Atelier de Gilbert Quélennec = ISSN 2556-5362


" En tous cas, je ne peux pas m'imaginer que les grandes formes anciennes (quatuor à cordes, symphonie, oratorio, etc.) pourront jouer un rôle quelconque. Si quelque chose advient, cela devra - je crois - être simple, transparent. "
Wittgenstein







lundi 13 juillet 2026

texte: Gilbert Quélennec, Laisser la question debout

 

Gilbert Quélennec, Laisser la question debout

texte pour mon projet Prat

Gilbert Quélennec, Leaving the question standing

text for my Prat project





 

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Laisser la question debout

Un homme a posé la question à une machine avant de la poser aux pierres. Trois images pour deux cent mille ans — le film s'arrête là où l'écriture commence, et avant, on appelle ça préparer le monde.

Il y a une pierre dressée qui ne devait pas exister avant les champs, avant les bêtes qu'on attache, avant qu'on ait quelque chose à ranger dans une maison. À peine une poignée est sortie de terre. Le reste attend, sous un tumulus de gravats, qu'on ait le courage de le déranger.

On dit primitif. On dit génie. On met les deux mots dans la même phrase sans s'apercevoir qu'ils se battent.

Il fallait du bois pour transporter la pierre. Il n'y avait pas de bois. Il fallait alors apporter le bois avant la pierre, et personne ne demande qui a porté le bois. Cinq cents hommes pour trois tonnes, trois kilomètres, trois jours — et à côté, une masse plus lourde qu'une maison attend toujours son compte d'hommes.

Sous des dizaines de mètres d'eau, des marches de pierre ne mènent nulle part, sauf vers la date où la mer est montée. On ne sait pas jusqu'où redescendre. Rien n'interdit qu'elles soient plus vieilles que la première question qu'on ait posée sur elles.

Deux lieux, aux deux bouts du monde, disent la même chose sans s'être parlé — ou alors ils se sont parlé, et c'est ce deuxième mot qui ne passe pas. Une terre lointaine n'existait pas avant qu'un regard, venu de la mer, la fasse exister. Après, elle peut prendre toutes les formes qu'elle veut ; ce ne sera jamais qu'une coïncidence.

On trace une droite entre deux sanctuaires. On dit hasard. Une droite entre deux masses dressées vers le ciel qui ne se sont jamais vues. Hasard encore. Combien de droites faut-il tracer avant que le mot change de sens ?

Le ciel, vu d'ici, n'a pas de forme. Vu de plus loin, c'est une spirale. Ce n'est pas le ciel qui a changé. C'est la place d'où on le regarde.

Peut-être qu'il n'y a pas eu de saut. Peut-être qu'une pente peut ressembler à un mur, si on ne regarde qu'un seul point de la pente. Peut-être que polir une pierre à la main depuis vingt mille ans suffit, un jour, sans miracle, à polir une falaise entière.

Mais alors reste une question qu'aucun fait ne résout : pourquoi ce jour-là, et pas un autre ? Pourquoi mobiliser des montagnes d'hommes pour bâtir une maison à des dieux qui n'en avaient pas demandé ?

On ne sait pas. On pose la pierre, on pose la question, et on laisse les deux debout côte à côte, sans les empiler l'une sur l'autre.


Leaving the question standing


A man put the question to a machine before he put it to the stones. Three images for two hundred thousand years — the film stops where writing begins, and before that, we call it preparing the world.

There is an upright stone that was not supposed to exist before the fields, before the beasts we tether, before we had anything to keep in a house. Barely a handful has come up out of the earth. The rest waits beneath a mound of rubble for someone to find the nerve to uncover it.

We say primitive. We say genius. We put both words in the same sentence without noticing they're at war.

Timber was needed to move the stone. There was no timber. So the timber had to be brought before the stone, and nobody asks who carried the timber. Five hundred men for three tonnes, three kilometres, three days — and nearby, a mass heavier than a house is still waiting for its share of men.

Beneath dozens of metres of water, stone steps lead nowhere, except to the date when the sea rose. We don't know how far down to go. Nothing rules out that they're older than the first question anyone ever asked about them.

At opposite ends of the world, two places say the same thing without ever having spoken to one another — or perhaps they did, and that's the harder possibility to live with. A distant land did not exist until a gaze, arriving from the sea, made it exist. Afterwards, it can take whatever shape it likes; it will never be more than a coincidence.

We draw a straight line between two sanctuaries. We call it chance. A straight line between two masses raised towards the sky that never saw one another. Chance again. How many lines must be drawn before the word changes meaning?

The sky, seen from here, has no shape. Seen from further off, it's a spiral. It isn't the sky that changed. It's the place from which we look.

Perhaps there was no leap. Perhaps a slope can look like a wall, if you only look at one point of the slope. Perhaps polishing a stone by hand for twenty thousand years is enough, one day, without a miracle, to polish an entire cliff face.

But then a question remains that no fact resolves: why that day, and not another? Why mobilise mountains of men to build a house for gods who had never asked for one?

We don't know. We set down the stone, we set down the question, and we leave the two of them standing side by side, without stacking one on top of the other.

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vendredi 10 juillet 2026

audio: Gilbert Quélennec, Orientation monumentale

 

audio: Gilbert Quélennec, Orientation monumentale

extrait de mon projet Prat


 

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voir également: audio et présentation: Gilbert Quélennec, projet PRAT ( Musiques et Textes )

  

 

 

 

 


 

 

 

 

vendredi 3 juillet 2026

Texte: Gilbert Quélennec, La mémoire du temps

 

Gilbert Quélennec, La mémoire du temps

 ce texte est un extrait de mon projet UniverS

 

Gilbert Quélennec, The Memory of Time

This text is an extract from my UniverS project 

 

 

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 Gilbert Quélennec, La mémoire du temps

Depuis longtemps, nous regardons les étoiles. Nous sommes persuadés que leur danse obéit à une force silencieuse que l'on nomme gravité.

Elle plie la lumière. Elle tient les galaxies ensemble.

Une autre voix, plus tard.

Et si la force n'était pas seule — mais le reste d'un mouvement plus ancien, celui qui circule entre le chaud et le froid, entre ce qui avance et ce qui se repose ?

Pas une machine. Une respiration.

En 1972, Jacob Bekenstein propose qu'un trou noir possède une entropie. Deux ans plus tard, Hawking calcule qu'il a aussi une température.

Un objet qu'on croyait muet portait la mémoire du temps.

De là est venue une idée plus étrange encore : la gravité elle-même pourrait n'être que la trace de ces échanges — comme une rivière est la trace de mille sources qu'on ne voit pas.

Certains poursuivent ce chemin. Ils demandent si l'univers conserve vraiment tout, sans exception.

Ils demandent si la matière peut apparaître, ou disparaître, sans que rien ne se brise.

Alors il n'y aurait plus besoin d'une énergie cachée pour expliquer l'expansion.

L'univers porterait en lui son propre élan — comme un arbre grandit de l'intérieur, sans qu'aucune main ne tire sur ses branches.

Cette pensée n'est encore qu'une promesse. Elle marche sur le fil délicat qui sépare l'intuition de la certitude.

Le ciel ne fait pas crédit aux belles idées. Il veut des lumières mortes, un rayonnement vieux de quatorze milliards d'années, le lent tracé des galaxies.

Cette voie peut s'éteindre. Une autre s'ouvrira, ou pas.

L'univers ne répond pas.

Il continue de brûler.

 


 

Gilbert Quélennec, The Memory of Time

 

For a long time now, we have looked at the stars. We are convinced that their dance obeys a silent force we call gravity.

It bends light. It holds the galaxies together.

Another voice, later.

What if the force were not alone — but the remnant of an older movement, one that flows between hot and cold, between what advances and what rests?

Not a machine. A breath.

In 1972, Jacob Bekenstein proposed that a black hole possesses entropy. Two years later, Hawking calculated that it also has a temperature.

An object once thought mute carried the memory of time.

From this came a stranger idea still: gravity itself might be nothing but the trace of these exchanges — as a river is the trace of a thousand springs one cannot see.

Some pursue this path. They ask whether the universe truly conserves everything, without exception.

They ask whether matter can appear, or disappear, without anything breaking.

Then there would be no need for some hidden energy to explain the expansion.

The universe would carry within itself its own momentum — as a tree grows from within, with no hand pulling at its branches.

This thought is, as yet, only a promise. It walks the delicate thread that separates intuition from certainty.

The sky gives no credit to beautiful ideas. It wants light from dead stars, radiation fourteen billion years old, the slow tracing of galaxies.

This path may fade. Another may open, or it may not.

The universe does not answer.

It keeps on burning.

 

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Voir également:Gilbert Quélennec, Musiques et présentation du projet UniverS  (et diffusions à la radio)

 

 

 

 


jeudi 25 juin 2026

texte: Gilbert Quélennec, Les présents ne se rencontrent pas

 

Gilbert Quélennec, Les présents ne se rencontrent pas

Gilbert Quélennec, The Presents Do Not Meet 

Texte pour mon projet UniverS 


 

 

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Gilbert Quélennec, Les présents ne se rencontrent pas

 

Dans les Andes, là où l'altitude efface peu à peu les frontières du ciel, un chercheur suivait la trace du soleil et la morsure invisible des ultraviolets.

Il ne cherchait pas la vie.

Pourtant, au bord des lacs suspendus entre roche et lumière, quelque chose l'attendait — étendu sur des kilomètres, silencieux depuis des ères.

Une vie simple. Presque seule. Obstinée non pas comme une flamme, mais comme une erreur qui refuse de se corriger.

Alors la montagne devint un miroir.

Les glaciers reculèrent. Les eaux diminuèrent. Les bassins apprirent le silence de la poussière.

Et dans cette lente disparition, un visage apparut que personne n'avait convoqué.

Mars.

Non pas la planète des rêves. Celle d'il y a des milliards d'années, quand ses mers comprenaient qu'elles partaient.

Ainsi la Terre regardait son avenir dans le deuil d'une voisine rouge.

Un jour, sur les hauteurs du Licancabur, les données changèrent de voix.

Ce qui parlait de Mars parlait aussi de nous.

Depuis lors, chaque pierre raconte deux histoires. Aucune des deux n'est rassurante.

Entre les mondes, des fragments voyagent.

Des éclats de Mars sont tombés sur la Terre, portés par les siècles.

Ils portaient de la roche. Peut-être autre chose. Peut-être la première erreur féconde.

Nous ignorons d'où vient le premier geste du vivant.

Peut-être de là-haut. Peut-être d'ici. Peut-être que la distinction n'existe que pour nous — parce que nous avons besoin qu'elle existe.

Si des voyageurs existent quelque part dans l'espace, ils auront peut-être abandonné la chair pour des formes plus durables que le sang. Nous l'ignorons. Comme nous ignorions autrefois que la Terre tourne autour du Soleil.

La porte dans la nuit ne s'ouvre pas vers une réponse.

Elle s'ouvre vers une autre nuit.

Au-dessus de nous, les mêmes atomes qu'ici.

Le même carbone. Le même silence entre les liaisons.

La vie, si elle existe ailleurs, n'est pas une métaphore de la nôtre. Elle est la nôtre — dans une autre grammaire, sur une autre page, peut-être sans lecteur.

Et l'intelligence :

sur la Terre, elle a mis presque tout le temps disponible pour apparaître.

Rien ne dit qu'elle était attendue.

Rien ne dit que l'univers la répète.

Les distances demeurent.

Entre les étoiles, la lumière voyage pendant des millénaires. Quand elle arrive, le monde qu'elle décrit n'est déjà plus là. Les présents ne se rencontrent pas. Seulement des passés qui se croisent sans se toucher.

Chaque époque croit voir l'horizon.

Puis découvre qu'il n'était qu'un seuil.

Ainsi l'étude de Mars n'est pas seulement une quête tournée vers le ciel.

Dans le dessèchement des lacs andins, dans la retraite des glaciers, dans la patience des microbes — une même chose se montre sans se nommer.

Au bout de cette recherche, peut-être rien de nouveau.

Seulement la Terre — vue de plus près qu'avant.

Et cette proximité soudaine qui ressemble à une peur.

 

 

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Gilbert Quélennec, The Presents Do Not Meet


In the Andes, where altitude gradually erases the boundaries of the sky, a researcher followed the trace of the sun and the invisible bite of ultraviolet light.

He was not looking for life.

Yet at the edge of lakes suspended between rock and light, something was waiting — spread across kilometres, silent for ages.

A simple life. Almost alone. Stubborn not like a flame, but like an error that refuses to correct itself.

Then the mountain became a mirror.

The glaciers retreated. The waters diminished. The basins learnt the silence of dust.

And in that slow disappearance, a face appeared that no one had summoned.

Mars.

Not the planet of dreams. The one from billions of years ago, when its seas understood they were leaving.

And so the Earth looked at its future in the grief of a red neighbour.

One day, on the heights of Licancabur, the data changed voice.

What spoke of Mars spoke of us too.

Since then, every stone tells two stories. Neither of them is reassuring.

Between worlds, fragments travel.

Shards of Mars have fallen to Earth, carried across the centuries.

They carried rock. Perhaps something else. Perhaps the first fertile error.

We do not know where the first gesture of the living began.

Perhaps from above. Perhaps from here. Perhaps the distinction exists only for us — because we need it to exist.

If travellers exist somewhere in space, they may have abandoned flesh for forms more durable than blood. We do not know. As we once did not know that the Earth revolves around the Sun.

The door in the night does not open onto an answer.

It opens onto another night.

Above us, the same atoms as here.

The same carbon. The same silence between the bonds.

Life, if it exists elsewhere, is not a metaphor of ours. It is ours — in another grammar, on another page, perhaps without a reader.

And intelligence:

on Earth, it took nearly all the time available to appear.

Nothing says it was expected.

Nothing says the universe repeats it.

The distances remain.

Between the stars, light travels for millennia. When it arrives, the world it describes is already gone. The presents do not meet. Only pasts that cross without touching.

Every age believes it can see the horizon.

Then discovers it was only a threshold.

Thus the study of Mars is not only a quest turned towards the sky.

In the drying of the Andean lakes, in the retreat of the glaciers, in the patience of the microbes — one and the same thing shows itself without naming itself.

At the end of this search, perhaps nothing new.

Only the Earth — seen more closely than before.

And that sudden closeness which resembles a fear.

 

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Voir également:Gilbert Quélennec, Musiques et présentation du projet UniverS  (et diffusions à la radio)

 

 

 

 

 

jeudi 18 juin 2026

texte: Gilbert Quélennec, Une vallée particulière


Gilbert Quélennec, Une vallée particulière

pour le projet Captations  

Gilbert Quélennec, A Particular Valley
for the Captations project


 

 

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 Gilbert Quélennec, Une vallée particulière

Entre la roche, le silence et le vent, circule sous la terre un flux de chaleur discret, plus fort peut-être que dans les vallées voisines.

Alors les témoins imaginent une source cachée, un passage enfoui sous la pierre froide, un conduit minuscule et silencieux, ouvrant dans la roche des chemins invisibles où circulerait l'énergie.

Sous les montagnes dormirait un réservoir souterrain, alimentant les lumières du ciel, comme des volcans endormis attendant leur heure.

Parfois un nœud d'échange traversant le sol pousse dans l'air un plasma de silice et de minéraux en suspension ; parfois il demeure caché et seule l'atmosphère devient lumière : azote et oxygène ionisés dans la transparence de la nuit.

Alors naissent des graines de plasma, fragiles soleils orangés pulsant à une cadence secrète plus rapide que le regard humain.

Au centre de chaque sphère lumineuse, un point de chaleur extrême où la matière cesse d'être matière et devient lumière en fuite, pression immense repoussant le gaz de l'air.

Autour d'elle naît une cavité, une bulle brûlante, puis une fine coquille ionisée d'un millimètre d'épaisseur, oscillant du bleu blanc des étoiles chaudes jusqu'au rouge des braises mourantes.

La lumière change de forme : triangle, cercle, haltère mouvante ; elle apparaît, disparaît, comme si l'espace lui-même hésitait entre présence et absence.

Ces sphères ne sont pas pleines. Ce sont des volumes d'air froid traversés par une nuée de minuscules foyers lumineux — comme un espace parsemé de graines de feu.

Chaque lumière ne serait pas un objet solide mais une multitude de sources liées entre elles, comme une constellation mobile.

Et le mouvement lui-même serait peut-être une illusion : la matière ne voyagerait pas, seules les lumières s'allumeraient ailleurs.

Ainsi le ciel resterait silencieux, sans bang supersonique, sans choc, sans tonnerre, laissant peut-être seulement un murmure d'ultrasons dans le froid des montagnes.

Alors les chercheurs calculent, mesurent la chaleur du sol, cherchent des spectres lumineux, des ultrasons, des champs magnétiques impossibles, des preuves dans la roche et dans l'air. Ils poursuivent dans les équations la clef de ces lanternes sans maître.

Mais partout demeurent les mots prudents : « peut-être », « pourrait », « hypothèse ».

Ils tremblent dans le texte comme des lampes fragiles suspendues au-dessus du doute.

Car rien n'est établi. Seulement une tentative de donner une forme physique à des lumières que la vallée garde encore, entre science et vertige, comme des étoiles descendues un instant.

 


Gilbert Quélennec, A Particular Valley
for the Captations project


Between the rock, the silence and the wind, a discreet flow of heat moves beneath the earth — stronger, perhaps, than in the neighbouring valleys.

The witnesses imagine a hidden source, a passage buried beneath cold stone, a minute and silent conduit opening invisible paths through the rock along which energy might travel.

Beneath the mountains sleeps a subterranean reservoir, feeding the lights of the sky like dormant volcanoes waiting their hour.

Sometimes a point of exchange crossing the ground pushes into the air a plasma of silica and suspended minerals; sometimes it remains hidden, and only the atmosphere becomes light: nitrogen and oxygen ionised in the transparency of the night.

Then seeds of plasma are born — fragile orange suns pulsing at a secret cadence faster than the human eye can follow.

At the centre of each luminous sphere, a point of extreme heat where matter ceases to be matter and becomes light in flight, an immense pressure pushing back the gas of the air.

Around it a cavity forms, a burning bubble, then a fine ionised shell a millimetre thick, oscillating from the blue-white of hot stars to the red of dying embers.

The light changes shape: triangle, circle, shifting dumbbell; it appears, disappears, as though space itself were hesitating between presence and absence.

These spheres are not solid. They are volumes of cold air traversed by a swarm of minute luminous centres — like a space scattered with seeds of fire.

Each light would not be a single solid object but a multitude of interconnected sources, like a moving constellation.

And the movement itself might be an illusion: the matter would not travel — only the lights would ignite elsewhere.

Thus the sky would remain silent, without supersonic bang, without impact, without thunder, leaving perhaps only a murmur of ultrasound in the cold of the mountains.

Then the researchers calculate, measure the heat of the ground, seek luminous spectra, ultrasound, impossible magnetic fields, evidence in the rock and in the air. They pursue through equations the key to these lanterns without a master.

But everywhere the cautious words remain: perhaps, might, hypothesis.

They tremble in the text like fragile lamps suspended above doubt.

For nothing is established. Only an attempt to give physical form to lights that the valley still holds — between science and vertigo — like stars descended for an instant.

 

 

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lundi 15 juin 2026

audio: Gilbert Quélennec, Des Mondes Supérieurs

 

 

audio: Gilbert Quélennec, Des Mondes Supérieurs  

enregistrement du 15 mai 2026 

extrait de mon projet Autres Réalités

 

 

 

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voir également: 

musiques et textes du projet Autres Réalités, par Gilbert Quélennec 

 

 

 

 

 

 


 

 

 

 

jeudi 11 juin 2026

texte: Gilbert Quélennec, L'écart entre voir et dire


Gilbert Quélennec, L'écart entre voir et dire

Texte pour le projet Captations 

 

Gilbert Quélennec, The Gap Between Seeing and Saying 

 Text for the Captations project

 

 

 

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 Gilbert Quélennec, L'écart entre voir et dire

 

Elle a vu des lumières dans les champs. Une clarté suspendue au-dessus de l'herbe, comme si le lieu hésitait à coïncider avec lui-même.

Rien ne s'y fixe vraiment.

Puis retrait, sans contour.

Sur les écrans, non pas une scène mais des restes : marque trop brève pour se stabiliser, excès de lumière, débordement sans issue.

On demande ce que c'est. Les réponses arrivent déjà prêtes : objets connus, causes identifiables, erreurs de perception.

Avant cela — un temps plus lent, où rien ne s'organise encore.

La mesure intervient, mais l'ordre ne se laisse pas situer.

Les appareils enregistrent des mouvements disjoints : montées, replis, interruptions sans accord interne.

Parfois une continuité apparaît et ne dure que tant qu'on la lit.

Les archives ne retiennent que des fragments de continuités possibles. Certaines lignes subsistent un instant, d'autres s'effacent au moment même de leur suivi.

Une insistance sans forme persiste.

Des figures surgissent sans emplacement : passages sans support, formes sans ancrage. Leur consistance dépend de l'écriture qui les contient. Déplacées, elles se défont.

Des relations se forment entre valeurs dispersées. Rien ne circule, mais des rapprochements suffisent à produire un effet de liaison.

Dans les appareils eux-mêmes, aucune stabilité : seulement des transitions, sans centre ni direction.

Des retours, des écarts, des attentions qui se maintiennent. Impossible de les isoler sans modifier ce qu'on observe.

Autour de la Terre, des fragments suivent des trajectoires intermittentes. Ils passent, disparaissent, réapparaissent selon des rythmes qu'on ne peut pas réduire.

On les classe — non pour les comprendre — mais pour contenir leur dispersion.

Et quelque chose échappe encore à ces opérations : non un objet, mais un décalage entre apparition et description.

Un intervalle où ce qui est dit ne rejoint pas ce qui est vu.

 


 

Gilbert Quélennec, The Gap Between Seeing and Saying

 She saw lights in the fields. A brightness suspended above the grass, as though the place were hesitating to coincide with itself.

Nothing quite settles there.

Then withdrawal, without contour.

On the screens, not a scene but remains: a mark too brief to stabilise, an excess of light, overflow without issue.

One asks what it is. The answers arrive already prepared: known objects, identifiable causes, errors of perception.

Before that — a slower time, where nothing has yet organised itself.

Measurement intervenes, but the order refuses to be located.

The instruments record disjointed movements: rises, withdrawals, interruptions without internal accord.

Sometimes a continuity appears and lasts only as long as one reads it.

The archives retain only fragments of possible continuities. Certain lines persist for a moment, others efface themselves at the very instant of their being followed.

A formless insistence persists.

Figures arise without location: passages without support, forms without anchorage. Their consistency depends on the writing that contains them. Displaced, they come apart.

Relations form between scattered values. Nothing circulates, but proximities suffice to produce an effect of connection.

Within the instruments themselves, no stability: only transitions, without centre or direction.

Returns, divergences, attentions that hold. Impossible to isolate them without altering what one observes.

Around the Earth, fragments follow intermittent trajectories. They pass, disappear, reappear according to rhythms that cannot be reduced.

They are classified — not in order to understand them — but to contain their dispersion.

And something still escapes these operations: not an object, but a gap between appearance and description.

An interval where what is said does not meet what is seen.

 

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 voir également:  Gilbert Quélennec, Musiques et présentation du projet Captations