Atelier de Gilbert Quélennec = ISSN 2556-5362


" En tous cas, je ne peux pas m'imaginer que les grandes formes anciennes (quatuor à cordes, symphonie, oratorio, etc.) pourront jouer un rôle quelconque. Si quelque chose advient, cela devra - je crois - être simple, transparent. "
Wittgenstein







dimanche 11 octobre 2026

(post actualisé) audio et texte: Gilbert Quélennec, Ecouter, être écouté, s'écouter, être sur écoute



Gilbert Quélennec
écouter, être écouté, s'écouter, être sur écoute

(post du 27.07.2015 qui a été augmenté le 11.10.2026)
 

L’écoute ne relève pas seulement de la pratique artistique ou de la relation à l’autre. Elle peut aussi servir à surveiller et devenir un instrument de pouvoir.

Listening is not just an artistic practice or a way of relating to others. It can also be used for surveillance and become an instrument of power.



Revue : L'Atelier de Gilbert Quélennec — ISSN 2556-5362 

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Ecouter et transcrire (musicien public)



être écouté

par vous ;)


S'écouter et s'auto-musicoanalyser



Être sur écoute

Net 
 
Sur la surveillance contemporaine, l'écoute numérique et l'ambivalence entre interconnexion, contrôle et libertés individuelles.
 

contre les Smart Cities (« Safe City ») sécuritaires 

 Sur l'audiosurveillance, la reconnaissance faciale et les dispositifs de surveillance des espaces publics.

 

Texte

 Texte: Gilbert Quélennec, Cinquième écoute (Fifth Listening)

 


radio

Contre les Smart Cities (« Safe City ») sécuritaires a été diffusé dans l' émission Ribines par Véronique Muzeau (Radio Evasion, le 27.05.2021) ; aussi dans l'émission Flèche sensible par Jeff Lagoutte, sur Fréquence Paris Plurielle, le 20/09/2020 ; aussi avant l'entretien de La Quadrature du Net, dans l'émission de L'Acentrale (avec Radio Ferté),  par Isabelle Mornat, le 9 mai 2020  
 
 
 
 
 
 






samedi 10 octobre 2026

Texte: Gilbert Quélennec, Cinquième écoute (Fifth Listening)



 

Texte: Gilbert Quélennec, Cinquième écoute

Gilbert Quélennec, Fifth Listening 

Texte pour mon post " Ecouter, être écouté, s'écouter, être sur écoute"

Text for my post “Listening, Being Listened To, Listening to Oneself, Being Under Surveillance”

 


 


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Gilbert Quélennec, Cinquième écoute

Texte pour mon post " Ecouter, être écouté, s'écouter, être sur écoute"

 

Ouïr, entendre, écouter, comprendre.
Il en manquait une.
Elle ne dort pas.

J’ai transcrit Usinage au crayon,
cassé la mine deux fois.
La portée ment même quand elle a raison.

Vous m’écoutez, merci.
Quelqu’un d’autre note
la seconde où vous m’avez quitté.

Je m’écoute.
C’est pire.
Au casque ma guitare sonne comme un tiroir.

Dix minutes d’impro.
Puis rien à dire à personne.
Le rêve est éveillé. Pas moi.

À Tarentaize on voulait des oreilles aux coins des rues
pour les klaxons, la tôle froissée, les vitres.
Une voix, c’est quelqu’un, leur a-t-on dit.
Les yeux, eux, sont restés.
Jusqu’en deux mille trente.
À titre d’essai.

Personne n’a rien interdit.
On baisse la voix tout seul.
Plus besoin de tuyaux :
le murmure se tait avant.

Écoutez-moi.
Écoutez-vous.
Et si quelqu’un d’autre écoute,
jouez un peu faux.

 

Gilbert Quélennec, Fifth Listening

Text for my post “Listening, Being Listened To, Listening to Oneself, Being Under Surveillance”

 

Perceiving, hearing, listening, understanding.
One was missing.
It doesn’t sleep.

I transcribed Usinage in pencil,
snapped the lead twice.
The stave lies even when it’s right.

You’re listening, thank you.
Someone else is noting down
the second you left me.

I listen to myself.
That’s worse.
In headphones my guitar sounds like a drawer.

Ten minutes of improv.
Then nothing to say to anyone.
The dream is awake. I’m not.

In Tarentaize they wanted ears on the street corners
for horns, crumpled metal, windows.
A voice is someone, they were told.
The eyes, though, stayed.
Until two thousand and thirty.
On a trial basis.

Nobody banned anything.
You lower your voice on your own.
No need for pipes any more:
the murmur hushes itself first.

Listen to me.
Listen to yourself.
And if someone else is listening,
play a little out of tune.

 

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 voir également: 

audio: Gilbert Quélennec, Ecouter, être écouté, s'écouter, être sur écoute

 

 

 

vendredi 9 octobre 2026

texte: Gilbert Quélennec, Le choix du fond (The Choice of Ground )

 

 

Gilbert Quélennec, Le choix du fond (The Choice of Ground )

Gilbert Quélennec, The Choice of Ground 

texte pour le post "autour des Oiseaux (et habitats naturels)"

Text for the post “Around Birds (and Natural Habitats)”

 

 

 


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Gilbert Quélennec, Le choix du fond 

texte pour le post "autour des Oiseaux (et habitats naturels)"

 

Trois kilomètres deux cents de galets.
Un demi-mètre par an depuis 1770,
puis deux.

 Coefficient 106.
La mer passe par-dessus.
Le cordon roule sur lui-même.

La pointe se nourrit de la racine.

Une brèche.

Jusqu'en 1907,
on emportait les galets.

Sur la plage,
il n'y a que des galets.
Et parmi eux
quatre qui n'en sont pas.

Entre les pierres,
le chou marin.

Une règle.
Une charte de couleurs.
Un nid.

Chaque femelle choisit le sol
qui ressemble à ses œufs.
Les taches sur la coquille.

L'oiseau mal caché
s'envole plus tôt.

Le poussin surpris
cherche l'endroit
qui a sa lumière.

Vingt ans de mesures.
Les huîtriers pies
nichent à la même hauteur.
La mer, non.

Derrière les prés salés,
la digue.
La route.

1928.

1930. 

Deux digues.

À l'automne,
les sanderlings descendent
de la toundra.
Les puces de mer
sautent à la limite du flot.

Au printemps du confinement,
les sternes
sur les bancs de sable
que personne ne foulait.

Trois îlots
de coquilles d'huîtres.
Les sternes naines.

Cinq mètres de tourbe.
Cinq mille ans.

L'eau du réservoir.

Les résineux.
Quatre mille hectares.

Les arbres tombent.
Le sol revient.
Le pluvier doré.

Vingt millions par an.
Huit cents millions
depuis 1980.

Sur l'écran des radars,
des échos
qui ne sont pas la pluie.

Un homme
a enregistré
le blé qui pousse.

On pose des micros
et on s'en va.

Le chœur du matin.
Plus bas.

Quinze secondes d'animaux.

La forêt n'est plus là.
Il reste l'enregistrement.

Les champs
se sont tus.

 


 

Gilbert Quélennec, The Choice of Ground 

Text for the post “Around Birds (and Natural Habitats)” 


Three point two kilometres of shingle.
Half a metre a year since 1770,
then two.


Tide coefficient 106.
The sea goes over.
The ridge rolls over itself.


The tip feeds on the root.

A breach.

Until 1907
people carted the shingle away.

On the beach
there is nothing but pebbles.
And among them
four that are not.

Between the stones,
sea kale.


A ruler.
A colour chart.
A nest.

Each female chooses the ground
that looks like her eggs.
The speckling on the shell.

The poorly hidden bird
takes off sooner.

The startled chick
looks for the place
that has its light.


Twenty years of measurements.
The oystercatchers
nest at the same height.
The sea does not.

Behind the salt marsh,
the sea wall.
The road.
1928.
1930.
Two dykes. 

In autumn
the sanderlings come down
from the tundra.
Sandhoppers
leap at the edge of the tide.

In the spring of lockdown,
the terns
on the sandbanks
no one walked on.

Three islets
of oyster shells.
The little terns.


Five metres of peat.
Five thousand years.

The water of the reservoir.

The conifers.
Four thousand hectares.

The trees come down.
The ground comes back.
The golden plover.


Twenty million a year.
Eight hundred million
since 1980.

On the radar screen,
echoes
that are not the rain.


A man
recorded
wheat growing.

You set down the microphones
and walk away.

The dawn chorus.
Lower.

Fifteen seconds of animals.

The forest is gone.
The recording remains.

The fields
have fallen silent.

 

 

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voir également: 

audio: Musiques autour des Oiseaux (et habitats naturels), par Gilbert Quélennec

 

 

 


lundi 5 octobre 2026

texte: Gilbert Quélennec, Les gestes du vide (The Gestures of the Vacuum)

 
 
 
Gilbert Quélennec, Les gestes du vide
Gilbert Quélennec,  The Gestures of the Vacuum 
 texte pour le Projet Vide quantique — énergie du point zéro 
 
 
 


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Gilbert Quélennec, Les gestes du vide

 

Presque rien.

Une cavité.
Deux surfaces.
Une distance si petite
que le vide hésite
entre deux parois.

On approche le silence.
On le comprime.
On le refroidit.

Il a des états.
Des absences qui ne sont pas absentes.

Une énergie manque.
Une autre apparaît.
Une balance attend.

Rien ne bouge.

Ou presque rien.

Un déplacement plus petit
que le bruit du monde.

Tout corps plongé dans le vide
reçoit
on ne sait pas encore quoi.

Le vide pousse
sans pousser,
dans plusieurs directions
à la fois.

Le vide devient
un tenseur.

Une masse immobile
dans un espace
qui ne l'est plus tout à fait.

L'espace se courbe
à peine.

Des horloges.
Des miroirs.
Une lumière qui part
et revient
avec une différence.

Minuscule.

Le vide
a laissé une trace.

Quelque chose de petit,
suspendu,
refroidi,
qui hésite entre deux chemins.

La masse avance.

L'espace lui répond.

Ou avance avec elle.

On pousse un objet.
Il résiste.

Peut-être pas seul.

On accélère.
Quelque chose répond.

On change le vide.
Quelque chose devrait changer.

La balance attend.
L'interféromètre attend.
La masse attend.
Le vide attend.

Un espace qui se contracte.
Un autre qui s'étend.

On dessine une métrique.

Pressions.
Flux.
Contraintes.

Le papier
ne fait rien bouger.

Il manque une expérience.

Le vide préparé,
le vide changé,
l'espace qui répond,
la masse qui sent,
le mouvement qui dévie.

Une différence
mesurée avant
qu'on lui donne un nom.

Alors seulement
un vieux mot
pourrait revenir.

Un objet
qui ne tomberait plus
tout à fait.

Il n'aurait pas oublié
le sol.

Pour un instant,
c'est le sol
qui aurait oublié
comment le retenir.

 

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Gilbert Quélennec, The Gestures of the Vacuum

 

Almost nothing.

A cavity.
Two surfaces.
A distance so small
that the vacuum hesitates
between two walls.

We draw near to the silence.
We compress it.
We cool it.

It has states.
Absences that are not absent.

An energy goes missing.
Another appears.
A balance waits.

Nothing moves.

Or almost nothing.

A displacement smaller
than the noise of the world.

Any body immersed in the vacuum
experiences
we do not yet know what.

The vacuum pushes
without pushing,
in several directions
at once.

The vacuum becomes
a tensor.

A still mass
in a space
no longer quite still.

Space curves
barely.

Clocks.
Mirrors.
A light that leaves
and returns
with a difference.

Minute.

The vacuum
has left a trace.

Something small,
suspended,
cooled,
hesitating between two paths.

The mass moves forward.

Space answers it.

Or moves forward with it.

We push an object.
It resists.

Perhaps not alone.

We accelerate.
Something answers.

We change the vacuum.
Something ought to change.

The balance waits.
The interferometer waits.
The mass waits.
The vacuum waits.

A space that contracts.
Another that expands.

We draw a metric.

Pressures.
Fluxes.
Stresses.

The paper
makes nothing move.

An experiment is missing.

The vacuum prepared,
the vacuum changed,
space that answers,
the mass that feels,
the motion that deviates.

A difference
measured before
it is given a name.

Only then
might an old word
return.

An object
that would no longer
quite fall.

It would not have forgotten
the ground.

For an instant,
it would be the ground
that had forgotten
how to hold it.

 

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voir également: audio et textes: Gilbert Quélennec, Projet Vide quantique — énergie du point zéro

 


 

 

 

 


 

 


dimanche 4 octobre 2026

audio et textes: Gilbert Quélennec, Projet Vide quantique — énergie du point zéro


audio et textes: Gilbert Quélennec, Projet Vide quantique — énergie du point zéro

Audio and texts: Gilbert Quélennec, Quantum Vacuum Project — Zero-Point

version augmentée le 05.10.2026 

 

Présentation 

Commencé en juin 2020 avec Champ d’énergie minimum, le Projet Vide quantique — énergie du point zéro explore le vide comme un espace de potentialités, de mouvements et de fluctuations.
À travers musiques et textes, je m’intéresse à ce « presque vide », à l’énergie minimum, aux particules, aux antiparticules et aux traces que le vide pourrait laisser.
Des textes comme Les noms du vide, Champ d’énergie minimum et Les gestes du vide prolongent cette recherche sous des formes poétiques, spéculatives et sonores.
Le projet imagine un espace où une infime variation pourrait devenir mouvement, mesure ou événement, entre hypothèse, expérience et imagination.

 

Introduction 

Begun in June 2020 with Minimum Energy Field, the Quantum Vacuum Project — Zero-Point Energy explores the vacuum as a space of potentialities, movements and fluctuations.
Through music and texts, I am interested in this ‘almost empty’ space, in minimum energy, particles, antiparticles and the traces that the vacuum might leave behind.
Texts such as The Names of the Void, Minimum Energy Field and The Gestures of the Vacuum extend this research through poetic, speculative and sonic forms.
The project imagines a space where the slightest variation might become movement, measurement or event, somewhere between hypothesis, experiment and imagination.



 

Revue : L'Atelier de Gilbert Quélennec — ISSN 2556-5362 

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 Musiques

Un vide pas si vide

Vibrations du vide

 

 
 
Textes
 
 
 

 
 
 
 
 

 

 

 



 

 

samedi 3 octobre 2026

texte: Gilbert Quélennec, Descends, voyageur audacieux (Descend, Bold Traveller)

 

 Gilbert Quélennec, Descends, voyageur audacieux

Gilbert Quélennec, Descend, Bold Traveller 

texte pour le projet Intra-terrestres et Biosphère Fantôme 

Text for the project “Intra-terrestrials and Phantom Biosphere”

 

 

 

 

Revue : L'Atelier de Gilbert Quélennec — ISSN 2556-5362 

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  Gilbert Quélennec, Descends, voyageur audacieux

 texte pour le "projet Intra-terrestres et Biosphère Fantôme"


Personne ne leur a demandé leur avis
quand on a creusé pour l'or.

À deux mille huit cents mètres sous Johannesburg
il y a une eau qui n'a pas vu le ciel
depuis des millions d'années,
et dans cette eau, une seule espèce.
Une.
Pas de voisin, pas de proie, personne pour la manger.
Des bâtonnets qui se nourrissent
de ce que l'uranium arrache à l'eau
en se défaisant, très lentement, depuis toujours.
Ils vivent de la ruine d'un atome.
L'oxygène les tuerait.
Depuis le temps, ils ont dû oublier qu'il existe.

On leur a donné un nom pris chez Jules Verne,
la phrase qu'un alchimiste inventé
avait gravée dans la roche :
descends, voyageur audacieux.
Mais ils ne sont pas descendus. Ils étaient là.
C'est nous qui arrivions, avec nos lampes frontales
et cette vieille idée
que la vie commence à la surface.

*

Un peu plus haut, à mille trois cents mètres,
un ver d'un demi-millimètre,
un seul, sorti de six mille litres d'eau tiède,
la queue cassée par le filtre.
On l'a soigné. Je n'invente rien : on l'a soigné,
en espérant qu'il ponde avant de mourir.
On l'a appelé Méphisto.
Le diable, c'est toujours celui qui monte d'en bas,
même quand il broute des bactéries dans la boue chaude
et qu'il porte le nom d'un démon qui fuyait la lumière
pour la seule raison qu'il n'en a jamais vu.

*

Sous le Pacifique, dans une argile
posée quand les grands sauriens marchaient encore,
des cellules attendaient.
Cent millions d'années à jeun, ou presque.
On leur a tendu un peu de carbone, un peu d'azote,
et elles se sont remises au travail
comme quelqu'un qui reprend une phrase
là où on l'avait interrompu.
Les plus vieilles allaient deux fois moins vite que les autres.
On les comprend.

*

Personne n'a pesé ça avec ses mains,
mais on a fait les calculs :
sous tes semelles, plusieurs centaines de fois
le poids de l'humanité, en carbone.
Un océan deux fois plus grand que les océans,
sauf qu'il est fait de roche, de pores, de patience.
Nous sommes la mince pellicule bavarde
posée sur un monde qui ne dit rien.

*

Et puis il y a ceux qu'on n'a pas trouvés.
Une philosophe, en Espagne,
leur a donné un nom d'ombre,
parce qu'on ne verrait d'eux que la trace :
ce qu'ils prennent, ce qu'ils rejettent,
la forme du creux qu'ils laisseraient dans la chimie.
Une autre genèse. Une autre main
pour tenir les molécules,
la gauche, peut-être, là où nous tenons de la droite.
On ne les a pas vus. Ça ne prouve rien.
Nos filtres avaient la maille de notre propre forme.

Ailleurs, dans des laboratoires,
certains avaient commencé à chercher comment fabriquer ce reflet,
et ils ont posé leurs outils.
Trente-huit signatures pour dire : pas celle-là.
Pas cette vie qui passerait à travers nous
sans qu'aucune de nos sentinelles la reconnaisse.
C'est curieux, d'avoir peur de croiser ici
ce qu'on prie de trouver sur Mars.

*

Ah, et les autres.

Les vaisseaux qui sortent du sol.
Même ceux qui ont plaidé pour qu'on y pense
ont écrit qu'ils n'y croyaient sans doute pas.
J'aime cette honnêteté-là.
On dirait quelqu'un qui laisse une lampe allumée
pour un visiteur qu'il ne croit pas voir venir.

*

 Pas d'yeux. Pas de message.
Ils mangent l'agonie lente de l'uranium,
ils dorment depuis le Crétacé,
ils sont seuls dans une eau plus vieille que nos langues,
et ils n'ont jamais eu besoin de nous.

On a passé des siècles à scruter le ciel
pour trouver des étrangers.
Ils étaient en dessous,
nombreux, indifférents,
et chez eux.

 



Gilbert Quélennec, Descend, Bold Traveller 

Text for the project “Intra-terrestrials and Phantom Biosphere” 

 

Nobody asked them what they thought
when we dug for gold.

Two thousand eight hundred metres under Johannesburg
there is water that hasn't seen the sky
for millions of years,
and in that water, a single species.
One.
No neighbours, no prey, nobody to eat it.
Little rods that feed
on what uranium tears out of the water
as it comes apart, very slowly, as it always has.
They live off the ruin of an atom.
Oxygen would kill them.
After all this time, they must have forgotten it exists.

They were given a name out of Jules Verne,
the words an invented alchemist
had carved into the rock:
descend, bold traveller.
But they never came down. They were already there.
We were the ones arriving, with our head torches
and that old idea
that life begins at the surface.

*

A little higher, at thirteen hundred metres,
a worm half a millimetre long,
just the one, fished out of six thousand litres of lukewarm water,
its tail broken by the filter.
They nursed it. I'm not making this up: they nursed it,
hoping it would lay an egg before it died.
They called it Mephisto.
The devil is always the one who climbs up from below,
even when it grazes on bacteria in the warm mud
and bears the name of a demon who fled the light
for no better reason than it has never seen any.

*

Under the Pacific, in a clay
laid down while the great reptiles still walked,
cells were waiting.
A hundred million years without food, or near enough.
Someone held out a little carbon, a little nitrogen,
and they went back to work
like someone picking up a sentence
where they'd been cut off.
The oldest ones went at half the pace of the rest.
Fair enough.

*

Nobody has weighed it by hand,
but the sums have been done:
beneath the soles of your shoes, several hundred times
the weight of humanity, in carbon.
An ocean twice the size of the oceans,
except it is made of rock, of pores, of patience.
We are the thin, talkative film
laid over a world that says nothing.

*

And then there are the ones we haven't found.
A philosopher, in Spain,
gave them a shadow's name,
because all we would ever see of them is the trace:
what they take in, what they cast off,
the shape of the hollow they would leave in the chemistry.
Another genesis. Another hand
to hold the molecules,
the left, perhaps, where we hold with the right.
We haven't seen them. That proves nothing.
Our filters had the mesh of our own shape.

Elsewhere, in laboratories,
some had started working out how to make that reflection,
and they put their tools down.
Thirty-eight signatures to say: not that one.
Not this life, which would pass straight through us
without a single one of our sentries knowing it.
It's odd, to be afraid of meeting here
what we pray to find on Mars.

*

Oh, and the others.

The ships rising out of the ground.
Even those who argued we ought to think about it
wrote that they probably didn't believe it.
I like that kind of honesty.
It's like someone leaving a lamp on
for a visitor they don't expect to come.

*

 No eyes. No message.
They feed on the slow death of uranium,
they have been sleeping since the Cretaceous,
they are alone in water older than our languages,
and they have never needed us.

We spent centuries scanning the sky
for strangers.
They were underneath,
numerous, indifferent,
and at home.

 

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Voir également: Gilbert Quélennec, Présentation et musiques du projet Intra-terrestres et Biosphère Fantôme