Atelier de Gilbert Quélennec = ISSN 2556-5362


" En tous cas, je ne peux pas m'imaginer que les grandes formes anciennes (quatuor à cordes, symphonie, oratorio, etc.) pourront jouer un rôle quelconque. Si quelque chose advient, cela devra - je crois - être simple, transparent. "
Wittgenstein







vendredi 18 septembre 2026

podcast: Entretien de Gilbert Quélennec, pour l'émission Ribines sur Transistoch, 17.09.2026

 

podcast:  

Entretien de Gilbert Quélennec, pour l'émission Ribines sur Transistoch, 17.09.2026

émission animée par Véronique Muzeau

 

J'y évoque des projets comme:

Influences
 

 

mon blog pour les musiques à la folk:

Signes musicaux de Gilbert Quélennec  

 

Dans cette émission, on peut entendre des extraits de :

texte lu: Gilbert Quélennec, Une musique nécessaire (pas minimale 

texte lu: Gilbert Quélennec, Développer la culture coopérative écologique  

texte lu: Gilbert Quélennec, Une époque expérimentale (écologique et post-capitaliste) 

textes lus par Gilbert, Mathilde, Anne  

 

extraits de musiques:

Des cerfs  

L'IA contre l'Environnement 

Nouveaux Arrivants   

Des orages de plus en plus violents 

  

 

 

 

 


 

jeudi 17 septembre 2026

texte: Gilbert Quélennec, Là où tombe l'antimatière (Where Antimatter Falls)

 

Gilbert Quélennec, Là où tombe l'antimatière 

Gilbert QuélennecWhere Antimatter Falls

 texte pour le projet Ant

 


Revue : L'Atelier de Gilbert Quélennec — ISSN 2556-5362 

Licence : Creative Commons CC BY-NC-ND 4.0 (Attribution - Pas d'utilisation commerciale - Pas de modification)

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Gilbert QuélennecLà où tombe l'antimatière  

Dans le silence froid des machines,
là où la lumière hésite encore,
on retient entre deux champs invisibles
une particule née de l'autre côté du miroir.

Un positon rencontre un électron,
un proton découvre son contraire —
et dans l'infiniment petit
se pose une question immense :
pourquoi sommes-nous ici,
et pourquoi l'Univers
n'a-t-il pas disparu dans sa propre symétrie ?

On fabrique quelques fragments d'éternité,
des atomes presque irréels,
de l'antihydrogène suspendu
comme une poussière d'étoile
dans une cage de lumière,
qu'on apprivoise avant que sa rencontre avec la matière
ne la rende à nouveau lumière.

Et l'on mesure.

Un battement de spectre,
une raie infime,
un murmure dans la structure de l'atome —
quatre parties par million.
Et pourtant, dans ces quatre parties,
peut-être dort une révolution.

Car si l'antihydrogène
n'est pas exactement notre reflet,
si son cœur porte une différence,
si le miroir du monde est légèrement déformé,
alors les lois que nous croyions éternelles
nous demanderaient de recommencer.

Même la Terre devient laboratoire.
On laisse tomber l'antimatière.
Elle descend —
elle ne s'envole pas vers un monde opposé,
elle ne défie pas la gravité :
elle tombe comme tombe une pierre,
mais nous voulons savoir
si elle tombe exactement comme nous.

Une chute presque imperceptible,
un point de lumière
à peine plus grand qu'une poussière,
et des capteurs minuscules
qui deviennent les yeux
d'une question cosmique.

Ailleurs, dans les pièges froids,
un antiproton est transporté
avec la délicatesse d'une étoile fragile.
On le compare à son frère de matière,
trait pour trait,
et la nature répond
par le silence des chiffres.

Dans un autre laboratoire,
le positronium cherche son propre chemin.
Un électron et un positon
se tiennent un instant,
deux présences qui savent déjà
qu'elles ne feront bientôt
qu'une seule lumière.

On apprend à maîtriser leur mouvement,
en espérant qu'un jour
ils ne feront plus qu'une seule onde,
une multitude devenue silence commun.

 


 
 
 
 Gilbert QuélennecWhere Antimatter Falls
 

In the cold silence of the machines,
where light still hesitates,
we hold, between two invisible fields,
a particle born on the other side of the mirror.

A positron meets an electron,
a proton finds its opposite —
and in the infinitely small
an immense question settles:
why are we here,
and why did the Universe
not vanish into its own symmetry?

We fashion a few fragments of eternity,
almost unreal atoms,
antihydrogen suspended
like stardust
in a cage of light,
tamed for a while, before its meeting with matter
turns it back into light.

And we measure.

A flicker in the spectrum,
a faint line,
a murmur in the structure of the atom —
four parts per million.
And yet, within those four parts,
a revolution may be sleeping.

For if antihydrogen
is not quite our reflection,
if its heart carries a difference,
if the mirror of the world is slightly warped,
then the laws we believed eternal
would ask us to begin again.

Even the Earth becomes a laboratory.
We let antimatter fall.
It descends —
it does not fly off toward some opposite world,
it does not simply defy gravity:
it falls as a stone falls,
but we want to know
if it falls exactly as we do.

A fall almost imperceptible,
a point of light
scarcely larger than a speck of dust,
and tiny sensors
become the eyes
of a cosmic question.

Elsewhere, in the cold traps,
an antiproton is carried
with the delicacy of a fragile star.
We measure it against its brother of matter,
point for point,
and nature answers
with the silence of numbers.

In another laboratory,
positronium seeks its own path.
An electron and a positron
hold together for a moment,
two presences already knowing
they will soon become
a single light.

We learn to master their motion,
hoping that one day
they will become a single wave,
a multitude turned into shared silence.

 

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mercredi 16 septembre 2026

version augmentée: Gilbert Quélennec, musiques et textes du projet Villes



 
Gilbert Quélennec, musiques et textes du projet Villes
(version du 09.12.2019 qui a été augmentée le 16.09.2026) 
 

 
Présentation
 
Dans ce projet je développe le lien d'une architecture élargie (environnement et donc changement climatique)
Pour l'Atelier en ligne j'avais commencé par le Projet ZUP
que j'avais complété par Log-ments (projet Villes), avant de faire un post plus complet autour d'une Ville

J'ai également enregistré plusieurs impros autour de structures archéologiques

Ce projet autour des Villes sera à écouter avec mes musiques autour de la Nature et le projet Algo
 
 
Gilbert Quélennec, music and texts from the Villes project
(version dated 9 December 2019, expanded on 16 September 2026) 
 
 
Introduction 

In this project, I am exploring an expanded notion of architecture, extending it to the environment and therefore to climate change.

For the online workshop, I began with the ZUP Project, which I followed with Log-ments (the Villes project), before writing a more substantial post centred on a City.

I have also recorded several improvisations around archaeological structures.

This project around Cities is to be listened to alongside my music around Nature and the Algo project.




 

Revue : L'Atelier de Gilbert Quélennec — ISSN 2556-5362 

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Lumières (Lumières des villes vues à partir de l'ISS)

contre les Smart Cities (« Safe City ») sécuritaires
   
Log-ments



projet ZUP

 

structures archéologiques

 
 
 


  Médias
 
sur Fréquence Paris Plurielle
(émission enregistrée le 14/09/2020)
diffusion le 20 septembre 2020 à minuit
et rediff le 4 octobre 2020 à minuit

Villes Submergées, a été diffusée dans mon entretien dans L’invité de la Rédaction, sur RCF ,par Christophe Pluchon, lundi 5 septembre 2022, à 12h15, à retrouver sur Youtube ,sur Deezer, sur Apple Podcasts, sur Amazon , sur Spotify , Villes Submergées a également été diffusée dans Gilbert Quélennec,  dans l'émission  Flèche sensible qui est dédiée aux musiques de création , par Jeff Lagoutte, sur Fréquence Paris Plurielle, diffusée le 20 septembre , et rediff le 4 octobre 2020

Lumières a été diffusée dans l'émission Flèche sensible par Jeff Lagoutte, le 20/09/2020
 
contre les Smart Cities (« Safe City ») sécuritaires a été diffusée dans l' émission Ribines par Véronique Muzeau (Radio Evasion, le 27.05.2021), aussi dans l'émission Flèche sensible par Jeff Lagoutte, sur Fréquence Paris Plurielle, le 20/09/2020, aussi avant l'entretien de La Quadrature
du Net, dans l'émission de L'Acentrale (avec Radio Ferté),  par Isabelle Mornat, le 9 mai 2020
 
 
 
 



mardi 15 septembre 2026

texte: Gilbert Quélennec, La Muraille de Verre, celle qui vide (The Glass Wall, the One That Empties)

 

Gilbert Quélennec, La Muraille de Verre, celle qui vide

Gilbert QuélennecThe Glass Wall, the One That Empties

  texte pour mon projet Villes

 

 

 

 

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 Gilbert Quélennec, La Muraille de Verre, celle qui vide

 

Elle n'a pas mis dix mille ans à se former.
Elle est née d'une date, d'une carte, d'une annonce —
un homme a dit un chiffre, cent soixante-dix kilomètres,
et le désert a cessé, cette nuit-là, de s'appartenir.

Sous le sable qu'on a mesuré depuis un bureau,
il y avait une terre qu'on savait sans la mesurer,
des tentes, des troupeaux, des noms plus vieux que la carte —
la Terre Refusée.
Ceux qui sont restés pour dire non
ont appris le prix de rester.

Ailleurs, un vieux quartier a été rayé d'un plan de rénovation —
le Quartier Effacé, ses habitants poussés en périphérie,
pendant que des affiches, sur les palissades,
montraient un peuple heureux qui n'existait encore nulle part.

Deux parois de verre, face à face, cinq cents mètres de haut —
elles regardent loin, vers les investisseurs, vers les sommets, vers les écrans du monde,
et l'oiseau qui ne sait pas lire une carte
cherche, chaque année, ce ciel-là pour traverser.

Plus loin encore, une ville a déjà fini d'être construite :
avenues à huit voies, théâtre, bibliothèque, un million de chambres prêtes —
la Ville Achetée.
On l'a acquise comme on achète une promesse.

Une autre capitale a changé de place une nuit,
à l'Heure Choisie par les astres d'un seul homme,
les ministères déménagés avant que le pays ne l'apprenne,
les avenues à vingt voies restées, depuis, à peu près vides.

On engage des cabinets, on ferme la route aux ONG,
on confisque les passeports.

On avait promis 2030.
On parle maintenant de 2080.
Neuf millions d'habitants annoncés, trois cent mille espérés,
deux kilomètres construits sur cent soixante-dix prévus.

La Muraille de Verre —
la Terre Refusée, le Quartier Effacé,
l'oiseau qui ne sait pas lire une carte,
la Ville Achetée, l'Heure Choisie.

Tout ce qui touche à ces villes
finit par s'en éloigner —
les bergers, les oiseaux, les ouvriers, le temps lui-même —
la ligne ne cesse pas de s'annoncer vers l'avenir,
elle montre, chaque année un peu plus loin, où personne n'arrive.

  


 

Gilbert QuélennecThe Glass Wall, the One That Empties

 

It did not take ten thousand years to form.
It was born from a date, a map, an announcement —
a man said a number, a hundred and seventy kilometres,
and the desert stopped, that night, belonging to itself.

Beneath the sand measured from an office,
there was a land they knew without measuring,
tents, herds, names older than the map —
the Refused Land.
Those who stayed to say no
learned the price of staying.

Elsewhere, an old quarter was struck from a renewal plan —
the Erased Quarter, its people pushed to the outskirts,
while posters, on the hoardings,
showed happy people who did not yet exist anywhere.

Two walls of glass, facing each other, five hundred metres high —
they look far off, towards investors, summits, the world's screens,
and the bird that cannot read a map
searches, every year, for that sky to cross.

Further still, a city has already finished being built:
eight-lane avenues, a theatre, a library, a million rooms ready —
the Bought City.
It was acquired the way one buys a promise.

Another capital changed place one night,
at the Chosen Hour, beneath one man's stars,
the ministries moved before the country knew,
the twenty-lane avenues left, since then, more or less empty.

Firms are hired, NGOs kept from the road,
passports confiscated.

They promised 2030.
Now they speak of 2080.
Nine million residents announced, three hundred thousand hoped for,
two kilometres built of a hundred and seventy planned.

The Glass Wall —
the Refused Land, the Erased Quarter,
the bird that cannot read a map,
the Bought City, the Chosen Hour.

Everything that touches these cities
ends by moving away —
the herders, the birds, the workers, time itself —
the line keeps announcing itself into the future,
showing, a little further every year, where no one arrives.

 

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voir également: Gilbert Quélennec, musiques et textes du projet Villes

 

 

 


lundi 14 septembre 2026

texte: Gilbert Quélennec, La Pointe Douce, celle qui relie (The Gentle Point, the One That Connects)


Gilbert Quélennec, La Pointe Douce, celle qui relie

Gilbert Quélennec, The Gentle Point, the One That Connects 

 texte pour mon projet Villes

 

 

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 Gilbert Quélennec, La Pointe Douce, celle qui relie

 

Ici la terre s'amenuise en doigt de sable et de pin,
elle tend vers le large depuis le néolithique —
un menhir couché s'en souvient encore,
couché comme on s'allonge après avoir montré le chemin.

Le granit, ailleurs si dur, ici s'excuse,
s'adoucit d'être si près de l'eau,
se laisse couvrir de sable et d'aiguilles de pin
comme un corps qu'on borde.

Sous la pointe, un fil de cuivre dort depuis 1904,
tendu jusqu'à l'Île du Câble, à travers l'eau froide —
on a cru relier des voix,
on avait posé, sans le savoir, une racine.

Il pleuvait déjà plus en été qu'en hiver,
la mer à dix-huit degrés en juillet,
et les hommes venaient là pour la douceur,
la baie protégeant des vents les plus violents.

Un homme est venu, un automne, dans les dunes de la Pointe Douce —
sept semaines à chercher
la phrase qui deviendrait un siècle plus tard un fleuve.
Un autre, cobra parmi les peintres, est revenu soixante ans après
chercher dans le même granit adouci
la couleur des traditions.

Mais la Baie Fermée, à l'est,
ferme aussi ce qu'elle reçoit :
l'azote descendu de la Terre des Pommes,
des bocages qu'on a trop nourris —
et chaque printemps, l'algue verte revient
s'échouer, se putréfier,
quatre mille tonnes une année,
comme un compte qu'on n'a pas soldé.

Au large, à quinze kilomètres, les Prés Engloutis —
une prairie invisible sous les coques,
la zostère, verte dans le noir,
et que chaque ancre jetée sans y penser
arrache un peu plus.

Le trait de côte recule, ailleurs plus vite qu'ici,
mais la mer monte partout du même geste lent,
et les tempêtes ramènent sur le sable
de petites billes blanches venues d'on ne sait quelle usine,
qu'aucune main ne pourra plus jamais toutes ramasser.

La Pointe Douce —
le fil sous-marin et l'algue verte,
le menhir et le camping,
l'écrivain cherchant une phrase et le plongeur comptant les mouillages,
le pin qui adoucit le granit,
la pluie d'été qui n'a jamais appartenu qu'à l'océan.

Tout ce qui touche à la mer ici
finit par revenir vers elle,
porté, chargé, parfois blessé —
la pointe ne cesse pas de tendre le doigt vers le large,
elle montre, depuis toujours, où tout se rejoint.

 



Gilbert Quélennec, The Gentle Point, the One That Connects 

 

Here the land thins to a finger of sand and pine,
reaching for the open sea since Neolithic times —
a fallen menhir still remembers it,
lying down as one does, having shown the way.

The granite, elsewhere so hard, excuses itself here,
softened by being so close to the water,
letting itself be covered in sand and pine needles
like a body someone has tucked in.

Beneath the point, a copper wire has slept since 1904,
strung out to Cable Island, through the cold water —
they believed they were joining voices,
they had laid down, without knowing it, a root.

It already rained more in summer than in winter,
the sea at eighteen degrees in July,
and men came here for the mildness,
the bay sheltering them from the harshest winds.

A man came, one autumn, into the dunes of the Gentle Point —
seven weeks searching
for the sentence that would become, a century later, a river.
Another, a cobra among painters, returned sixty years on
to seek in the same softened granite
the colour of old customs.

But the Closed Bay, to the east,
closes in, too, on what it receives:
the nitrogen washed down from the Land of Apples,
from hedgerows fed too well —
and every spring the green weed returns,
washing up, rotting,
four thousand tonnes in one year,
like a debt still unpaid.

Out there, fifteen kilometres off, the Drowned Meadows —
an invisible pasture beneath the hulls,
eelgrass, green in the dark,
and that every carelessly dropped anchor
tears a little more from it.

The coastline retreats, faster elsewhere than here,
but the sea rises everywhere with the same slow gesture,
and the storms bring back onto the sand
small white pellets from some unknown factory,
no hand could ever gather them all.

The Gentle Point —
the undersea wire and the green weed,
the menhir and the campsite,
the writer chasing a sentence and the diver counting moorings,
the pine that softens the granite,
the summer rain that never belonged to anyone but the ocean.

Everything that touches the sea here
ends by returning to it,
carried, laden, sometimes wounded —
the point never stops pointing towards the open sea,
showing, as it always has, where everything meets.

 

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voir également: Gilbert Quélennec, musiques et textes du projet Villes

 

 

 

 

 

dimanche 13 septembre 2026

texte: Gilbert Quélennec, Traces. Un arbre n'est pas seul (Traces. A tree is not alone)

 

Gilbert Quélennec, Traces. Un arbre n'est pas seul 

Gilbert QuélennecTraces. A tree is not alone 

texte pour mon projet Nat 

 

 

 

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Gilbert Quélennec, Traces. Un arbre n'est pas seul

 

On croit qu'il l'est parce qu'il ne marche pas. Depuis des centaines de millions d'années, les plantes vivent avec des champignons dans une conversation dont nous commençons à peine à comprendre le vocabulaire. Le hêtre du talus échangerait du carbone avec les jeunes qui manquent de lumière. Sous la mousse, des milliers d'espèces composent un réseau ; elles ne poussent pour personne, elles poussent avec. Un charme et un bouleau ne nourrissent pas le sol comme un chêne plus lent.

Un arbre se corrige quand il penche, même sans savoir où est le ciel.

Privé de tout repère, il sent encore sa propre courbure et fabrique un bois plus dur d'un côté, comme un muscle, pour se redresser en quelques semaines.

Un cerne garde une trace de l'année où il a poussé.

Parfois cette trace vient du sol. Parfois elle vient du soleil. Un cerne formé autour de l'an 774 a gardé, pendant douze siècles, la trace d'un événement cosmique — probablement une tempête solaire d'une intensité exceptionnelle. Il a fallu une doctorante et une scie fine pour le rouvrir. Sur les rives d'une rivière alpine, un arbre bien plus vieux garde peut-être le souvenir d'une tempête deux fois plus forte. Sa largeur parle de pluie, sa densité de froid, ses isotopes de l'eau qu'il a trouvée. En Alaska, des épinettes ont ralenti leur croissance à mesure que le climat se réchauffait, alors que tout laissait attendre l'inverse.

On commence à peine à lire ces traces pendant que l'arbre vit encore.

Des rayons X traversent le tronc et révèlent l'eau qui monte dans ses conduits, puis les bulles d'air qui apparaissent quand la sécheresse devient trop dure à tenir — une radiographie de la soif. De minuscules capteurs, encore expérimentaux, traduisent un signal de stress en donnée lisible. La cellulose du bois entre elle aussi dans la fabrication de capteurs qui liront, un jour peut-être, la forêt de l'intérieur.

La terre s'assèche plus vite que l'arbre ne peut s'y adapter.

Il ne peut migrer qu'à la vitesse de ses graines, génération après génération. Il pousse ses feuilles au printemps parce que le printemps a été généreux, sans se douter que l'été ne lui rendra rien.

Un satellite regarde la forêt de loin. Il ne comprend rien. Il compare.

Une machine apprend à lire la lumière réfléchie comme on apprend à lire un visage. Elle voit une hauteur, une signature, un pixel qu'on lui a appris à nommer chêne, mort, encore vivant mais qui ne va pas bien. Elle détecte parfois, des mois avant qu'une clairière ne soit visible, les premiers signes d'un changement déjà en cours, quelque part dans un bassin du Congo. Elle veille la nuit, triant le vrai départ de feu du reflet d'un toit de tôle sous la lune.

La forêt ne sait peut-être rien.

Elle garde des traces. Nous inventons des instruments pour les lire.

Le bois. Le sol. La lumière qu'elle renvoie.

 



Gilbert QuélennecTraces. A tree is not alone 

 

We think it is because it does not walk. For hundreds of millions of years, plants have lived alongside fungi in a conversation whose vocabulary we are only just beginning to grasp. The beech on the bank is said to share its carbon with the young ones starved of light. Beneath the moss, thousands of species make up a network; they grow for no one; they grow together. A hornbeam and a birch do not feed the soil the way a slower-growing oak does.

A tree corrects itself when it leans, even without knowing where the sky is.

With no external cue to guide it, it can still sense its own curvature, and grows harder wood on one side, like a muscle, to straighten itself within a few weeks.

A ring keeps a trace of the year it grew.

Sometimes that trace comes from the ground. Sometimes it comes from the sun. A ring formed around the year 774 kept, for twelve centuries, the trace of a cosmic event — probably an exceptionally intense solar storm. It took a doctoral student and a thin-bladed saw to reopen it. On the banks of an Alpine river, a far older tree may hold the memory of a storm twice as powerful. Its width speaks of rain, its density of cold, its isotopes of the water it found. In Alaska, white spruces slowed their growth as the climate warmed, when everything pointed the other way.

We are only beginning to read these traces while the tree is still alive.

X-rays pass through the trunk and reveal the water rising through its vessels, then the air bubbles that form when drought becomes too hard to bear — an X-ray of thirst. Tiny sensors, still experimental, translate a stress signal into readable data. The cellulose of wood is also finding its way into sensors that may one day read the forest from within.

The ground is drying faster than the tree can adapt.

It can migrate only at the speed of its seeds, generation after generation. It puts out leaves in spring because the spring was generous, never suspecting that summer will give nothing back.

A satellite watches the forest from far away. It understands nothing. It compares.

A machine is learning to read reflected light the way one learns to read a face. It sees a height, a signature, a pixel it has been taught to call oak, dead, alive but struggling. It sometimes detects, months before a clearing becomes visible, the first signs of a change already under way, somewhere in a basin in the Congo. It keeps watch at night, sorting a genuine outbreak of fire from the glint of a tin roof under the moon.

The forest may know nothing at all.

It keeps traces. We invent instruments to read them.

The wood. The soil. The light it reflects.

 


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voir également: 

Gilbert Quélennec, Textes et Musiques autour de la Nature ( Projet Nat )


 

 

 

 

 Avec ma Fille, à qui de dédie mon projet général autour de la Nature

 

 

 

samedi 12 septembre 2026

texte: Gilbert Quélennec, Les noms du vide (The Names of the Void)

 

Gilbert Quélennec, Les noms du vide

Gilbert Quélennec, The Names of the Void

texte pour mon projet Boîte Noire 

version allégée le 15.09.2026 

 

 

 

Revue : L'Atelier de Gilbert Quélennec — ISSN 2556-5362 

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Gilbert Quélennec, Les noms du vide

 

Un condensateur. Une tension.

Il observe un mouvement.
Rien de plus.

Un champ. Un objet.
On ne sait pas où.
Le récit revient, des décennies plus tard,
toujours légèrement différent.

Une noyade.
Une fondation.
Gravity — our enemy.
Un mot répété jusqu'à ce qu'il ressemble à un fait.

Electrogravitics.
Anti-gravity Booming, disait la presse.
Puis :
silence.

antigravité,
anti — gra —
a n t i g r a . . .
on n'entend plus la fin.

Une source unique.
Un mot avant l'objet.
On ne l'a jamais vue.
On l'a seulement transcrite — une fois, sans copie.
Rotative. Lumineuse.

Trois descriptions.
Un seul objet.
Jamais touché deux fois de la même façon.
Rien à corréler. Aucune seconde source
contre laquelle vérifier la première.

Un rapport.
Un ballon.
Un corps.
Un ballon.
Un corps.
Un ballon —
de plus en plus vite,
jusqu'à ce qu'on n'entende plus lequel des deux mots on prononce.
Trois versions officielles,
la même autorité derrière chacune.
On ne demande plus : qui a menti ?
On demande : combien de fois.

Une lumière au-dessus d'un lac gelé.
Elle reste.
Elle pulse.
Elle s'étire, presque une respiration.
Puis, d'un coup, elle se love en demi-disque
et part.
Treize ans d'écoute du ciel entier
pour ce seul geste,
jamais expliqué de la même façon deux fois.

Un cerf-volant de balsa et de papier d'aluminium.
Ça décolle, dans un garage, sous plusieurs yeux à la fois.
L'objet, cette fois, ne pose pas de problème.
C'est la phrase qui l'explique
qui refuse de se stabiliser.

Shielding.
Non reproduit.
Polarizable vacuum.
Metric engineering.

War-p.
Une seule syllabe.
L'espace, dans l'équation, se plie autour de ce terme.


Rien dedans.
Une source faible, sous une source qu'on croit plus grande.


Un souffle, puis une poussée qui ne vient pas.
Thermal.
Zéro.


Deux fréquences presque égales.
L'oreille hésite : une seule voix, ou deux ?
Elles battent l'une contre l'autre
et de leur battement sort : négatif.

UAP.
Trois lettres qui ne forment pas un mot.
Un objet détaché de sa cause,
qu'on écoute pour lui-même.

Anomalous.
Antigravité.

Puis rien.
Une pression presque nulle.
Un souffle qui reste dans l'air une seconde de plus
que le mot lui-même.

 

 


 

 

Gilbert Quélennec, The Names of the Void


A capacitor. A voltage.
He observes a movement.
Nothing more.

A field. An object.
No one agrees where.
The story returns, decades on,
always slightly different.

A drowning.
A foundation.
Gravity — our enemy.
A word repeated until it resembles a fact.

Electrogravitics.
Anti-gravity Booming, said the press.
Then:
silence.

antigravity,
anti — gra —
a n t i g r a . . .
the end goes unheard.

A single source.
A word before the object.
No one ever saw it.
It was only transcribed — once, uncopied.
Rotating. Glowing.

Three descriptions.
One object.
Never touched the same way twice.
Nothing to correlate.
No second source against which to check the first.

A report.
A balloon.
A body.
A balloon.
A body.
A balloon —
faster and faster,
until you can no longer tell which word you're saying.
Three official versions,
the same authority behind each one.
We no longer ask who lied.
We ask how many times.

A light above a frozen lake.
It stays.
It pulses.
It stretches, almost a breath.
Then, all at once, it curls into a half-disk
and leaves.
Thirteen years of listening to the whole sky
for this one gesture,
never explained the same way twice.

A kite of balsa wood and foil.
It lifts, in a garage, in front of more than one pair of eyes.
The object, this time, poses no problem.
It is the sentence that explains it
that refuses to settle.

Shielding.
Not reproduced.
Polarizable vacuum.
Metric engineering.

War-p.
One syllable.
Space, in the equation, folds around this term.


Nothing inside.
A weak source, under one we take for stronger.


A breath, then a push that never arrives.
Thermal.
Zero.


Two frequencies, nearly equal.
The ear hesitates.
One voice, or two?
They beat against one another
and out of that beat comes: negative.

UAP.
Three letters that never form a word.
An object detached from its cause,
listened to for itself alone.

Anomalous.
Antigravity.

Then nothing.
A pressure almost at zero.
A breath that lingers in the air a second longer
than the word itself.

 

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 voir également:

 audio: Gilbert Quélennec, Des objets oublient le sol

 Musiques et Textes du projet Boîte Noire par Gilbert Quélennec  

 Texte: Gilbert Quélennec, L'antimatière comme origine de la gravité répulsive

 audio: Gilbert Quélennec, deux musiques autour du Vide (énergie du point zéro)