.
Peut-être de là-haut. Peut-être d'ici. Peut-être que la distinction n'existe que pour nous — parce que nous avons besoin qu'elle existe.
Si des voyageurs existent quelque part dans l'espace, ils auront peut-être abandonné la chair pour des formes plus durables que le sang. Nous l'ignorons. Comme nous ignorions autrefois que la Terre tourne autour du Soleil.
La porte dans la nuit ne s'ouvre pas vers une réponse.
Elle s'ouvre vers une autre nuit.
*
Au-dessus de nous, les mêmes atomes qu'ici.
Le même carbone. Le même silence entre les liaisons.
La vie, si elle existe ailleurs, n'est pas une métaphore de la nôtre. Elle est la nôtre — dans une autre grammaire, sur une autre page, peut-être sans lecteur.
Et l'intelligence :
sur la Terre, elle a mis presque tout le temps disponible pour apparaître.
Rien ne dit qu'elle était attendue.
Rien ne dit que l'univers la répète.
*
Les distances demeurent.
Entre les étoiles, la lumière voyage pendant des millénaires. Quand elle arrive, le monde qu'elle décrit n'est déjà plus là. Les présents ne se rencontrent pas. Seulement des passés qui se croisent sans se toucher.
Chaque époque croit voir l'horizon.
Puis découvre qu'il n'était qu'un seuil.
*
Ainsi l'étude de Mars n'est pas seulement une quête tournée vers le ciel.
Dans le dessèchement des lacs andins, dans la retraite des glaciers, dans la patience des microbes — une même chose se montre sans se nommer.
Au bout de cette recherche, peut-être rien de nouveau.
Seulement la Terre — vue de plus près qu'avant.
Et cette proximité soudaine qui ressemble à une peur.
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Gilbert Quélennec, The Presents Do Not Meet
He was not looking for life.
Yet at the edge of lakes suspended between rock and light, something was waiting — spread across kilometres, silent for ages.
A simple life. Almost alone. Stubborn not like a flame, but like an error that refuses to correct itself.
Then the mountain became a mirror.
The glaciers retreated. The waters diminished. The basins learnt the silence of dust.
And in that slow disappearance, a face appeared that no one had summoned.
Mars.
Not the planet of dreams. The one from billions of years ago, when its seas understood they were leaving.
And so the Earth looked at its future in the grief of a red neighbour.
One day, on the heights of Licancabur, the data changed voice.
What spoke of Mars spoke of us too.
Since then, every stone tells two stories. Neither of them is reassuring.
*
Between worlds, fragments travel.
Shards of Mars have fallen to Earth, carried across the centuries.
They carried rock. Perhaps something else. Perhaps the first fertile error.
We do not know where the first gesture of the living began.
Perhaps from above. Perhaps from here. Perhaps the distinction exists only for us — because we need it to exist.
If travellers exist somewhere in space, they may have abandoned flesh for forms more durable than blood. We do not know. As we once did not know that the Earth revolves around the Sun.
The door in the night does not open onto an answer.
It opens onto another night.
*
Above us, the same atoms as here.
The same carbon. The same silence between the bonds.
Life, if it exists elsewhere, is not a metaphor of ours. It is ours — in another grammar, on another page, perhaps without a reader.
And intelligence:
on Earth, it took nearly all the time available to appear.
Nothing says it was expected.
Nothing says the universe repeats it.
*
The distances remain.
Between the stars, light travels for millennia. When it arrives, the world it describes is already gone. The presents do not meet. Only pasts that cross without touching.
Every age believes it can see the horizon.
Then discovers it was only a threshold.
*
Thus the study of Mars is not only a quest turned towards the sky.
In the drying of the Andean lakes, in the retreat of the glaciers, in the patience of the microbes — one and the same thing shows itself without naming itself.
At the end of this search, perhaps nothing new.
Only the Earth — seen more closely than before.
And that sudden closeness which resembles a fear.
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Voir également:Gilbert Quélennec, Musiques et présentation du projet UniverS (et diffusions à la radio)