Gilbert Quélennec, Ce qu'elle sait déjà
projet Autres Réalités et projet Expérienceurs
Gilbert Quélennec, What She Already Knows
Other Realities Project and Experiencers Project
Revue : L'Atelier de Gilbert Quélennec — ISSN 2556-5362
Licence : Creative Commons CC BY-NC-ND 4.0 (Attribution - Pas d'utilisation commerciale - Pas de modification)
Vous pouvez acheter les enregistrements, à partir de ma page Bandcamp
Vous pouvez également vous abonner sur mon compte Bandcamp
--------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------
Gilbert Quélennec, Ce qu'elle sait déjà
Et si le passé ne suffisait pas,
et s'il fallait aussi compter le futur,
déjà couché quelque part dans l'invisible,
multiple comme un fleuve à mille bras
dont un seul, au hasard d'une bifurcation,
devient celui que l'on remonte.
Et si le temps n'était pas une ligne
mais une épaisseur, une fenêtre étroite
qu'on fait glisser sur le mur du réel,
si large chez la fleur, si fine chez l'insecte,
et chez nous, juste assez ouverte
pour croire qu'on avance.
Et si l'espace n'était qu'un accord,
un silence partagé, un vote sans paroles
entre des consciences qui s'observent
et finissent, à force de se regarder,
par habiter un seul monde
quand mille étaient possibles.
Et si le vide n'était pas le rien
mais un terreau de tous les commencements,
une eau dormante, une mer sans rivage,
où les formes attendent en suspension
qu'un remous les choisisse
et les rende matière.
Et si un vaisseau, pour disparaître,
n'avait qu'à cesser de répondre
au monde qui nous tisse et nous retient,
rester dedans, à l'abri du regard,
pareil à une sphère, pareil à un souffle,
et ne reparaître en lumière
qu'au moment de repartir.
Et si nos corps étaient des strates emboîtées —
la chair, puis le souffle, puis la mémoire,
un noyau caché quelque part dans la poitrine
capable, en résonnant juste,
de faire d'un métal une extension du vivant.
Et si le mental n'était qu'un gardien de prison
mal payé pour surveiller un roi déchu,
et les ombres qu'on croise dans le noir
rien d'autre que nos peurs, engagées
à jouer un rôle jusqu'à ce qu'on cesse d'y croire.
Et si la Terre elle-même choisissait,
lentement, saison après saison,
comme un être trop patient
pour qu'on le voie vivre.
Elle pose chaque hypothèse comme une graine
dans un jardin qu'elle est seule à voir entier —
et nous, du dehors, nous ne voyons
que les graines, une à une,
posées avec la certitude tranquille
de quelqu'un qui a déjà vu la récolte.
Gilbert Quélennec, What She Already Knows
And what if the past were not enough,
and the future had also to be counted,
already lying somewhere in the unseen,
multiple as a river with a thousand branches,
one of which, at some fork in the current,
becomes the one we follow upstream.
And what if time were not a line
but a thickness, a narrow window
slid slowly across the wall of the real,
so wide in the flower, so fine in the insect,
and in us, just open enough
to make us believe we are moving forward.
And what if space were only an agreement,
a shared silence, a wordless vote
between consciousnesses watching one another
until, from being watched so long,
they come to inhabit a single world
when a thousand were possible.
And what if the void were not nothing
but a seedbed of every beginning,
a sleeping water, a shoreless sea,
where forms wait in suspension
for an eddy to choose them
and turn them into matter.
And what if a craft, to disappear,
had only to stop answering
the world that weaves and holds us,
staying within, sheltered from sight,
like a sphere, like a breath,
and reappear in light
only at the moment of leaving again.
And what if our bodies were nested layers —
flesh, then breath, then memory,
a core hidden somewhere in the chest
that, if it found the right resonance,
could make of metal
an extension of the living.
And what if the mind were only a prison guard,
underpaid to watch over a fallen king,
and the shadows we meet in the dark
nothing but our fears, playing,
rehearsing a part until we stop believing it.
And what if the Earth herself were choosing,
slowly, season after season,
like a being too patient
for us ever to see her live.
She plants each hypothesis like a seed
in a garden only she can see whole —
and we, standing outside,
see only the seeds, one by one,
laid down with the quiet certainty
of someone who has already seen the harvest.
-------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------
voir également:
Texte: Gilbert Quélennec, Le chant qui précède les mots
texte: Gilbert Quélennec, L’état avant le nom
Texte: Gilbert Quélennec, Présences acoustiques sans origine
audio: Musiques et présentation du projet Expérienceurs , par Gilbert Quélennec
musiques et textes du projet Autres Réalités, par Gilbert Quélennec
Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire