Atelier de Gilbert Quélennec = ISSN 2556-5362


" En tous cas, je ne peux pas m'imaginer que les grandes formes anciennes (quatuor à cordes, symphonie, oratorio, etc.) pourront jouer un rôle quelconque. Si quelque chose advient, cela devra - je crois - être simple, transparent. "
Wittgenstein







jeudi 20 août 2026

texte: Gilbert Quélennec, Ce qu'elle sait déjà (What She Already Knows)

 

Gilbert Quélennec, Ce qu'elle sait déjà

projet Autres Réalités et projet Expérienceurs 

Gilbert Quélennec, What She Already Knows 

 Other Realities Project and Experiencers Project 

 

 

Revue : L'Atelier de Gilbert Quélennec — ISSN 2556-5362 

Licence : Creative Commons CC BY-NC-ND 4.0 (Attribution - Pas d'utilisation commerciale - Pas de modification)

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 Gilbert Quélennec, Ce qu'elle sait déjà

  • Et si le passé ne suffisait pas,
    et s'il fallait aussi compter le futur,
    déjà présent quelque part dans l'invisible,
    multiple comme un fleuve aux mille bras,
    dont un seul, au hasard d'une bifurcation,
    devient celui que l'on remonte.

    Et si le temps n'était pas une ligne,
    mais une épaisseur,
    une fenêtre étroite glissant sur le réel,
    plus large chez la fleur,
    plus brève chez l'insecte,
    et chez nous juste assez ouverte
    pour nous laisser croire que nous avançons.

    Et si l'espace n'était qu'un accord,
    un silence partagé
    entre des consciences qui s'observent
    et finissent, à force de se regarder,
    par habiter le même monde,
    alors que mille autres étaient possibles.

    Et si le vide n'était pas le rien,
    mais ce qui précède les formes,
    une eau dormante, une mer sans rivage
    où tout demeure en suspens
    jusqu'à ce qu'un mouvement
    le fasse apparaître.

    Et si un vaisseau, pour disparaître,
    n'avait qu'à cesser de répondre
    au monde qui nous tisse et nous retient,
    demeurer là, hors de notre regard,
    et ne revenir dans la lumière
    qu'au moment de repartir.

    Et si nos corps étaient des couches superposées :
    la chair, puis le souffle, puis la mémoire,
    avec, quelque part dans la poitrine,
    un noyau caché qui, par sa seule résonance,
    pourrait faire du métal
    une extension du vivant.

    Et si le mental n'était qu'un gardien
    chargé de surveiller un roi déchu,
    et les ombres que nous rencontrons dans le noir
    rien de plus que nos peurs,
    qui continuent leur rôle
    jusqu'à ce que nous cessions d'y croire.

    Et si la Terre elle-même choisissait,
    lentement, saison après saison,
    comme un être trop patient
    pour que nous puissions voir son mouvement.

    Elle pose ses hypothèses une à une,
    comme des graines dans un jardin
    qu'elle seule voit dans son entier.
    Nous, de l'extérieur,
    nous n'en apercevons qu'une à la fois,
    déposée avec la tranquille certitude
    de quelqu'un qui connaît déjà la récolte.



  • Gilbert Quélennec, What She Already Knows 

    What if the past were not enough,
    and the future also had to be counted,
    already present somewhere in the unseen,
    multiple as a river with a thousand arms,
    one of which, at some fork in the current,
    becomes the one we follow upstream.

    What if time were not a line,
    but a thickness,
    a narrow window sliding across reality,
    wider in the flower,
    shorter in the insect,
    and in us just open enough
    to make us believe we are moving forward.

    What if space were only a chord,
    a shared silence
    between consciousnesses watching one another
    until, after watching one another for so long,
    they come to inhabit the same world,
    although a thousand others were possible.

    What if the void were not nothing,
    but what comes before forms,
    a sleeping water, a shoreless sea
    where everything remains suspended
    until a movement
    makes it appear.

    What if a craft, to disappear,
    had only to stop answering
    the world that weaves and holds us,
    to remain there, beyond our sight,
    and return to the light
    only when it is time to leave again.

    What if our bodies were layers laid one upon another:
    flesh, then breath, then memory,
    with, somewhere in the chest,
    a hidden core whose resonance alone
    could make metal
    an extension of the living.

    What if the mind were only a keeper
    charged with watching over a fallen king,
    and the shadows we meet in the dark
    nothing more than our fears,
    continuing to play their part
    until we cease to believe in them.

    What if the Earth herself were choosing,
    slowly, season after season,
    like a being too patient
    for us to see her movement.

    She lays down her hypotheses one by one,
    like seeds in a garden
    only she can see whole.
    We, standing outside,
    see only one at a time,
    laid down with the quiet certainty
    of someone who already knows the harvest.



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    voir également:   

    texte: Gilbert Quélennec, L'accord sans distance, l'accord demandé (The Chord Without Distance, the Chord Asked For)

    Texte: Gilbert Quélennec, Le chant qui précède les mots

    texte: Gilbert Quélennec, L’état avant le nom

    Texte: Gilbert Quélennec, Présences acoustiques sans origine 

    audio: Musiques et présentation du projet Expérienceurs , par Gilbert Quélennec 

    musiques et textes du projet Autres Réalités, par Gilbert Quélennec

     

     

     

     

     



     



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