Texte:
Gilbert Quélennec, Les portes du verre
Gilbert Quélennec, The Doors of Glass
texte pour le projet Boîte Noire
Revue : L'Atelier de Gilbert Quélennec — ISSN 2556-5362
Licence : Creative Commons CC BY-NC-ND 4.0 (Attribution - Pas d'utilisation commerciale - Pas de modification)
Vous pouvez acheter les enregistrements, à partir de ma page Bandcamp
Vous pouvez également vous abonner sur mon compte Bandcamp
-------------------------------------------------------------------------------------------------------------------
Gilbert Quélennec, Les portes du verre
Sur la plaque rouge, une étoile qui n'existe pas,
une lueur venue s'égarer dans le verre,
la tour de verre veillait encore,
avant les fusées, avant les hommes dans l'espace,
quand le ciel n'avait pas encore appris
à se laisser conquérir.
Qui donc passait par là ?
Des milliers de petites absences,
des feux sans demeure,
des poussières de nuit
ou des messages dont personne
ne connaissait la langue.
Une veille sans visage penchait son œil sur elles,
séparait le murmure du silence,
cherchait dans l'ombre
la forme d'une chose
qui aurait voulu parler.
Dans l'ombre du grand corps bleu,
les lueurs se retiraient,
à mesure que la nuit descendait.
Objets polis,
petits voyageurs sans visage,
ils portaient encore
sur leur peau froide
une poussière de soleil.
Et quand, très loin,
le feu caché de l'homme éclata dans le désert,
quelque chose changea dans la nuit.
Cette nuit-là,
les points se levèrent,
plus nombreux,
plus errants,
comme si l'éclair de la Terre
avait traversé la nuit
et trouvé une réponse
dans une profondeur
qui n'attendait personne.
Alors le doute recula,
non comme une bête,
mais comme une ombre
dont le mur disparaissait lentement.
Ce n'était pas la poussière.
Ce n'était pas la rayure.
Ce n'était pas le grain d'argent
qui tremblait encore
dans son vieux sommeil.
Mais quoi ?
Un ballon perdu dans le froid,
un œil sans mémoire
qui tournait là-haut,
ou le vestige d'un phénomène
qui nous regardait depuis un âge
où nos yeux n'étaient pas encore ouverts.
Le savoir haussait les épaules.
Il avançait un nom,
puis le reprenait.
Il ouvrait une porte,
trouvait derrière elle
une autre porte,
et écoutait.
Nous restions là,
devant cette énigme grise,
sans preuve,
sans oubli,
descendant lentement
vers ce qui, sur le verre ancien,
avait brillé sans un mot.
Une petite flamme
demeurée là
sans avoir demandé
à être vue,
et personne, depuis,
n'avait su dire
ce qu'elle avait éclairé.
Gilbert Quélennec, The Doors of Glass
On the red plate, a star that does not exist,
a gleam that had strayed into the glass,
the glass tower was still keeping watch,
before the rockets, before men in space,
when the sky had not yet learnt
to let itself be conquered.
Who, then, was passing there?
Thousands of small absences,
fires without a home,
dust of the night
or messages whose language
no one knew.
A faceless watch bent its eye upon them,
separating the murmur from the silence,
searching in the dark
for the shape of something
that might have wished to speak.
In the shadow of the great blue body,
the gleams withdrew,
as the night descended.
Polished objects,
small faceless travellers,
they still carried
upon their cold skin
a dust of sun.
And when, far away,
the hidden fire of man burst in the desert,
something changed in the night.
That night,
the points rose,
more numerous,
more errant,
as though the Earth's flash
had crossed the night
and found an answer
in some depth
that awaited no one.
Then doubt withdrew,
not like a beast,
but like a shadow
whose wall was slowly disappearing.
It was not the dust.
It was not the scratch.
It was not the grain of silver
that still trembled
in its old sleep.
But what was it?
A balloon lost in the cold,
an eye without memory
turning up there,
or the remnant of a phenomenon
that watched us from an age
when our eyes were not yet open.
Knowledge shrugged its shoulders.
It put forward a name,
then took it back.
It opened a door,
found another door
behind it,
and listened.
We remained there,
before that grey enigma,
without proof,
without oblivion,
descending slowly
towards what, on the ancient glass,
had shone without a word.
A small flame
that had remained there
without asking
to be seen,
and no one, since,
had been able to say
what it had illuminated.
-------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------
voir également: Musiques et Textes du projet Boîte Noire par Gilbert Quélennec