texte: Gilbert Quélennec, Le dernier souffle du son
texte: Gilbert Quélennec, The Last Breath of Sound
texte pour mon Projet Vide quantique — énergie du point zéro
Revue : L'Atelier de Gilbert Quélennec — ISSN 2556-5362
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Gilbert Quélennec, Le dernier souffle du son
Il est un son que l’oreille ignore,
Un chant ténu au bord de l’infini,
Qui vibre dans l’ombre, qui retient encore
Un peu de lumière au cœur de la nuit.
Dans le silence où les choses sommeillent,
Un diapason de rien attend son heure.
Nul vent ne le touche, aucun doigt ne l’éveille,
Pourtant une seule note en lui demeure.
L’oreille nous dit que le son s’éteint
Comme la cloche du soir sur les toits,
Qu’il s’amenuise et se perd en chemin,
Peu à peu, quelque part dans le froid.
Mais au royaume des particules,
L’énergie ne s’en va pas lentement.
Elle descend par marches minuscules,
Et le son disparaît en un instant.
Un phonon s’attarde, suspendu dans l’espace,
Dernière note d’un monde inaudible.
Puis d’un seul coup, sans déclin, il cède la place,
Et la matière retombe, paisible.
Un qubit veille au chevet de la matière,
Guetteur patient d’un souffle incertain.
Il compte les absences sans les défaire,
Tient entre ses circuits le bord du lendemain.
Deux millisecondes : une éternité fragile,
Pour un son que nul ne saura jamais entendre.
Dans ce presque-rien, la science ouvre une île,
Où le réel consent enfin à se rendre.
Et nous, qui croyions connaître le silence,
Nous découvrons qu’il a ses profondeurs,
Que sous l’immobile et lisse apparence
Se jouent des sauts, des départs, des ailleurs.
Peut-être qu’un jour, au cœur de nos machines,
Ces notes aideront la mémoire à tenir,
Et que d’autres, au creux des cellules fines,
Entendront la vie avant même son devenir.
Mais pour l’heure, écoutons ce que rien ne révèle :
Le son n’est pas seulement ce qui passe et s’enfuit.
Il est une énergie, une présence réelle,
Un univers qui saute d’un état à la nuit.
Et lorsque la dernière vibration s’efface,
Quand plus aucune onde ne traverse l’air,
Il reste cette question, immense dans l’espace :
Le silence est-il la fin du son,
Ou le lieu secret
D’où naît l’invisible ?
texte: Gilbert Quélennec, The Last Breath of Sound
There is a sound the ear has never caught,
A slender song along the infinite,
That trembles in the shadow, holding yet
A little light within the heart of night.
In the silence where things lie asleep,
A tuning fork of almost nothing bides its time.
No wind will touch it, no finger wake it,
And still a single note lives on, down deep.
The ear will tell us sound just fades away
Like the evening bell across the rooftops,
That it grows thin and wanders, goes astray,
Little by little, somewhere in the cold.
But down in the realm of particles,
Energy does not ebb slowly away.
It descends in steps too small to see,
And the sound vanishes in an instant.
A phonon lingers, suspended in space,
Last note of a world no ear can hear.
Then all at once, with no decline, it gives up its place,
And matter settles back, at peace.
A qubit keeps watch at the bedside of matter,
Patient lookout for an uncertain breath.
It counts the absences without undoing them,
Holds in its circuits the edge of tomorrow.
Two milliseconds: a fragile eternity
For a sound that no one will ever hear.
In this almost-nothing, science opens an island
Where reality, at last, gives itself up.
And we, who thought we knew the silence,
Discover that it has its depths,
That beneath the still and smooth appearance
There are leaps, and leavings, and other shores.
Perhaps one day, in the heart of our machines,
These notes will help memory to hold,
And others, deep within the finest cells,
Will hear life before it even comes to be.
But for now, let us listen to what nothing reveals:
Sound is not only what passes and flees.
It is energy, a presence that is real,
A universe that leaps from one state into night.
And when the last vibration fades,
When no wave crosses the air any more,
There remains this question, vast as space:
Is silence the end of sound,
Or the secret place
From which the invisible is born?
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voir également: audio et textes: Gilbert Quélennec, Projet Vide quantique — énergie du point zéro








