Gilbert Quélennec, L'écart entre voir et dire
Texte pour le projet Captations
Gilbert Quélennec, The Gap Between Seeing and Saying
Text for the Captations project
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Gilbert Quélennec, L'écart entre voir et dire
Elle a vu des lumières dans les champs. Une clarté suspendue au-dessus de l'herbe, comme si le lieu hésitait à coïncider avec lui-même.
Rien ne s'y fixe vraiment.
Puis retrait, sans contour.
Sur les écrans, non pas une scène mais des restes : marque trop brève pour se stabiliser, excès de lumière, débordement sans issue.
On demande ce que c'est. Les réponses arrivent déjà prêtes : objets connus, causes identifiables, erreurs de perception.
Avant cela — un temps plus lent, où rien ne s'organise encore.
La mesure intervient, mais l'ordre ne se laisse pas situer.
Les appareils enregistrent des mouvements disjoints : montées, replis, interruptions sans accord interne.
Parfois une continuité apparaît et ne dure que tant qu'on la lit.
Les archives ne retiennent que des fragments de continuités possibles. Certaines lignes subsistent un instant, d'autres s'effacent au moment même de leur suivi.
Une insistance sans forme persiste.
Des figures surgissent sans emplacement : passages sans support, formes sans ancrage. Leur consistance dépend de l'écriture qui les contient. Déplacées, elles se défont.
Des relations se forment entre valeurs dispersées. Rien ne circule, mais des rapprochements suffisent à produire un effet de liaison.
Dans les appareils eux-mêmes, aucune stabilité : seulement des transitions, sans centre ni direction.
Des retours, des écarts, des attentions qui se maintiennent. Impossible de les isoler sans modifier ce qu'on observe.
Autour de la Terre, des fragments suivent des trajectoires intermittentes. Ils passent, disparaissent, réapparaissent selon des rythmes qu'on ne peut pas réduire.
On les classe — non pour les comprendre — mais pour contenir leur dispersion.
Et quelque chose échappe encore à ces opérations : non un objet, mais un décalage entre apparition et description.
Un intervalle où ce qui est dit ne rejoint pas ce qui est vu.
Gilbert Quélennec, The Gap Between Seeing and Saying
She saw lights in the fields. A brightness suspended above the grass, as though the place were hesitating to coincide with itself.
Nothing quite settles there.
Then withdrawal, without contour.
On the screens, not a scene but remains: a mark too brief to stabilise, an excess of light, overflow without issue.
One asks what it is. The answers arrive already prepared: known objects, identifiable causes, errors of perception.
Before that — a slower time, where nothing has yet organised itself.
Measurement intervenes, but the order refuses to be located.
The instruments record disjointed movements: rises, withdrawals, interruptions without internal accord.
Sometimes a continuity appears and lasts only as long as one reads it.
The archives retain only fragments of possible continuities. Certain lines persist for a moment, others efface themselves at the very instant of their being followed.
A formless insistence persists.
Figures arise without location: passages without support, forms without anchorage. Their consistency depends on the writing that contains them. Displaced, they come apart.
Relations form between scattered values. Nothing circulates, but proximities suffice to produce an effect of connection.
Within the instruments themselves, no stability: only transitions, without centre or direction.
Returns, divergences, attentions that hold. Impossible to isolate them without altering what one observes.
Around the Earth, fragments follow intermittent trajectories. They pass, disappear, reappear according to rhythms that cannot be reduced.
They are classified — not in order to understand them — but to contain their dispersion.
And something still escapes these operations: not an object, but a gap between appearance and description.
An interval where what is said does not meet what is seen.
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voir également: Gilbert Quélennec, Musiques et présentation du projet Captations
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