Atelier de Gilbert Quélennec = ISSN 2556-5362


" En tous cas, je ne peux pas m'imaginer que les grandes formes anciennes (quatuor à cordes, symphonie, oratorio, etc.) pourront jouer un rôle quelconque. Si quelque chose advient, cela devra - je crois - être simple, transparent. "
Wittgenstein







jeudi 17 septembre 2026

texte: Gilbert Quélennec, Là où tombe l'antimatière (Where Antimatter Falls)

 

Gilbert Quélennec, Là où tombe l'antimatière 

Gilbert QuélennecWhere Antimatter Falls

 texte pour le projet Ant

 


Revue : L'Atelier de Gilbert Quélennec — ISSN 2556-5362 

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Gilbert QuélennecLà où tombe l'antimatière  

Dans le silence froid des machines,
là où la lumière hésite encore,
on retient entre deux champs invisibles
une particule née de l'autre côté du miroir.

Un positon rencontre un électron,
un proton découvre son contraire —
et dans l'infiniment petit
se pose une question immense :
pourquoi sommes-nous ici,
et pourquoi l'Univers
n'a-t-il pas disparu dans sa propre symétrie ?

On fabrique quelques fragments d'éternité,
des atomes presque irréels,
de l'antihydrogène suspendu
comme une poussière d'étoile
dans une cage de lumière,
qu'on apprivoise avant que sa rencontre avec la matière
ne la rende à nouveau lumière.

Et l'on mesure.

Un battement de spectre,
une raie infime,
un murmure dans la structure de l'atome —
quatre parties par million.
Et pourtant, dans ces quatre parties,
peut-être dort une révolution.

Car si l'antihydrogène
n'est pas exactement notre reflet,
si son cœur porte une différence,
si le miroir du monde est légèrement déformé,
alors les lois que nous croyions éternelles
nous demanderaient de recommencer.

Même la Terre devient laboratoire.
On laisse tomber l'antimatière.
Elle descend —
elle ne s'envole pas vers un monde opposé,
elle ne défie pas la gravité :
elle tombe comme tombe une pierre,
mais nous voulons savoir
si elle tombe exactement comme nous.

Une chute presque imperceptible,
un point de lumière
à peine plus grand qu'une poussière,
et des capteurs minuscules
qui deviennent les yeux
d'une question cosmique.

Ailleurs, dans les pièges froids,
un antiproton est transporté
avec la délicatesse d'une étoile fragile.
On le compare à son frère de matière,
trait pour trait,
et la nature répond
par le silence des chiffres.

Dans un autre laboratoire,
le positronium cherche son propre chemin.
Un électron et un positon
se tiennent un instant,
deux présences qui savent déjà
qu'elles ne feront bientôt
qu'une seule lumière.

On apprend à maîtriser leur mouvement,
en espérant qu'un jour
ils ne feront plus qu'une seule onde,
une multitude devenue silence commun.

 


 
 
 
 Gilbert QuélennecWhere Antimatter Falls
 

In the cold silence of the machines,
where light still hesitates,
we hold, between two invisible fields,
a particle born on the other side of the mirror.

A positron meets an electron,
a proton finds its opposite —
and in the infinitely small
an immense question settles:
why are we here,
and why did the Universe
not vanish into its own symmetry?

We fashion a few fragments of eternity,
almost unreal atoms,
antihydrogen suspended
like stardust
in a cage of light,
tamed for a while, before its meeting with matter
turns it back into light.

And we measure.

A flicker in the spectrum,
a faint line,
a murmur in the structure of the atom —
four parts per million.
And yet, within those four parts,
a revolution may be sleeping.

For if antihydrogen
is not quite our reflection,
if its heart carries a difference,
if the mirror of the world is slightly warped,
then the laws we believed eternal
would ask us to begin again.

Even the Earth becomes a laboratory.
We let antimatter fall.
It descends —
it does not fly off toward some opposite world,
it does not simply defy gravity:
it falls as a stone falls,
but we want to know
if it falls exactly as we do.

A fall almost imperceptible,
a point of light
scarcely larger than a speck of dust,
and tiny sensors
become the eyes
of a cosmic question.

Elsewhere, in the cold traps,
an antiproton is carried
with the delicacy of a fragile star.
We measure it against its brother of matter,
point for point,
and nature answers
with the silence of numbers.

In another laboratory,
positronium seeks its own path.
An electron and a positron
hold together for a moment,
two presences already knowing
they will soon become
a single light.

We learn to master their motion,
hoping that one day
they will become a single wave,
a multitude turned into shared silence.

 

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