Gilbert Quélennec, Il était là
Gilbert Quélennec, It Was There
texte pour le projet Boîte Noire
Revue : L'Atelier de Gilbert Quélennec — ISSN 2556-5362
Licence : Creative Commons CC BY-NC-ND 4.0 (Attribution - Pas d'utilisation commerciale - Pas de modification)
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Gilbert Quélennec, Il était là
Un soir de décembre, au-dessus d'un champ,
on a vu quelque chose de rouge descendre.
Sur place, du fer fondu fumait encore
dans le froid.
Quinze, vingt-cinq kilos,
selon qui en parle.
Des témoins.
Deux disent avoir vu quelque chose
se tenir en l'air.
Puis le fer, froid depuis longtemps,
dans une boîte,
dans une autre main,
plus de quarante ans après.
Un homme dont les instruments
ont appris leur métier sur des cellules
pose le métal sous le faisceau.
Il lui demande d'où il vient.
Le métal répond comme répond la Terre.
Sauf un isotope, un seul,
qui s'écarte un peu,
et pour lequel on propose une raison ordinaire.
Provenance inconnue. Fonction inconnue.
Il l'écrit ainsi.
Ailleurs, des images de cerveaux.
Il y voit, entre deux noyaux profonds,
des fibres plus serrées qu'on n'en voit d'habitude,
chez ceux qui ont raconté quelque chose.
Pour quelques-uns, une image plus ancienne existait.
Les fibres y étaient déjà.
Il dit qu'il croit.
Il dit aussi que la preuve n'y est pas.
Il garde les deux phrases
sans les mêler.
Il parle de degrés,
d'une certitude qui monte ou descend
à chaque donnée posée sur le plateau.
Dans une vidéo de juillet,
de nouveaux résultats.
Dans aucune revue.
Sur d'autres pages, on trouve déjà
des implants, des alliages, des traités.
Aucune ne dit d'où elle le tient.
Le fer, lui, n'a rien dit de plus.
Il était là, dans ce champ,
un soir de décembre,
et il pèse ce qu'il pèse.
Gilbert Quélennec, It Was There
One December evening, above a field,
something red was seen coming down.
On the spot, molten iron was still smoking
in the cold.
Fifteen, twenty-five kilos,
depending on who says it.
Witnesses.
Two say they saw something
hanging in the air.
Then the iron, long since cold,
in a box,
in another hand,
more than forty years on.
A man whose instruments
learnt their trade on cells
places the metal under the beam.
He asks it where it comes from.
The metal answers as the Earth answers.
Except for one isotope, just one,
which strays a little,
and for which an ordinary reason is put forward.
Provenance unknown. Function unknown.
He writes it that way.
Elsewhere, images of brains.
He sees in them, between two deep nuclei,
fibres packed more tightly than one usually sees,
in those who have told of something.
For some, an older image existed.
The fibres were already there.
He says he believes.
He also says the proof is not there.
He keeps the two sentences
without mixing them.
He speaks of degrees,
of a certainty that rises or falls
with each piece of data laid on the scale.
In a video from July,
new results.
In no journal.
On other pages, one already finds
implants, alloys, treaties.
None says where it got them.
The iron, for its part, has said nothing more.
It was there, in that field,
one December evening,
and it weighs what it weighs.
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voir également:
Musiques et Textes du projet Boîte Noire par Gilbert Quélennec
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