Atelier de Gilbert Quélennec = ISSN 2556-5362


" En tous cas, je ne peux pas m'imaginer que les grandes formes anciennes (quatuor à cordes, symphonie, oratorio, etc.) pourront jouer un rôle quelconque. Si quelque chose advient, cela devra - je crois - être simple, transparent. "
Wittgenstein







dimanche 4 octobre 2026

audio et textes: Gilbert Quélennec, Projet Vide quantique — énergie du point zéro


audio et textes: Gilbert Quélennec, Projet Vide quantique — énergie du point zéro

Audio and texts: Gilbert Quélennec, Quantum Vacuum Project — Zero-Point Energy

J'ai commencé ce projet en juin 2020 

 


Revue : L'Atelier de Gilbert Quélennec — ISSN 2556-5362 

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 Musiques

Un vide pas si vide

Vibrations du vide

 

 
 
Textes
 
 

 
 
 
 
 

 

 

 



 

 

samedi 3 octobre 2026

texte: Gilbert Quélennec, Descends, voyageur audacieux (Descend, Bold Traveller)

 

 Gilbert Quélennec, Descends, voyageur audacieux

Gilbert Quélennec, Descend, Bold Traveller 

texte pour le projet Intra-terrestres et Biosphère Fantôme 

 

 

 

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  Gilbert Quélennec, Descends, voyageur audacieux


Personne ne leur a demandé leur avis
quand on a creusé pour l'or.

À deux mille huit cents mètres sous Johannesburg
il y a une eau qui n'a pas vu le ciel
depuis des millions d'années,
et dans cette eau, une seule espèce.
Une.
Pas de voisin, pas de proie, personne pour la manger.
Des bâtonnets qui se nourrissent
de ce que l'uranium arrache à l'eau
en se défaisant, très lentement, depuis toujours.
Ils vivent de la ruine d'un atome.
L'oxygène les tuerait.
Depuis le temps, ils ont dû oublier qu'il existe.

On leur a donné un nom pris chez Jules Verne,
la phrase qu'un alchimiste inventé
avait gravée dans la roche :
descends, voyageur audacieux.
Mais ils ne sont pas descendus. Ils étaient là.
C'est nous qui arrivions, avec nos lampes frontales
et cette vieille idée
que la vie commence à la surface.

*

Un peu plus haut, à mille trois cents mètres,
un ver d'un demi-millimètre,
un seul, sorti de six mille litres d'eau tiède,
la queue cassée par le filtre.
On l'a soigné. Je n'invente rien : on l'a soigné,
en espérant qu'il ponde avant de mourir.
On l'a appelé Méphisto.
Le diable, c'est toujours celui qui monte d'en bas,
même quand il broute des bactéries dans la boue chaude
et qu'il porte le nom d'un démon qui fuyait la lumière
pour la seule raison qu'il n'en a jamais vu.

*

Sous le Pacifique, dans une argile
posée quand les grands sauriens marchaient encore,
des cellules attendaient.
Cent millions d'années à jeun, ou presque.
On leur a tendu un peu de carbone, un peu d'azote,
et elles se sont remises au travail
comme quelqu'un qui reprend une phrase
là où on l'avait interrompu.
Les plus vieilles allaient deux fois moins vite que les autres.
On les comprend.

*

Personne n'a pesé ça avec ses mains,
mais on a fait les calculs :
sous tes semelles, plusieurs centaines de fois
le poids de l'humanité, en carbone.
Un océan deux fois plus grand que les océans,
sauf qu'il est fait de roche, de pores, de patience.
Nous sommes la mince pellicule bavarde
posée sur un monde qui ne dit rien.

*

Et puis il y a ceux qu'on n'a pas trouvés.
Une philosophe, en Espagne,
leur a donné un nom d'ombre,
parce qu'on ne verrait d'eux que la trace :
ce qu'ils prennent, ce qu'ils rejettent,
la forme du creux qu'ils laisseraient dans la chimie.
Une autre genèse. Une autre main
pour tenir les molécules,
la gauche, peut-être, là où nous tenons de la droite.
On ne les a pas vus. Ça ne prouve rien.
Nos filtres avaient la maille de notre propre forme.

Ailleurs, dans des laboratoires,
certains avaient commencé à chercher comment fabriquer ce reflet,
et ils ont posé leurs outils.
Trente-huit signatures pour dire : pas celle-là.
Pas cette vie qui passerait à travers nous
sans qu'aucune de nos sentinelles la reconnaisse.
C'est curieux, d'avoir peur de croiser ici
ce qu'on prie de trouver sur Mars.

*

Ah, et les autres.

Les vaisseaux qui sortent du sol.
Même ceux qui ont plaidé pour qu'on y pense
ont écrit qu'ils n'y croyaient sans doute pas.
J'aime cette honnêteté-là.
On dirait quelqu'un qui laisse une lampe allumée
pour un visiteur qu'il ne croit pas voir venir.

*

 Pas d'yeux. Pas de message.
Ils mangent l'agonie lente de l'uranium,
ils dorment depuis le Crétacé,
ils sont seuls dans une eau plus vieille que nos langues,
et ils n'ont jamais eu besoin de nous.

On a passé des siècles à scruter le ciel
pour trouver des étrangers.
Ils étaient en dessous,
nombreux, indifférents,
et chez eux.

 



Gilbert Quélennec, Descend, Bold Traveller 

 

Nobody asked them what they thought
when we dug for gold.

Two thousand eight hundred metres under Johannesburg
there is water that hasn't seen the sky
for millions of years,
and in that water, a single species.
One.
No neighbours, no prey, nobody to eat it.
Little rods that feed
on what uranium tears out of the water
as it comes apart, very slowly, as it always has.
They live off the ruin of an atom.
Oxygen would kill them.
After all this time, they must have forgotten it exists.

They were given a name out of Jules Verne,
the words an invented alchemist
had carved into the rock:
descend, bold traveller.
But they never came down. They were already there.
We were the ones arriving, with our head torches
and that old idea
that life begins at the surface.

*

A little higher, at thirteen hundred metres,
a worm half a millimetre long,
just the one, fished out of six thousand litres of lukewarm water,
its tail broken by the filter.
They nursed it. I'm not making this up: they nursed it,
hoping it would lay an egg before it died.
They called it Mephisto.
The devil is always the one who climbs up from below,
even when it grazes on bacteria in the warm mud
and bears the name of a demon who fled the light
for no better reason than it has never seen any.

*

Under the Pacific, in a clay
laid down while the great reptiles still walked,
cells were waiting.
A hundred million years without food, or near enough.
Someone held out a little carbon, a little nitrogen,
and they went back to work
like someone picking up a sentence
where they'd been cut off.
The oldest ones went at half the pace of the rest.
Fair enough.

*

Nobody has weighed it by hand,
but the sums have been done:
beneath the soles of your shoes, several hundred times
the weight of humanity, in carbon.
An ocean twice the size of the oceans,
except it is made of rock, of pores, of patience.
We are the thin, talkative film
laid over a world that says nothing.

*

And then there are the ones we haven't found.
A philosopher, in Spain,
gave them a shadow's name,
because all we would ever see of them is the trace:
what they take in, what they cast off,
the shape of the hollow they would leave in the chemistry.
Another genesis. Another hand
to hold the molecules,
the left, perhaps, where we hold with the right.
We haven't seen them. That proves nothing.
Our filters had the mesh of our own shape.

Elsewhere, in laboratories,
some had started working out how to make that reflection,
and they put their tools down.
Thirty-eight signatures to say: not that one.
Not this life, which would pass straight through us
without a single one of our sentries knowing it.
It's odd, to be afraid of meeting here
what we pray to find on Mars.

*

Oh, and the others.

The ships rising out of the ground.
Even those who argued we ought to think about it
wrote that they probably didn't believe it.
I like that kind of honesty.
It's like someone leaving a lamp on
for a visitor they don't expect to come.

*

 No eyes. No message.
They feed on the slow death of uranium,
they have been sleeping since the Cretaceous,
they are alone in water older than our languages,
and they have never needed us.

We spent centuries scanning the sky
for strangers.
They were underneath,
numerous, indifferent,
and at home.

 

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Voir également: Gilbert Quélennec, Présentation et musiques du projet Intra-terrestres et Biosphère Fantôme 

 

 

 

 


 

 


vendredi 2 octobre 2026

texte: Gilbert Quélennec, Ceux qui ont presque parlé (Those Who Almost Spoke)

 

Gilbert Quélennec, Ceux qui ont presque parlé

Gilbert Quélennec, Those Who Almost Spoke

Texte pour le projet Boîte Noire

 

 

 

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Gilbert Quélennec, Ceux qui ont presque parlé 

Texte pour le projet Boîte Noire

 

Il y avait les premières feuilles.
Je ne les reconnais plus.
Une phrase barrée.
Puis la même
avec un mot déplacé.
Un autre mot
posé à côté,
pour voir.
J'ai essayé par ici.
Le mur.
Par là.
Encore le mur.
J'ai gardé les morceaux
qui ne servaient à rien.
Ils tenaient mieux.
Sur la table, des feuilles.
Des dates sans suite.
Une tache.
Une flèche
qui ne mène nulle part.
J'ai changé l'ordre.
Puis remis l'ancien.
Une phrase barrée
réapparaissait ailleurs.
Une porte entrouverte.
Derrière,
d'autres portes.
J'ai attendu.
La chose ne venait pas.
Ou bien elle était déjà là.
Une erreur dans le geste.
Je l'ai laissée.
Elle a déplacé le reste.
Un morceau de nuit
sur le bord de la page.
Je voulais effacer.
La trace est restée.
J'ai continué
à partir d'elle.
Il y a eu des jours
sans phrase.
Seulement la main,
le poids du stylo,
la chaise,
le bruit dehors.
Un commencement
qui recommençait.
J'ai repris une ligne.
Elle ne tenait plus.
J'en ai pris une autre.
J'ai perdu le chemin
et gardé la poussière.
Au fond de l'atelier,
les essais s'empilent.
Ceux qui ont presque parlé.
Je les laisse là.
Une feuille sous une autre.
Une voix sous une autre.
Et parfois
une phrase revient
sans savoir d'où.
Je la touche.
Elle tremble.
Je ne corrige plus.
Un, deux.
Encore une fois.
Puis rien.
La voix cherche
l'endroit où poser le pied.
Elle avance dans ce qui reste.

 


 

Gilbert Quélennec, Those Who Almost Spoke

Text for the Boîte Noire project 

 

There were the first sheets.
I no longer recognise them.
A sentence crossed out.
Then the same one
with a word moved.
Another word
set down beside it,
to see.
I tried this way.
The wall.
That way.
The wall again.
I kept the pieces
that were no use.
They held better.
On the table, loose sheets.
Dates left hanging.
A stain.
An arrow
pointing nowhere.
I changed the order.
Then put the old one back.
A crossed-out sentence
would turn up somewhere else.
A door ajar.
Behind it,
other doors.
I waited.
The thing didn't come.
Or else it was already there.
A slip of the hand.
I left it.
It shifted everything else.
A piece of night
on the edge of the page.
I wanted to rub it out.
The mark stayed.
I went on
from it.
There were days
without a sentence.
Only the hand,
the weight of the pen,
the chair,
the noise outside.
A beginning
that kept beginning.
I took up a line.
It no longer held.
I took another.
I lost the path
and kept the dust.
At the back of the studio,
the attempts pile up.
Those who almost spoke.
I leave them there.
One sheet beneath another.
One voice beneath another.
And sometimes
a sentence comes back
not knowing from where.
I touch it.
It trembles.
I no longer correct.
One, two.
Once more.
Then nothing.
The voice feels for
somewhere to set its foot.
It moves on through what remains.

  

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 voir également:

 Musiques et Textes du projet Boîte Noire par Gilbert Quélennec  

 

 

 

 

 


 

jeudi 1 octobre 2026

texte: Gilbert Quélennec, La machine qui se souvient du vivant (The Machine That Remembers the Living)

 

Gilbert Quélennec, La machine qui se souvient du vivant

Gilbert Quélennec, The Machine That Remembers the Living

texte pour le projet Boîte Noire 

 

 


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Gilbert Quélennec, La machine qui se souvient du vivant

 

Une cuisse de grenouille sur une table, à Bologne.
À l'autre bout de la pièce, une machine crépite.
Un assistant touche le nerf de la pointe du scalpel
et la patte se replie.
Galvani prend la plume.

À Bristol, un soir,
deux tortues de tôle et de fil
vont vers la lampe, s'en détournent,
reviennent.
Quelqu'un éteint.
Elles cherchent encore un moment
puis s'arrêtent au milieu du parquet.

Plus tard, un ruban de muscle
tendu entre deux crochets.
On envoie le courant,
on lui demande de tirer.
Il tire.

Dans une boîte de Petri
des cellules de cœur de rat,
couchées sur une raie d'or et de silicone,
attendent la lumière bleue
pour battre ensemble
et porter la raie
d'un bord à l'autre.

Le scarabée a sur le dos
une carte grande comme un ongle
et un fil d'antenne.
Il décolle.
On tourne à gauche, il tourne à gauche.
Il ne sait rien de nous.
On coupe le signal.
Il continue, vers un arbre
que personne n'avait choisi.

Dans un rapport, une ligne :
capteur discret, milieu inaccessible.
Dans un autre rapport, d'un autre bâtiment :
circulation sanguine, tumeur, délivrance ciblée.
Les deux emploient le même mot :
vecteur.

Un spermatozoïde coiffé d'une spirale de métal
nage vers l'ovule
avec un chapeau qu'il n'a pas choisi.

Au fond de la fosse des Mariannes,
un robot mou bat des nageoires
comme le poisson-limace qu'on y a trouvé.
La pression qui écrase les coques
le traverse sans rien trouver de creux.

Sur la station, en orbite,
des racines poussent en vrille
et cherchent un bas qui n'existe plus.

À Tufts, on détache d'un embryon de grenouille
un peu de ce qui allait devenir sa peau,
et on le laisse.
Le lendemain les cellules ont fait une boule.
La boule a des cils.
La boule s'en va,
pousse devant elle des cellules éparses
jusqu'à en faire un tas
qui devient, lui aussi, une boule.
Quelqu'un écrit sur le couvercle : xenobot.

Des cellules de trachée humaine,
retournées, cils dehors,
se promènent sur une rayure
faite dans un tapis de neurones.
Derrière elles la rayure se referme.

Au service achats on a demandé
mille unités identiques.
Le lot 14 bat plus vite que le lot 13.
Le lot 15 meurt un mardi
sans qu'on sache pourquoi.

Robota : la corvée, en tchèque.
Dans la cour du laboratoire
une racine a soulevé une dalle.

Le soir, on oublie d'éteindre la lumière bleue.
La raie traverse la boîte,
touche le bord,
repart.

 

 


 

Gilbert Quélennec, The Machine That Remembers the Living

 

A frog's leg on a table, in Bologna.
Across the room, a machine crackles.
An assistant touches the nerve with the tip of a scalpel
and the leg folds.
Galvani picks up his pen.

In Bristol, one evening,
two tortoises of tin and wire
make for the lamp, turn away from it,
come back.
Someone switches it off.
They go on searching for a while,
then stop in the middle of the parquet.

Later, a ribbon of muscle
stretched between two hooks.
We send the current through
and ask it to pull.
It pulls.

In a Petri dish
rat heart cells,
lying on a ray of gold and silicone,
wait for the blue light
to beat together
and carry the ray
from one side to the other.

The beetle has on its back
a circuit board the size of a fingernail
and a length of antenna wire.
It takes off.
We turn left, it turns left.
It knows nothing of us.
We cut the signal.
It keeps going, towards a tree
that no one had chosen.

In one report, a line:
discreet sensor, inaccessible environment.
In another report, from another building:
bloodstream, tumour, targeted delivery.
Both use the same word:
vector.

A sperm cell crowned with a metal spiral
swims towards the egg
in a hat it did not choose.

At the bottom of the Mariana Trench
a soft robot beats its fins
like the snailfish found down there.
The pressure that crushes hulls
passes through it and finds nothing hollow.

On the station, in orbit,
roots grow in corkscrews
and search for a down that no longer exists.

At Tufts, they take from a frog embryo
a little of what was going to become its skin,
and leave it be.
By the next day the cells have made a ball.
The ball has cilia.
The ball moves off,
pushes stray cells ahead of it
until they form a heap
that becomes, in its turn, a ball.
Someone writes on the lid: xenobot.

Cells from a human windpipe,
turned inside out, cilia outwards,
wander across a scratch
made in a carpet of neurons.
Behind them the scratch closes.

Purchasing has asked for
a thousand identical units.
Batch 14 beats faster than batch 13.
Batch 15 dies on a Tuesday
and no one knows why.

Robota: drudgery, in Czech.
In the laboratory courtyard
a root has lifted a paving slab.

In the evening, someone forgets to switch off the blue light.
The ray crosses the dish,
touches the edge,
sets off again.



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 voir également:

 Musiques et Textes du projet Boîte Noire par Gilbert Quélennec  


 









mercredi 30 septembre 2026

texte: Gilbert Quélennec, Papillonner (Flutter)


Gilbert Quélennec, Papillonner (Flutter)

Gilbert Quélennec, Flutter 

texte pour le projet A.R.T.S.

 

 


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Gilbert Quélennec, Papillonner

 

partir de la musique
papillonner dans d'autres domaines
sans chercher à prendre leur forme
faire agir la musique dans le labyrinthe

une toile coupée d'une ligne
le geste peint d'un côté
refait de l'autre
la même main, un autre moment
deux tableaux presque jumeaux
et Net, dans l'écart entre les deux


des trajectoires, ou les premiers pas
des premiers hominidés


trois artistes regardés de biais
jouer dans l'écart, pas dans l'image


entre l'atelier de l'artiste et celui de l'usine
pousser la porte métallique d'un grand atelier
aucun travail sur le son
le mauvais son d'ensemble, voulu
la menuiserie du son


un plan qui dure
une coupe au milieu d'une phrase


un clin d'œil aux futurs du cinéma


les voix des amis d'enfance
la langue parlée d'un film
devenue souplesse des hauteurs

le documentaire qui ne ment pas tout à fait
la fiction qui dit vrai par endroits
la musique entre les deux, comme un montage


une colonne à gauche, une colonne à droite
l'œil ne choisit pas
l'oreille non plus


trois poètes
le blanc de la page qui compte autant que les mots
des lignes qui prennent la forme de ce qu'elles disent
une chose regardée jusqu'à ce qu'elle parle
et la musique qui refuse de prendre ces formes

une relation critique
aimer sans imiter
répondre sans recopier

chaque art avec ses règles
chaque passage avec son seuil
la musique entre, écoute, repart
rien n'est pris
quelque chose est entendu

 

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Gilbert Quélennec, Flutter
text for the A.R.T.S. project

 

start from music
flutter into other fields
without trying to take their shape
let music act within the labyrinth

a canvas split by a line
the gesture painted on one side
made again on the other
the same hand, another moment
two paintings almost twins
and Net, in the gap between them


trajectories, or the first steps
of the first hominids


three artists seen at an angle
play in the gap, not in the image


between the artist's workshop and the factory floor
push open the metal door of a great workshop
no work on the sound
the poor overall sound, intended
the joinery of sound


a shot that lingers
a cut in the middle of a sentence


a wink at the futures of cinema


the voices of childhood friends
the spoken language of a film
become a suppleness of pitch

the documentary that does not quite lie
the fiction that tells the truth in places
music between the two, like editing


a column on the left, a column on the right
the eye does not choose
nor does the ear


three poets
the white of the page counting as much as the words
lines that take the shape of what they say
a thing looked at until it speaks
and music refusing to take these shapes

a critical relation
to love without imitating
to answer without copying

each art with its rules
each passage with its threshold
music goes in, listens, leaves
nothing is taken
something is heard

 

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Voir également:

audio et présentation: Gilbert Quélennec, extraits de A.R.T.S.



 

 

 


mardi 29 septembre 2026

texte: Gilbert Quélennec, Bruits de fond (Background Noise)


Gilbert Quélennec, Bruits de fond

Gilbert Quélennec, Background Noise

 texte pour le projet INF

 

 


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Gilbert Quélennec, Bruits de fond

 

On nous avait appris que l'espace était une salle,
qu'il suffisait d'entrer, de poser les chaises,
et que les choses viendraient ensuite s'y asseoir.

Aujourd'hui, des gens devant leurs tableaux
soupçonnent l'inverse :
la salle serait faite des conversations.
Deux particules se tiennent par un fil que personne ne voit.

Deux cordes presque justes battent ensemble.
Le battement dessine une longueur
que la main ne mesure pas.

 

Le corps a faim à heure à peu près fixe.
Les serveurs ne connaissent pas l'heure,
ils connaissent la chaleur.
On les refroidit avec l'eau des rivières.
À Viborillas, au Mexique, près des hangars,
on paie des camions pour avoir de l'eau.

En 2024 : pour les Jeux seulement.
Puis jusqu'en 2027, pour d'autres Jeux.
Puis jusqu'en 2030,
et dans certains bâtiments.

Moi aussi je fais des formes provisoires.
Les miennes ne regardent personne.

 

Un banc : colis.
Un panneau : colis.
Un homme sans abri, immobile : colis.

Le 6 août, les Sages ont dit oui, sans réserve.
Pas ce que je dis : à qui, quand, d'où, combien de fois.
La forme de mes phrases, sans les mots.

La liberté et la sûreté sont écrites depuis 1789.
Une note tenue.
Il faut continuer de souffler.

 

Au salon des armements on présente l'essaim
comme on présentait autrefois les parfums.
Quand l'un d'eux tombe, les autres se partagent ses cibles,
sans chagrin.
En décembre, deux avions sans pilote
ont volé côte à côte, de très près.
Personne à bord pour avoir peur.

Dans les films, il fallait des lunettes pour voir les envahisseurs.
Ici, pas besoin de lunettes.

Ack. Ack.

 

Deux cent vingt et un mille six cent dix-neuf sites émetteurs,
comptés un premier mai.
L'appareil contre la joue.
Près de mille études nouvelles,
et cette phrase :
ni la présence, ni l'absence.

Les fourmis ont des antennes depuis bien plus longtemps que nous.
Elles s'en servent pour se toucher.

 

On dit information pour ce que les physiciens trouvent sous l'espace,
et pour ce qu'on a inventé pour nous tenir.
Le même mot.

Un plan très général, une guitare.
L'enregistrement commence. 

 




 

Gilbert Quélennec, Background Noise

 text for the INF project

 

 
We were taught that space was a room,

that you only had to walk in, set out the chairs,
and things would come along later and sit down.

Now there are people at their blackboards
who suspect the opposite:
the room might be made of the conversations.
Two particles hold each other by a thread no one can see.

Two strings, almost in tune, beat together.
The beating traces a length
the hand does not measure.

 

The body gets hungry at roughly the same hour.
Servers don't know the hour,
they know heat.
They are cooled with river water.
In Viborillas, Mexico, near the hangars,
people pay for water to come by tanker.

In 2024: for the Games only.
Then until 2027, for other Games.
Then until 2030,
and in certain buildings.

I make provisional forms too.
Mine look at no one.

 

A bench: package.
A sign: package.
A homeless man, not moving: package.

On 6 August, the Council said yes, without reservation.
Not what I say: to whom, when, from where, how often.
The shape of my sentences, without the words.

Liberty and security have been written down since 1789.
A held note.
The breath has to keep going.

 

At the arms fair they present the swarm
the way they once presented perfume.
When one of them falls, the others share out its targets,
without grief.
In December, two aircraft with no pilot
flew side by side, very close.
No one on board to be afraid.

In the films, you needed glasses to see the invaders.
Here, no glasses needed.

Ack. Ack.

 

Two hundred and twenty-one thousand six hundred and nineteen transmitter sites,
counted on a first of May.
The device against the cheek.
Nearly a thousand new studies,
and this sentence:
neither presence, nor absence. 

Ants have had antennae far longer than we have.
They use them to touch one another.

 

We say information for what physicists find beneath space,
and for what we invented to hold us.
The same word.

A very general plan, a guitar.
The recording begins.

 

 

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voir également: 

audio et présentation: Gilbert Quélennec, extraits du projet INF (et diffusions à la radio)

 

 

 

 


 





lundi 28 septembre 2026

texte: Gilbert Quélennec, Il était là (It Was There)

 

Gilbert Quélennec, Il était là

Gilbert Quélennec, It Was There

texte pour le projet Boîte Noire 

 


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Gilbert Quélennec, Il était là

 

Un soir de décembre, au-dessus d'un champ,
on a vu quelque chose de rouge descendre.
Sur place, du fer fondu fumait encore
dans le froid.
Quinze, vingt-cinq kilos,
selon qui en parle.

Des témoins.
Deux disent avoir vu quelque chose
se tenir en l'air.

Puis le fer, froid depuis longtemps,
dans une boîte,
dans une autre main,
plus de quarante ans après.

Un homme dont les instruments
ont appris leur métier sur des cellules
pose le métal sous le faisceau.
Il lui demande d'où il vient.
Le métal répond comme répond la Terre.
Sauf un isotope, un seul,
qui s'écarte un peu,
et pour lequel on propose une raison ordinaire.

Provenance inconnue. Fonction inconnue.
Il l'écrit ainsi.

Ailleurs, des images de cerveaux.
Il y voit, entre deux noyaux profonds,
des fibres plus serrées qu'on n'en voit d'habitude,
chez ceux qui ont raconté quelque chose.
Pour quelques-uns, une image plus ancienne existait.
Les fibres y étaient déjà.

Il dit qu'il croit.
Il dit aussi que la preuve n'y est pas.
Il garde les deux phrases
sans les mêler.

Il parle de degrés,
d'une certitude qui monte ou descend
à chaque donnée posée sur le plateau.

Dans une vidéo de juillet,
de nouveaux résultats.
Dans aucune revue.

Sur d'autres pages, on trouve déjà
des implants, des alliages, des traités.
Aucune ne dit d'où elle le tient.

Le fer, lui, n'a rien dit de plus.
Il était là, dans ce champ,
un soir de décembre,
et il pèse ce qu'il pèse.

 


 

Gilbert Quélennec, It Was There

 

One December evening, above a field,
something red was seen coming down.
On the spot, molten iron was still smoking
in the cold.
Fifteen, twenty-five kilos,
depending on who says it.

Witnesses.
Two say they saw something
hanging in the air.

Then the iron, long since cold,
in a box,
in another hand,
more than forty years on.

A man whose instruments
learnt their trade on cells
places the metal under the beam.
He asks it where it comes from.
The metal answers as the Earth answers.
Except for one isotope, just one,
which strays a little,
and for which an ordinary reason is put forward.

Provenance unknown. Function unknown.
He writes it that way.

Elsewhere, images of brains.
He sees in them, between two deep nuclei,
fibres packed more tightly than one usually sees,
in those who have told of something.
For some, an older image existed.
The fibres were already there.

He says he believes.
He also says the proof is not there.
He keeps the two sentences
without mixing them.

He speaks of degrees,
of a certainty that rises or falls
with each piece of data laid on the scale.

In a video from July,
new results.
In no journal.

On other pages, one already finds
implants, alloys, treaties.
None says where it got them.

The iron, for its part, has said nothing more.
It was there, in that field,
one December evening,
and it weighs what it weighs.

 

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 voir également:

 Musiques et Textes du projet Boîte Noire par Gilbert Quélennec