Atelier de Gilbert Quélennec = ISSN 2556-5362


" En tous cas, je ne peux pas m'imaginer que les grandes formes anciennes (quatuor à cordes, symphonie, oratorio, etc.) pourront jouer un rôle quelconque. Si quelque chose advient, cela devra - je crois - être simple, transparent. "
Wittgenstein







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mercredi 21 octobre 2026

texte: Gilbert Quélennec, Le dernier souffle du son (The Last Breath of Sound)

 

texte: Gilbert Quélennec, Le dernier souffle du son

texte: Gilbert Quélennec, The Last Breath of Sound

texte pour mon  Projet Vide quantique — énergie du point zéro 

 



Revue : L'Atelier de Gilbert Quélennec — ISSN 2556-5362 

Licence : Creative Commons CC BY-NC-ND 4.0 (Attribution - Pas d'utilisation commerciale - Pas de modification)

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Gilbert Quélennec, Le dernier souffle du son


Il est un son que l’oreille ignore,
Un chant ténu au bord de l’infini,
Qui vibre dans l’ombre, qui retient encore
Un peu de lumière au cœur de la nuit.

Dans le silence où les choses sommeillent,
Un diapason de rien attend son heure.
Nul vent ne le touche, aucun doigt ne l’éveille,
Pourtant une seule note en lui demeure.

L’oreille nous dit que le son s’éteint
Comme la cloche du soir sur les toits,
Qu’il s’amenuise et se perd en chemin,
Peu à peu, quelque part dans le froid.

Mais au royaume des particules,
L’énergie ne s’en va pas lentement.
Elle descend par marches minuscules,
Et le son disparaît en un instant.

Un phonon s’attarde, suspendu dans l’espace,
Dernière note d’un monde inaudible.
Puis d’un seul coup, sans déclin, il cède la place,
Et la matière retombe, paisible.

Un qubit veille au chevet de la matière,
Guetteur patient d’un souffle incertain.
Il compte les absences sans les défaire,
Tient entre ses circuits le bord du lendemain.

Deux millisecondes : une éternité fragile,
Pour un son que nul ne saura jamais entendre.
Dans ce presque-rien, la science ouvre une île,
Où le réel consent enfin à se rendre.

Et nous, qui croyions connaître le silence,
Nous découvrons qu’il a ses profondeurs,
Que sous l’immobile et lisse apparence
Se jouent des sauts, des départs, des ailleurs.

Peut-être qu’un jour, au cœur de nos machines,
Ces notes aideront la mémoire à tenir,
Et que d’autres, au creux des cellules fines,
Entendront la vie avant même son devenir.

Mais pour l’heure, écoutons ce que rien ne révèle :
Le son n’est pas seulement ce qui passe et s’enfuit.
Il est une énergie, une présence réelle,
Un univers qui saute d’un état à la nuit.

Et lorsque la dernière vibration s’efface,
Quand plus aucune onde ne traverse l’air,
Il reste cette question, immense dans l’espace :

Le silence est-il la fin du son,
Ou le lieu secret
D’où naît l’invisible ?


texte: Gilbert Quélennec, The Last Breath of Sound


There is a sound the ear has never caught,
A slender song along the infinite,
That trembles in the shadow, holding yet
A little light within the heart of night.

In the silence where things lie asleep,
A tuning fork of almost nothing bides its time.
No wind will touch it, no finger wake it,
And still a single note lives on, down deep.

The ear will tell us sound just fades away
Like the evening bell across the rooftops,
That it grows thin and wanders, goes astray,
Little by little, somewhere in the cold.

But down in the realm of particles,
Energy does not ebb slowly away.
It descends in steps too small to see,
And the sound vanishes in an instant.

A phonon lingers, suspended in space,
Last note of a world no ear can hear.
Then all at once, with no decline, it gives up its place,
And matter settles back, at peace.

A qubit keeps watch at the bedside of matter,
Patient lookout for an uncertain breath.
It counts the absences without undoing them,
Holds in its circuits the edge of tomorrow.

Two milliseconds: a fragile eternity
For a sound that no one will ever hear.
In this almost-nothing, science opens an island
Where reality, at last, gives itself up.

And we, who thought we knew the silence,
Discover that it has its depths,
That beneath the still and smooth appearance
There are leaps, and leavings, and other shores.

Perhaps one day, in the heart of our machines,
These notes will help memory to hold,
And others, deep within the finest cells,
Will hear life before it even comes to be.

But for now, let us listen to what nothing reveals:
Sound is not only what passes and flees.
It is energy, a presence that is real,
A universe that leaps from one state into night.

And when the last vibration fades,
When no wave crosses the air any more,
There remains this question, vast as space:

Is silence the end of sound,
Or the secret place
From which the invisible is born?

 

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voir également: audio et textes: Gilbert Quélennec, Projet Vide quantique — énergie du point zéro

 


 

 


 

vendredi 4 septembre 2026

texte: Gilbert Quélennec, L'homme qui devint microbe (The Man Who Became a Microbe)

Gilbert Quélennec, L'homme qui devint microbe 

texte extrait de mon projet UniverS 

Gilbert Quélennec, The Man Who Became a Microbe

Text for the UniverS project 

 

 

 

Revue : L'Atelier de Gilbert Quélennec — ISSN 2556-5362 

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Gilbert Quélennec, L'homme qui devint microbe

 

Il a d'abord regardé une image grise, un trou dans le sol qu'on appelait cratère — et dans ce trou minuscule, à peine une hypothèse, il a vu un lac, un lac plus vieux que la terre.

Il dit : pour comprendre ce qui vit, il faut devenir la vie, entrer dans son silence — s'asseoir dans le vent froid et regarder le soleil qui tombe, au hasard, sur la pierre.

Il est monté, tout en haut, dans la cendre — la peau bleue de l'altitude, l'air presque rien — pour plonger sans bouteille, seul avec ses poumons, sa foi, et un chant qu'il retient.

Et un jour, sous l'eau, il a perdu la course entre lui et le lac, entre lui et le monde — plus de bord, plus de nom, plus de question qui pèse, seulement une clarté qui n'appartenait à personne.

Puis la terre a tremblé sous le ventre du volcan, la poussière a mangé le monde entier. Une voix, dans la radio, tremblait, urgente : le nuage est jaune. Il vient. Il faut descendre.

Il a couru vers le bas ; le courage a tenu — il ne lâcherait qu'après, dans le silence, quand on est redescendu, quand on voit un visage, et que tout ce qu'on portait en secret s'enfuit.

Il avait déjà connu ce goût de presque-mourir, adolescent, au bord d'un vide qu'on ne nomme pas, et plus tard, dans une eau qui a gardé un homme qu'il cherchait à sauver — lui, il est remonté.

Donne une chance à demain, disait-il — à demain seul, sans raison, sans savoir pourquoi encore. Une main, dans la sienne, répétait la même chose sans un mot : regarde l'horizon,

ne pense pas à la mort, pense à vivre aujourd'hui. Elle avait soixante-six ans quand ils se sont trouvés, deux corps, un seul esprit, disait-il d'elle — et maintenant qu'elle est partie, il porte ses années

comme on porte un sommet qu'on ne redescend pas.

Il a vu, dans une pierre translucide, la même bactérie tenace qui vit encore depuis les premiers rochers du monde — un alphabet minéral qui n'a pas cessé d'écrire, lettre après lettre.

Et si un jour on meurt en faisant ce qu'on aime, disait-il, quelle belle façon de partir — mais s'il fallait choisir, il reviendrait quand même

sur cette terre bleue, pour y finir de vivre. 




 

Gilbert Quélennec, The Man Who Became a Microbe


He first looked at a grey image, a hole in the ground that they called a crater — and in that small hole, barely a hypothesis, he saw a lake, a lake older than the earth.

He says: to understand what lives, you must become life, enter its silence — sit in the cold wind and watch the sun fall, by chance, on stone.

He climbed, high into the ash — the skin gone blue with altitude, the air almost nothing — to dive without a tank, alone with his lungs, his faith, and a song he held back.

And one day, underwater, he lost the race between himself and the lake, between himself and the world — no more edge, no more name, no more question weighing on him, only a brightness that belonged to no one.

Then the ground shook beneath the volcano's belly, the dust swallowed the whole world. A voice on the radio trembled, urgent: the cloud is yellow. It's coming. Go down.

He ran downhill; his courage held — it would only give way afterwards, in the silence, once you are back down, once you see a face, and everything you were carrying in secret slips away.

He had already known that taste of almost-dying, a teenager, at the edge of a void with no name, and later, in water that kept hold of a man he had tried to save — he, he came back up.

Give tomorrow a chance, he used to say — to tomorrow alone, with no reason, not knowing why yet. A hand in his said the same thing without a word: look at the horizon,

don't think about death, think about living today. She was sixty-six when they found each other, two bodies, one spirit, he used to say of her — and now that she is gone, he carries his years

the way you carry a summit you can never come down from.

He saw, in a translucent stone, the same stubborn bacterium still alive since the world's first rocks — a mineral alphabet that has not stopped writing, letter after letter.

And if one day you die doing what you love, he used to say, what a fine way to go — but if he had to choose, he would come back all the same

to this blue earth, to finish living here.

 


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voir également: 

Gilbert Quélennec, Musiques et présentation du projet UniverS  (et diffusions à la radio)