Atelier de Gilbert Quélennec = ISSN 2556-5362


" En tous cas, je ne peux pas m'imaginer que les grandes formes anciennes (quatuor à cordes, symphonie, oratorio, etc.) pourront jouer un rôle quelconque. Si quelque chose advient, cela devra - je crois - être simple, transparent. "
Wittgenstein







mardi 8 septembre 2026

texte: Gilbert Quélennec, Recommencer sans nous (Beginning Again Without Us)


texte: 

Gilbert Quélennec, Recommencer sans nous

texte pour le post un projet global autour du Vivant ( Biodiversité et Climat )

Gilbert Quélennec,What the Lines Cannot Hold

Text for my post: “A global project centred around the living world (biodiversity and climate).

 

 

 

Revue : L'Atelier de Gilbert Quélennec — ISSN 2556-5362 

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Gilbert Quélennec, Recommencer sans nous

texte pour le post un projet global autour du Vivant ( Biodiversité et Climat )


Quelque part, une rivière retrouve son lit.
Elle avait été redressée, contenue,
obligée d'aller droit.
On a rompu la digue,
et elle a recommencé à hésiter,
à déborder,
à dessiner de nouveau ses méandres
comme on retrouve une écriture ancienne.

Un arbre tombe dans une forêt qu'on laisse faire.
Personne ne vient le retirer.
Il devient un sol pour d'autres graines,
un abri pour ce qui rampe,
une preuve que rien ici
n'a besoin d'être rangé.

On a réintroduit un loup
dans un parc où il n'y en avait plus.
Et lentement,
les rivières ont changé de cours,
les saules ont repoussé sur les berges,
les castors sont revenus
bâtir leurs propres barrages,
plus patients que les nôtres.
Une seule présence
a suffi à réveiller tout un paysage
qui semblait n'attendre que ça.

Ailleurs, un vautour reparaît dans un ciel
qui l'avait presque oublié.
Il ne sait pas qu'il est un symbole.
Il cherche seulement un courant d'air chaud,
comme il l'a toujours fait,
comme si rien n'avait manqué.

Nous avons cru que la nature avait besoin de nous
pour se souvenir d'elle-même.
Mais il suffit parfois
de reculer,
de laisser une clôture tomber,
un champ à l'abandon,
une rivière sans barrage,
pour que quelque chose se souvienne
plus vite que nous.

Ce ne sont pas des miracles.
Ce sont des liens qui se refont
dans le désordre patient du vivant,
un fil après l'autre,
une espèce après l'autre,
jusqu'à ce que le tissu
retrouve sa tenue.

Peut-être que réparer
ne signifie pas rebâtir
selon nos propres plans.
Peut-être est-ce apprendre à nous retirer
juste assez
pour que la forêt sache encore
comment être une forêt,
la rivière, une rivière,
le loup, un loup.

Et lorsque nous revenons, des années plus tard,
marcher dans un lieu que nous avions abandonné,
nous ne reconnaissons plus tout à fait le sentier.
La terre a repris ses droits
sans nous demander la permission,
sans compter les saisons,
sans même savoir
que nous l'observions.

 

 




Gilbert Quélennec,What the Lines Cannot Hold

Text for my post: “A global project centred around the living world (biodiversity and climate).


Somewhere, a river finds its bed once more.
It had been straightened, contained,
made to run in a line.
The barrier was broken,
and it began again to wander,
to overflow,
to trace its bends anew
like the recovery of an old handwriting.

A tree falls in a forest left alone.
No one comes to take it away.
It becomes ground for other seeds,
shelter for what creeps beneath,
proof that nothing here
needs to be put in order.

A wolf was brought back
to a park where none remained.
And slowly,
the rivers changed course,
willows grew back along the banks,
beavers returned
to build their own dams,
more patient than ours.
One presence alone
was enough to wake a whole landscape
that seemed to be waiting for just that.

Elsewhere, a vulture appears again in a sky
that had almost forgotten it.
It does not know it is a symbol.
It is only looking for a warm current of air,
as it always has,
as though nothing had been missing.

We believed that nature needed us
to remember itself.
But sometimes it takes only
a step back,
a fence allowed to fall,
a field left untended,
a river without a dam,
for something to remember
faster than we do.

These are not miracles.
They are bonds re-forming
in the patient disorder of the living,
one thread at a time,
one species after another,
until the fabric
holds together again.

Perhaps to repair
does not mean to rebuild
according to our own plans.
Perhaps it means learning to step back
just enough
for the forest to still know
how to be a forest,
the river, a river,
the wolf, a wolf.

And when we return, years later,
to walk through a place we had abandoned,
we no longer quite recognise the path.
The earth has reclaimed itself
without asking our permission,
without counting the seasons,
without even knowing
that we were watching.

 

 

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Voir également: 

Gilbert Quélennec, un projet global autour du Vivant ( Biodiversité et Climat )

 

 

 

 

 

 


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