Gilbert Quélennec, Une vallée particulière
pour le projet Captations
Gilbert Quélennec, A Particular Valley
for the Captations project
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Gilbert Quélennec, Une vallée particulière
Entre la roche, le silence et le vent,
circule sous la terre un flux de chaleur discret,
plus fort peut-être que dans les vallées voisines.
Alors les témoins imaginent
une source cachée,
un passage enfoui sous la pierre froide,
un trou de ver métastable,
minuscule et silencieux,
ouvrant dans la roche des chemins invisibles
où circulerait l’énergie.
Sous les montagnes dormirait
un réservoir souterrain,
alimentant les lumières du ciel,
comme des volcans endormis
attendant leur heure d’éruption.
Parfois un nœud d’échange énergétique nanométrique traverse le sol
et pousse dans l’air
un plasma de silice,
de magnésium,
de calcium ;
parfois elle demeure cachée
et seule l’atmosphère devient lumière :
azote et oxygène ionisés
dans la transparence de la nuit.
Alors naissent des graines de plasma,
fragiles soleils orangés
pulsant à une cadence secrète
plus rapide que le regard humain.
Au centre de chaque sphère lumineuse,
un nœud nanométrique
porterait la chaleur impossible
d’une température d’étoile au bord de l’effondrement,
où la matière cesse d’être matière et devient lumière en fuite,
pression immense
repoussant le gaz de l’air.
Autour d’elle naît une cavité,
une bulle brûlante,
puis une fine coquille ionisée
d’un millimètre d’épaisseur,
oscillant du bleu blanc des étoiles chaudes
jusqu’au rouge des braises mourantes.
La lumière change de forme :
triangle, cercle, haltère mouvante ;
elle apparaît, disparaît,
comme si l’espace lui-même
hésitait entre présence et absence.
Ces sphères ne sont pas pleines.
Ce sont des volumes d’air froid
traversés par une nuée
de minuscules foyers lumineux,
comme une pâte cosmique
parsemée de graines de feu.
Chaque lumière
ne serait pas un objet solide
mais une multitude de sources
corrélées entre elles,
comme une constellation mobile.
Et le mouvement lui-même
serait peut-être une illusion :
la matière ne voyagerait pas,
seules les lumières
s’allumeraient ailleurs.
Ainsi le ciel resterait silencieux,
sans bang supersonique,
sans choc,
sans tonnerre,
laissant peut-être seulement
un murmure d’ultrasons
dans le froid des montagnes.
Alors les chercheurs calculent,
mesurent la chaleur du sol,
cherchent des spectres lumineux,
des ultrasons,
des champs magnétiques impossibles,
des preuves dans la roche et dans l’air.
Ils poursuivent dans les équations
la clef de ces lanternes sans maître.
Mais partout demeurent
les mots prudents :
« peut-être »,
« pourrait »,
« hypothèse ».
Ils tremblent dans le texte
comme des lampes fragiles
suspendues au-dessus du doute.
Car rien n’est établi.
Seulement une tentative
de donner une forme physique
à des lumières
que la vallée garde encore,
entre science et vertige,
comme des étoiles descendues
un instant.
Gilbert Quélennec, A Particular Valley
for the Captations project
Between rock, silence and wind,
a discreet flow of heat circulates beneath the earth,
perhaps stronger than in neighbouring valleys.
Then the witnesses imagine
a hidden source,
a passage buried beneath cold stone,
a metastable wormhole,
minute and silent,
opening invisible paths in the rock
through which energy might circulate.
Beneath the mountains there would lie
an underground reservoir,
feeding the lights of the sky,
like dormant volcanoes
waiting for their moment of eruption.
At times, a nanometric energy-exchange node passes through the ground
and drives into the air
a plasma of silica,
magnesium,
calcium;
at other times it remains hidden,
and only the atmosphere becomes light:
ionised nitrogen and oxygen
in the transparency of night.
Then plasma seeds are born,
fragile orange suns
pulsing at a secret cadence
faster than the human eye can perceive.
At the centre of each luminous sphere,
a nanometric node
would carry the impossible heat
of a stellar temperature on the verge of collapse,
where matter ceases to be matter and becomes light in flight,
under immense pressure
forcing back the gases of the air.
Around it a cavity forms,
a burning bubble,
then a thin ionised shell
one millimetre thick,
oscillating from the blue-white of hot stars
to the red of dying embers.
The light changes shape:
triangle, circle, moving dumbbell;
it appears, disappears,
as though space itself
hesitated between presence and absence.
These spheres are not solid.
They are volumes of cold air
traversed by a swarm
of minute luminous foci,
like a cosmic paste
studded with seeds of fire.
Each light
is not a solid object
but a multitude of sources
correlated with one another,
like a mobile constellation.
And movement itself
may be an illusion:
matter does not travel,
only the lights
ignite elsewhere.
Thus the sky remains silent,
without a supersonic boom,
without impact,
without thunder,
leaving perhaps only
a whisper of ultrasound
in the cold of the mountains.
Then the researchers calculate,
measure the heat of the ground,
search for luminous spectra,
ultrasound,
impossible magnetic fields,
proof in rock and air.
They pursue through equations
the key to these masterless lanterns.
Yet everywhere remain
the cautious words:
“perhaps”,
“might”,
“hypothesis”.
They tremble in the text
like fragile lamps
suspended above doubt.
For nothing is established.
Only an attempt
to give physical form
to lights
that the valley still holds,
between science and vertigo,
like stars descended
for an instant.
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