Atelier de Gilbert Quélennec = ISSN 2556-5362


" En tous cas, je ne peux pas m'imaginer que les grandes formes anciennes (quatuor à cordes, symphonie, oratorio, etc.) pourront jouer un rôle quelconque. Si quelque chose advient, cela devra - je crois - être simple, transparent. "
Wittgenstein







samedi 22 août 2026

Texte: Gilbert Quélennec, Les portes du verre (The Doors of Glass)

Texte: 

Gilbert QuélennecLes portes du verre 

Gilbert Quélennec, The Doors of Glass 

texte pour le projet Boîte Noire 

  

 

 

Revue : L'Atelier de Gilbert Quélennec — ISSN 2556-5362 

Licence : Creative Commons CC BY-NC-ND 4.0 (Attribution - Pas d'utilisation commerciale - Pas de modification)

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Gilbert QuélennecLes portes du verre   

 

  • Sur la plaque rouge, une étoile qui n'existe pas,

    une lueur venue s'égarer dans le verre,

    la tour de verre veillait encore,

    avant les fusées, avant les hommes dans l'espace,

    quand le ciel n'avait pas encore appris

    à se laisser conquérir.

    Qui donc passait par là ?

    Des milliers de petites absences,

    des feux sans demeure,

    des poussières de nuit

    ou des messages dont personne

    ne connaissait la langue.

    Une veille sans visage penchait son œil sur elles,

    séparait le murmure du silence,

    cherchait dans l'ombre

    la forme d'une chose

    qui aurait voulu parler.

    Dans l'ombre du grand corps bleu,

    les lueurs se retiraient,

    à mesure que la nuit descendait.

    Objets polis,

    petits voyageurs sans visage,

    ils portaient encore

    sur leur peau froide

    une poussière de soleil.

    Et quand, très loin,

    le feu caché de l'homme éclata dans le désert,

    quelque chose changea dans la nuit.

    Cette nuit-là,

    les points se levèrent,

    plus nombreux,

    plus errants,

    comme si l'éclair de la Terre

    avait traversé la nuit

    et trouvé une réponse

    dans une profondeur

    qui n'attendait personne.

    Alors le doute recula,

    non comme une bête,

    mais comme une ombre

    dont le mur disparaissait lentement.

    Ce n'était pas la poussière.

    Ce n'était pas la rayure.

    Ce n'était pas le grain d'argent

    qui tremblait encore

    dans son vieux sommeil.

    Mais quoi ?

    Un ballon perdu dans le froid,

    un œil sans mémoire

    qui tournait là-haut,

    ou le vestige d'un phénomène

    qui nous regardait depuis un âge

    où nos yeux n'étaient pas encore ouverts.

    Le savoir haussait les épaules.

    Il avançait un nom,

    puis le reprenait.

    Il ouvrait une porte,

    trouvait derrière elle

    une autre porte,

    et écoutait.

    Nous restions là,

    devant cette énigme grise,

    sans preuve,

    sans oubli,

    descendant lentement

    vers ce qui, sur le verre ancien,

    avait brillé sans un mot.

    Une petite flamme

    demeurée là

    sans avoir demandé

    à être vue,

    et personne, depuis,

    n'avait su dire

    ce qu'elle avait éclairé.

  •  



    Gilbert Quélennec, The Doors of Glass 


    On the red plate, a star that does not exist,

    a gleam that had strayed into the glass,

    the glass tower was still keeping watch,

    before the rockets, before men in space,

    when the sky had not yet learnt

    to let itself be conquered.

    Who, then, was passing there?

    Thousands of small absences,

    fires without a home,

    dust of the night

    or messages whose language

    no one knew.

    A faceless watch bent its eye upon them,

    separating the murmur from the silence,

    searching in the dark

    for the shape of something

    that might have wished to speak.

    In the shadow of the great blue body,

    the gleams withdrew,

    as the night descended.

    Polished objects,

    small faceless travellers,

    they still carried

    upon their cold skin

    a dust of sun.

    And when, far away,

    the hidden fire of man burst in the desert,

    something changed in the night.

    That night,

    the points rose,

    more numerous,

    more errant,

    as though the Earth's flash

    had crossed the night

    and found an answer

    in some depth

    that awaited no one.

    Then doubt withdrew,

    not like a beast,

    but like a shadow

    whose wall was slowly disappearing.

    It was not the dust.

    It was not the scratch.

    It was not the grain of silver

    that still trembled

    in its old sleep.

    But what was it?

    A balloon lost in the cold,

    an eye without memory

    turning up there,

    or the remnant of a phenomenon

    that watched us from an age

    when our eyes were not yet open.

    Knowledge shrugged its shoulders.

    It put forward a name,

    then took it back.

    It opened a door,

    found another door

    behind it,

    and listened.

    We remained there,

    before that grey enigma,

    without proof,

    without oblivion,

    descending slowly

    towards what, on the ancient glass,

    had shone without a word.

    A small flame

    that had remained there

    without asking

    to be seen,

    and no one, since,

    had been able to say

    what it had illuminated.

     

     

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     voir également: Musiques et Textes du projet Boîte Noire par Gilbert Quélennec  

     

     

     

     

     

     


     

     

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